• Les 10'000 francs de Dalbusco

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    C’est une histoire d’épiciers que la TdG et Le Temps essaient de nous faire prendre pour une affaire politique.

    Et il est affligeant de constater qu’en l’occurrence les journalistes qui écrivent dans ces quotidiens ne se sont probablement encore jamais abaissés à ce point à seule fin de faire bouillir leur marmite. Ils n’ont probablement jamais oublié dans une telle mesure les exigences élémentaires de la déontologie de leur profession. Ils n’ont probablement jamais trahi si honteusement leur devoir de diffuser une information équilibrée et honnête

    L’édition du 28 août de la TdG est extrêmement édifiante. En première page, le rédacteur en chef s’y est fendu d’un article qui se voulait rédactionnel mais qui n’apportait que des bûches déjà noircies sur un foyer de ragots et d’hypothèses malveillantes. Mais là n’est pas le pire. Celui-ci se situe dans le chapeau ridicule qu’il a placé en tête de sa prose : « Le Conseil d’Etat au bord du gouffre ».

    Pourquoi ridicule ?

    D’abord parce que ce titre est populiste, démagogique et hors de toute proportion avec les faits qui sont reprochés à M. Dalbusco. Pourquoi, grands dieux, le climat de confiance qui doit régner sur le plan politique entre nos ministres, serait-il mis en péril par la vaguelette que les journaux essaient de faire passer pour une tempête ? Revenons à la réalité : cette affaire se résume au respect ou non de règles, propres au PDC, par le candidat Dalbusco. Il revient à ces deux seules parties de régler leur problème, pour autant qu’il existe.

    Ensuite parce que ce différend ne regarde pas le Conseil d’Etat. Il concerne une campagne électorale et la manière dont les candidats se débrouillent pour assembler, avec l’aide de leur parti, les moyens financiers requis par leur élection ou leur réélection. Les recherches de fonds et les dons de certains acteurs économiques et sociaux à des politiciens en quête de voix sont aussi vieux que la démocratie, à Genève comme ailleurs. 

    Soyons clairs : ceux qui connaissent le landerneau politique genevois savent que nombre d’anciens élus, s’ils y étaient invités avec un peu d’insistance, avoueraient sans mauvaise conscience avoir bénéficié de tels dons, cela sans toujours en informer leur parti. Quoi qu’il en soit, lorsqu’ils procédaient à cette information, leur parti rendait immédiatement cet argent à son poulain qui en disposait à sa guise pour les besoins de son avenir politique. Ce qui ne signifie pas qu’en de telles occasions les bénéficiaires de ces "coups de pouces" aient vendu leur âme ou qu’ils n’aient pas honnêtement utilisé ces fonds.

    Gageons que les choses n’ont guère changé. D’autant que, contrairement à la drôle d’idée qui, avec l’aide des médias, semble faire son chemin dans le public, le fisc genevois ne perd rien dans un tel contexte.

    Ce qui a par contre changé, ajoutée à la méfiance populaire que certains milieux et quelques journalistes cultivent vilainement à l’égard des élus, est la judiciarisation de la politique. Le pouvoir judiciaire, prétextant en l’occurrence des articles de lois relatifs à une transparence de la vie politique frisant le voyeurisme, semble se plaire dans un rôle de grand prêtre que peu à peu il se taille. Mais cette judiciarisation et ce rôle du parquet et des juges ne peuvent apporter à Genève que de vaines turbulences.

    Pierre Kunz  

     

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  • SSR, la fin d'une résolution démagogique du Grand Conseil

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    La résolution est un instrument que la loi réserve aux députés du Grand Conseil. Elle consiste en une demande non contraignante, faite à une autorité supérieure, d’agir dans un domaine particulier. Pour le dire aimablement, une résolution n’est donc qu’un vœu pieux et pour le dire avec clarté, elle n’est dans 95 % des cas qu’un instrument au service de la démagogie. Presque toujours les députés qui s’en servent ne visent en effet qu’à éblouir ou à tromper leurs électeurs en faisant semblant d’agir alors qu’ils n’en ont pas le pouvoir ou, pire, quand ils n’en ont pas le courage.

