• Des migrants mineurs ? non, des fugueurs

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    Mon ami Jean-Yves, avec lequel je m’entretenais il y a quelques jours, me faisait part de son ahurissement à la lecture de la pleine page que le quotidien Le Temps a consacré à ce que les journalistes signataires appellent « l’errance sans fin des migrants mineurs non accompagnés ».

    « Que faisons-nous, me demandait-il, lorsqu’un adolescent helvétique, après une fugue, finit par errer dans Genève, ville qu’il ne connaît pas, transi par le froid ou accablé de chaleur, sans plus un sou en poche ? On l’amène à la police qui prend les dispositions requises pour le renvoyer dans sa famille où le remettre aux services sociaux de sa commune. Alors pourquoi donc, lorsqu’il s’agit d’un mineur étranger, nos services sociaux et les ONG locales multiplient-elles les interventions désordonnées et généralement infructueuses au lieu de tout simplement le renvoyer chez lui, comme on le fait pour les fugueurs dans notre pays ? »

    Il relevait le cynisme stupéfiant que ces jeunes affichent. En premier lieu, ils se sont débarrassés de leurs papiers. Ensuite ils ont évidemment appris, avant ou pendant le long voyage qui les a amenés à Genève, qu’ils n’ont aucune chance d’obtenir l’asile et n’en font même pas la demande. Finalement, non contents d’être, à l’image de ce qui se fait pour les autres SDF, hébergés et nourris, ils expliquent qu’ils aimeraient aller à l’école, qu’on leur apprenne un métier ou encore, disent-ils « qu’on les teste afin qu’ils puissent démontrer que ce ne sont pas des profiteurs ». Comme si, avec la volonté et l’ambition requise et malgré le sous-développement de leur pays d’origine, ils ne pouvaient pas y bénéficier de ces prestations élémentaires.

    Jean-Yves notait par ailleurs que ces jeunes migrants, illégaux comme leurs compatriotes adultes, proviennent de pays clairement identifiés dont quasiment aucun n’est considéré à risque pour leurs habitants. Pourtant, constatait-il, les autorités cantonales et fédérales, au lieu de mobiliser les moyens requis pour faire valoir les accords de réadmission en force, ou d’en conclure de nouveaux, avec les pays originaires de ces jeunes, « se réfugient derrière des réflexes humanitaristes de démocratie encroûtée et refusent de traiter ces jeunes pour ce qu’ils sont, soit des fugueurs manipulateurs qui devraient, pour leur bien, être renvoyés chez eux ».

    Au contraire, concluait Jean-Yves, le Conseil d’Etat vient d’autoriser l’ouverture d’un nouveau lieu d’hébergement assorti d’un encadrement journalier.

    Pierre Kunz

     

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  • Climat : faut-il remercier Trump ?

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    Paradoxalement, ne conviendrait-il pas de remercier M. Trump de sa contribution, probablement bien involontaire, dans les premiers pas de la lutte que l’humanité a engagée pour la protection du climat ?

    En cet été, sur fond de guerre commerciale et monétaire sino-américaine, les médias multiplient les articles annonçant que la croissance économique mondiale diminue, particulièrement en Occident. Clouant le président américain au pilori à cause de ses initiatives douanières « insensées », les chroniqueurs nous prédisent dans leurs articles récession, hausses de prix pour les consommateurs et restrictions dans l’approvisionnement de nos pays en biens de consommation durable, en matières premières voire en biens alimentaires. Et l’OMC d’ajouter à ce concert ses pronostics inquiétants pour 2019 et 2020.

    Ce n’était certainement pas sa motivation première, mais la politique disruptive que mène M. Trump a pourtant le mérite, potentiellement, de freiner un consumérisme mondialisé aussi dévastateur pour la santé mentale des consommateurs que pour notre environnement. Et même si les USA jouent les climato-sceptiques et s’ils n’ont pas endossé les derniers accords sur le climat il se pourrait fort bien que la crise économique qu’ils risquent d’entrainer constitue en dernière analyse le meilleur instrument au service de la réduction des gaz à effet de serre et de la protection des ressources naturelles de la planète.

    Dès lors on s’étonne que les médias et les milieux concernés n’aient pas relevé ce paradoxe.

    Il est en particulier curieux que les politiciens « verts » qui militent pour « la décroissance » depuis des décennies et, plus récemment, les meneurs des nombreuses marches « de sauvetage du climat » auxquels nous assistons ne se soient exprimer à ce sujet. Personne ne semble juger bon ou oser, profitant des porte-voix généreusement offerts par les médias, de souligner qu’actuellement le seul homme de pouvoir dans le monde à agir concrètement pour réduire les effets de la mondialisation est malheureusement M.Trump.

