SSR, la fin d'une résolution démagogique du Grand Conseil

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La résolution est un instrument que la loi réserve aux députés du Grand Conseil. Elle consiste en une demande non contraignante, faite à une autorité supérieure, d’agir dans un domaine particulier. Pour le dire aimablement, une résolution n’est donc qu’un vœu pieux et pour le dire avec clarté, elle n’est dans 95 % des cas qu’un instrument au service de la démagogie. Presque toujours les députés qui s’en servent ne visent en effet qu’à éblouir ou à tromper leurs électeurs en faisant semblant d’agir alors qu’ils n’en ont pas le pouvoir ou, pire, quand ils n’en ont pas le courage.

L’illustration la plus récente de cet exercice vain concerne les conséquences de l’initiative Billag et son rejet, le 4 mars 2018, à plus de 70 % par le peuple suisse. Ce rejet fut déploré par ceux qui considèrent que la RTS est largement sortie du cadre de sa mission et qu’elle gaspille les fonds qui lui sont garantis par la redevance. Un constat partagé par une bonne partie de nos autorités fédérales qui ne voulaient pourtant pas d'un succès de l'initiative, trop radicale. Il s’agissait donc pour elles d’intervenir durant la campagne précédant la votation, afin que les citoyens n’adoptent pas un projet qui visait à supprimer purement et simplement la redevance.

La mesure qui, à elle seule, a fait pencher la balance « du bon côté » fut l’annonce par le Conseil fédéral de réduire significativement cette redevance pour les particuliers, cela dès 2019, à Fr. 365.- Pas étonnant donc que, dès le soir du vote, le directeur général de la SSR, préoccupé par la réduction importante des recettes qui allait découler pour la régie de cette baisse, ait annoncé la mise en œuvre d’un programme de restructuration, de rationalisation et d’économies sur les frais d’exploitation de 100 millions de francs.

Ce programme, fondé sur les impératifs d’une gestion améliorée, était attendu par tous. Mais pas par les députés genevois, eux qui avaient pourtant milité pour le rejet de l’initiative. Lorsque a été connue la décision de la SSR de transférer les émissions TV d’actualité de Genève à Lausanne, ils se sont empressés, en toute incohérence, de rédiger une résolution, expédiée à l’Assemblée fédérale, réclamant le maintien du statu quo. Une résolution ridicule mais qui les dispensait d’expliquer honnêtement aux Genevois que la délocalisation voulue par la SSR était rationnelle et qu’elle découlait logiquement et directement de la décision populaire du 4 mars.

Les députés genevois qui ont initié cette démarche se sont récemment déplacés à Berne pour « vendre » leur résolution à la commission concernée du Conseil des Etats. Ils n’ont, paraît-il, même pas eu droit à une écoute polie et se sont fait sèchement rabrouer. Gageons que devant la commission sœur du Conseil national il n’en ira pas différemment malgré l’activisme affiché de manière bien peu crédible par certains élus fédéraux de gauche.

Seuls les naïfs peuvent être surpris par cet accueil froid car à Berne on a identifié depuis longtemps l’un des défauts principaux du monde politique genevois : il prend ses discours pour de l’action.

Pierre Kunz

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Commentaires

  • Marchand/SSR est visionnaire et cohérent.
    Un nouveau centre audio/visuel va voir le jour à Lausanne /EPFL. (réalité)
    Cout de l'opération 100 millions, on a vendu le bâtiment de la radio 50 millions il reste à vendre la tour de Genève 50 millions.
    On économise sur l'infrastructure et on privilégie le personnel et l'outil de production. Une Télévision Suisse à la pointe de la tech, avec des équipes mobiles.

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