    L’illustration la plus récente de cet exercice vain concerne les conséquences de l’initiative Billag et son rejet, le 4 mars 2018, à plus de 70 % par le peuple suisse. Ce rejet fut déploré par ceux qui considèrent que la RTS est largement sortie du cadre de sa mission et qu’elle gaspille les fonds qui lui sont garantis par la redevance. Un constat partagé par une bonne partie de nos autorités fédérales qui ne voulaient pourtant pas d'un succès de l'initiative, trop radicale. Il s’agissait donc pour elles d’intervenir durant la campagne précédant la votation, afin que les citoyens n’adoptent pas un projet qui visait à supprimer purement et simplement la redevance.

    La mesure qui, à elle seule, a fait pencher la balance « du bon côté » fut l’annonce par le Conseil fédéral de réduire significativement cette redevance pour les particuliers, cela dès 2019, à Fr. 365.- Pas étonnant donc que, dès le soir du vote, le directeur général de la SSR, préoccupé par la réduction importante des recettes qui allait découler pour la régie de cette baisse, ait annoncé la mise en œuvre d’un programme de restructuration, de rationalisation et d’économies sur les frais d’exploitation de 100 millions de francs.

    Ce programme, fondé sur les impératifs d’une gestion améliorée, était attendu par tous. Mais pas par les députés genevois, eux qui avaient pourtant milité pour le rejet de l’initiative. Lorsque a été connue la décision de la SSR de transférer les émissions TV d’actualité de Genève à Lausanne, ils se sont empressés, en toute incohérence, de rédiger une résolution, expédiée à l’Assemblée fédérale, réclamant le maintien du statu quo. Une résolution ridicule mais qui les dispensait d’expliquer honnêtement aux Genevois que la délocalisation voulue par la SSR était rationnelle et qu’elle découlait logiquement et directement de la décision populaire du 4 mars.

    Les députés genevois qui ont initié cette démarche se sont récemment déplacés à Berne pour « vendre » leur résolution à la commission concernée du Conseil des Etats. Ils n’ont, paraît-il, même pas eu droit à une écoute polie et se sont fait sèchement rabrouer. Gageons que devant la commission sœur du Conseil national il n’en ira pas différemment malgré l’activisme affiché de manière bien peu crédible par certains élus fédéraux de gauche.

    Seuls les naïfs peuvent être surpris par cet accueil froid car à Berne on a identifié depuis longtemps l’un des défauts principaux du monde politique genevois : il prend ses discours pour de l’action.

    Pierre Kunz

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  • Des migrants mineurs ? non, des fugueurs

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    Mon ami Jean-Yves, avec lequel je m’entretenais il y a quelques jours, me faisait part de son ahurissement à la lecture de la pleine page que le quotidien Le Temps a consacré à ce que les journalistes signataires appellent « l’errance sans fin des migrants mineurs non accompagnés ».

    « Que faisons-nous, me demandait-il, lorsqu’un adolescent helvétique, après une fugue, finit par errer dans Genève, ville qu’il ne connaît pas, transi par le froid ou accablé de chaleur, sans plus un sou en poche ? On l’amène à la police qui prend les dispositions requises pour le renvoyer dans sa famille où le remettre aux services sociaux de sa commune. Alors pourquoi donc, lorsqu’il s’agit d’un mineur étranger, nos services sociaux et les ONG locales multiplient-elles les interventions désordonnées et généralement infructueuses au lieu de tout simplement le renvoyer chez lui, comme on le fait pour les fugueurs dans notre pays ? »