    Voilà des déclarations fortes qui pourraient peut-être inciter les gouvernants européens à agir, eux qui sont si friands de discours catastrophistes et de promesses mais si peu enclins à affronter leurs opinions publiques lorsqu’il s’agit de concrétiser les engagements qu’ils ont signés. Jouer les cassandres et les porteurs de lumière est aisé. Avoir le courage, face aux peuples, de décréter les remèdes est une autre affaire.

    Pierre Kunz

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  • L’agence Frontex et l’hypocrisie ambiante

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    Nouvelle du jour : l’agence Frontex, chargée de surveiller les frontières européennes, est mise en accusation. Elle aurait toléré des maltraitances commises sur des migrants par des gardes-frontières nationaux ; pire, certains de ses employés auraient eux-mêmes eu des pratiques de maltraitances.

    Il fallait s’y attendre.

    D’abord parce ce que la tâche de l’agence Frontex est d’une extrême difficulté étant donné la multiplicité des acteurs et les intérêts contradictoires de ceux-ci : gardes-frontières dans des pays très restrictifs en matière de migrations et pas toujours coopératifs, activisme des ONG prêtes à toutes les transgressions au nom de leurs interventions « humanitaires », attitude des migrants parfois violents et souvent cyniques, juristes défendant la lettre de conventions internationales partiellement désuètes et ne faisant plus consensus chez ceux qui les ont signées il y a plus d’un demi-siècle. Dans un tel contexte des failles et des dérapages sont inéluctables.

    Ensuite parce que nombres d’intellectuels, Olivier Abel par exemple (*), qui utilisent la question des migrations et de Frontex en particulier, pour faire le procès d’une Union européenne qui, selon le théologien français, « se couvre de honte en s’abaissant à sous-traiter ses frontières à des Etats aussi peu recommandables que la Turquie ; elle doit absolument changer de discours et ouvrir ses frontières ».

    Dans cet imbroglio politico-socio-humanitaire comment ne pas percevoir que la campagne qui vient de débuter contre Frontex, fournit un bel instrument au service des milieux « bien-pensants ». Il leur donne une nouvelle occasion de s’insurger contre les politiques restrictives qui se renforcent sous la pression des peuples européens en matière d’immigration illégales.

    Pourtant, tout laisse penser que cette pression populaire finira par convaincre les Européens de prendre les cinq mesures requises pour mettre en œuvre une politique migratoire raisonnable, constructive et … praticable :

    • ramener au niveau des frontières des pays de l’UE la lutte contre les migrations illégales en prenant en considération les exigences plus restrictives des pays de l’est européen et en mettant à la disposition des pays concernés en Méditerranée (Grèce, Italie, Malte, Espagne, France) les moyens financiers, techniques et militaires nécessaires ;
    • exiger avec force des pays originaires de l’immigration illégale parvenue en Europe qu’ils acceptent le retour de leurs concitoyens ;
    • lutter avec détermination contre les ONG les plus extrémistes qui dans les faits constituent le dernier maillon de la chaîne des passeurs, elles qui abusent de leur statut, qui utilisent toutes les ficelles du droit humanitaire pour exister et qui empêchent, au sein de l’Europe et en Méditerranés, les Etats de prévenir et de gérer les problèmes migratoires de manière efficace ;
    • s’agissant des réfugiés, que trop souvent on ne distingue pas des migrants économiques, remplir de manière exemplaire nos devoirs d’accueil, de logement et d’alimentation à leur égard, puis, comme le prévoit la Convention de Genève, les presser fermement de rentrer chez eux lorsque la paix y est revenue ;
    • enfin, organiser la migration raisonnable dont nous avons effectivement besoin, utile pour les migrants comme pour les pays d’accueil, c’est-à-dire mettre en place un système de quotas et de filtrage strict des individus.

    Il règne une immense hypocrisie politique et médiatique dans la manière dont sont actuellement abordées les questions migratoires. Cette hypocrisie et les bons sentiments qui la fondent ne servent ni l’Europe ni les pays d’origine des migrants illégaux ni, enfin et surtout, les migrants eux-mêmes qui en souffrent par milliers et qui souvent en meurent. Plutôt que de stigmatiser Frontex il faut mettre un terme à cette hypocrisie.

    Pierre Kunz, 

    (*) Olivier Abel, Le Vertige de l’Europe, Editions Labor et Fides

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