L’agence Frontex et l’hypocrisie ambiante

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Nouvelle du jour : l’agence Frontex, chargée de surveiller les frontières européennes, est mise en accusation. Elle aurait toléré des maltraitances commises sur des migrants par des gardes-frontières nationaux ; pire, certains de ses employés auraient eux-mêmes eu des pratiques de maltraitances.

Il fallait s’y attendre.

D’abord parce ce que la tâche de l’agence Frontex est d’une extrême difficulté étant donné la multiplicité des acteurs et les intérêts contradictoires de ceux-ci : gardes-frontières dans des pays très restrictifs en matière de migrations et pas toujours coopératifs, activisme des ONG prêtes à toutes les transgressions au nom de leurs interventions « humanitaires », attitude des migrants parfois violents et souvent cyniques, juristes défendant la lettre de conventions internationales partiellement désuètes et ne faisant plus consensus chez ceux qui les ont signées il y a plus d’un demi-siècle. Dans un tel contexte des failles et des dérapages sont inéluctables.

Ensuite parce que nombres d’intellectuels, Olivier Abel par exemple (*), qui utilisent la question des migrations et de Frontex en particulier, pour faire le procès d’une Union européenne qui, selon le théologien français, « se couvre de honte en s’abaissant à sous-traiter ses frontières à des Etats aussi peu recommandables que la Turquie ; elle doit absolument changer de discours et ouvrir ses frontières ».

Dans cet imbroglio politico-socio-humanitaire comment ne pas percevoir que la campagne qui vient de débuter contre Frontex, fournit un bel instrument au service des milieux « bien-pensants ». Il leur donne une nouvelle occasion de s’insurger contre les politiques restrictives qui se renforcent sous la pression des peuples européens en matière d’immigration illégales.

Pourtant, tout laisse penser que cette pression populaire finira par convaincre les Européens de prendre les cinq mesures requises pour mettre en œuvre une politique migratoire raisonnable, constructive et … praticable :

  • ramener au niveau des frontières des pays de l’UE la lutte contre les migrations illégales en prenant en considération les exigences plus restrictives des pays de l’est européen et en mettant à la disposition des pays concernés en Méditerranée (Grèce, Italie, Malte, Espagne, France) les moyens financiers, techniques et militaires nécessaires ;
  • exiger avec force des pays originaires de l’immigration illégale parvenue en Europe qu’ils acceptent le retour de leurs concitoyens ;
  • lutter avec détermination contre les ONG les plus extrémistes qui dans les faits constituent le dernier maillon de la chaîne des passeurs, elles qui abusent de leur statut, qui utilisent toutes les ficelles du droit humanitaire pour exister et qui empêchent, au sein de l’Europe et en Méditerranés, les Etats de prévenir et de gérer les problèmes migratoires de manière efficace ;
  • s’agissant des réfugiés, que trop souvent on ne distingue pas des migrants économiques, remplir de manière exemplaire nos devoirs d’accueil, de logement et d’alimentation à leur égard, puis, comme le prévoit la Convention de Genève, les presser fermement de rentrer chez eux lorsque la paix y est revenue ;
  • enfin, organiser la migration raisonnable dont nous avons effectivement besoin, utile pour les migrants comme pour les pays d’accueil, c’est-à-dire mettre en place un système de quotas et de filtrage strict des individus.

Il règne une immense hypocrisie politique et médiatique dans la manière dont sont actuellement abordées les questions migratoires. Cette hypocrisie et les bons sentiments qui la fondent ne servent ni l’Europe ni les pays d’origine des migrants illégaux ni, enfin et surtout, les migrants eux-mêmes qui en souffrent par milliers et qui souvent en meurent. Plutôt que de stigmatiser Frontex il faut mettre un terme à cette hypocrisie.

Pierre Kunz, 

(*) Olivier Abel, Le Vertige de l’Europe, Editions Labor et Fides

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