    Il relevait le cynisme stupéfiant que ces jeunes affichent. En premier lieu, ils se sont débarrassés de leurs papiers. Ensuite ils ont évidemment appris, avant ou pendant le long voyage qui les a amenés à Genève, qu’ils n’ont aucune chance d’obtenir l’asile et n’en font même pas la demande. Finalement, non contents d’être, à l’image de ce qui se fait pour les autres SDF, hébergés et nourris, ils expliquent qu’ils aimeraient aller à l’école, qu’on leur apprenne un métier ou encore, disent-ils « qu’on les teste afin qu’ils puissent démontrer que ce ne sont pas des profiteurs ». Comme si, avec la volonté et l’ambition requise et malgré le sous-développement de leur pays d’origine, ils ne pouvaient pas y bénéficier de ces prestations élémentaires.

    Jean-Yves notait par ailleurs que ces jeunes migrants, illégaux comme leurs compatriotes adultes, proviennent de pays clairement identifiés dont quasiment aucun n’est considéré à risque pour leurs habitants. Pourtant, constatait-il, les autorités cantonales et fédérales, au lieu de mobiliser les moyens requis pour faire valoir les accords de réadmission en force, ou d’en conclure de nouveaux, avec les pays originaires de ces jeunes, « se réfugient derrière des réflexes humanitaristes de démocratie encroûtée et refusent de traiter ces jeunes pour ce qu’ils sont, soit des fugueurs manipulateurs qui devraient, pour leur bien, être renvoyés chez eux ».

    Au contraire, concluait Jean-Yves, le Conseil d’Etat vient d’autoriser l’ouverture d’un nouveau lieu d’hébergement assorti d’un encadrement journalier.

    Pierre Kunz

     

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  • Climat : faut-il remercier Trump ?

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    Paradoxalement, ne conviendrait-il pas de remercier M. Trump de sa contribution, probablement bien involontaire, dans les premiers pas de la lutte que l’humanité a engagée pour la protection du climat ?

    En cet été, sur fond de guerre commerciale et monétaire sino-américaine, les médias multiplient les articles annonçant que la croissance économique mondiale diminue, particulièrement en Occident. Clouant le président américain au pilori à cause de ses initiatives douanières « insensées », les chroniqueurs nous prédisent dans leurs articles récession, hausses de prix pour les consommateurs et restrictions dans l’approvisionnement de nos pays en biens de consommation durable, en matières premières voire en biens alimentaires. Et l’OMC d’ajouter à ce concert ses pronostics inquiétants pour 2019 et 2020.

    Ce n’était certainement pas sa motivation première, mais la politique disruptive que mène M. Trump a pourtant le mérite, potentiellement, de freiner un consumérisme mondialisé aussi dévastateur pour la santé mentale des consommateurs que pour notre environnement. Et même si les USA jouent les climato-sceptiques et s’ils n’ont pas endossé les derniers accords sur le climat il se pourrait fort bien que la crise économique qu’ils risquent d’entrainer constitue en dernière analyse le meilleur instrument au service de la réduction des gaz à effet de serre et de la protection des ressources naturelles de la planète.

    Dès lors on s’étonne que les médias et les milieux concernés n’aient pas relevé ce paradoxe.

    Il est en particulier curieux que les politiciens « verts » qui militent pour « la décroissance » depuis des décennies et, plus récemment, les meneurs des nombreuses marches « de sauvetage du climat » auxquels nous assistons ne se soient exprimer à ce sujet. Personne ne semble juger bon ou oser, profitant des porte-voix généreusement offerts par les médias, de souligner qu’actuellement le seul homme de pouvoir dans le monde à agir concrètement pour réduire les effets de la mondialisation est malheureusement M.Trump.

    Voilà des déclarations fortes qui pourraient peut-être inciter les gouvernants européens à agir, eux qui sont si friands de discours catastrophistes et de promesses mais si peu enclins à affronter leurs opinions publiques lorsqu’il s’agit de concrétiser les engagements qu’ils ont signés. Jouer les cassandres et les porteurs de lumière est aisé. Avoir le courage, face aux peuples, de décréter les remèdes est une autre affaire.

    Pierre Kunz

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  • L’agence Frontex et l’hypocrisie ambiante

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    Nouvelle du jour : l’agence Frontex, chargée de surveiller les frontières européennes, est mise en accusation. Elle aurait toléré des maltraitances commises sur des migrants par des gardes-frontières nationaux ; pire, certains de ses employés auraient eux-mêmes eu des pratiques de maltraitances.

    Il fallait s’y attendre.

    D’abord parce ce que la tâche de l’agence Frontex est d’une extrême difficulté étant donné la multiplicité des acteurs et les intérêts contradictoires de ceux-ci : gardes-frontières dans des pays très restrictifs en matière de migrations et pas toujours coopératifs, activisme des ONG prêtes à toutes les transgressions au nom de leurs interventions « humanitaires », attitude des migrants parfois violents et souvent cyniques, juristes défendant la lettre de conventions internationales partiellement désuètes et ne faisant plus consensus chez ceux qui les ont signées il y a plus d’un demi-siècle. Dans un tel contexte des failles et des dérapages sont inéluctables.

    Ensuite parce que nombres d’intellectuels, Olivier Abel par exemple (*), qui utilisent la question des migrations et de Frontex en particulier, pour faire le procès d’une Union européenne qui, selon le théologien français, « se couvre de honte en s’abaissant à sous-traiter ses frontières à des Etats aussi peu recommandables que la Turquie ; elle doit absolument changer de discours et ouvrir ses frontières ».

    Dans cet imbroglio politico-socio-humanitaire comment ne pas percevoir que la campagne qui vient de débuter contre Frontex, fournit un bel instrument au service des milieux « bien-pensants ». Il leur donne une nouvelle occasion de s’insurger contre les politiques restrictives qui se renforcent sous la pression des peuples européens en matière d’immigration illégales.

    Pourtant, tout laisse penser que cette pression populaire finira par convaincre les Européens de prendre les cinq mesures requises pour mettre en œuvre une politique migratoire raisonnable, constructive et … praticable :

    • ramener au niveau des frontières des pays de l’UE la lutte contre les migrations illégales en prenant en considération les exigences plus restrictives des pays de l’est européen et en mettant à la disposition des pays concernés en Méditerranée (Grèce, Italie, Malte, Espagne, France) les moyens financiers, techniques et militaires nécessaires ;
    • exiger avec force des pays originaires de l’immigration illégale parvenue en Europe qu’ils acceptent le retour de leurs concitoyens ;
    • lutter avec détermination contre les ONG les plus extrémistes qui dans les faits constituent le dernier maillon de la chaîne des passeurs, elles qui abusent de leur statut, qui utilisent toutes les ficelles du droit humanitaire pour exister et qui empêchent, au sein de l’Europe et en Méditerranés, les Etats de prévenir et de gérer les problèmes migratoires de manière efficace ;
    • s’agissant des réfugiés, que trop souvent on ne distingue pas des migrants économiques, remplir de manière exemplaire nos devoirs d’accueil, de logement et d’alimentation à leur égard, puis, comme le prévoit la Convention de Genève, les presser fermement de rentrer chez eux lorsque la paix y est revenue ;
    • enfin, organiser la migration raisonnable dont nous avons effectivement besoin, utile pour les migrants comme pour les pays d’accueil, c’est-à-dire mettre en place un système de quotas et de filtrage strict des individus.

    Il règne une immense hypocrisie politique et médiatique dans la manière dont sont actuellement abordées les questions migratoires. Cette hypocrisie et les bons sentiments qui la fondent ne servent ni l’Europe ni les pays d’origine des migrants illégaux ni, enfin et surtout, les migrants eux-mêmes qui en souffrent par milliers et qui souvent en meurent. Plutôt que de stigmatiser Frontex il faut mettre un terme à cette hypocrisie.

    Pierre Kunz, 

    (*) Olivier Abel, Le Vertige de l’Europe, Editions Labor et Fides

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