Jour du dépassement, « du bidon » ?

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C’est la géographe Sylvie Brunel qui l’affirme dans son dernier ouvrage (*). Elle dit plus précisément que « l’empreinte écologique est complètement bidon et que le jour du dépassement ne veut rien dire ».

La géographe française n’a rien d’une climato-sceptique. Pourtant elle se fait un devoir de pourfendre les idées toutes faites que certains milieux propagent sous forme de slogans, souvent sans en avoir étudié les fondements. Selon elle, ces milieux agissent, soit par intérêt soit à cause de leur incompréhension des phénomènes naturels et de l’impact réel des activités de l’humanité sur l’environnement.

Il est bon de se rappeler les convictions de Sylvie Brunel en cette fin de juillet qui voit refleurir les titres du genre « Depuis hier, la Terre vit à crédit » ou « 29 juillet, jour mondial du dépassement » ou encore « Nous les riches, consommons trop, le collapse a déjà commencé ». 

Commençons par admettre que l’empreinte écologique n’est qu’un indicateur, certes pas inutile puisqu’il contribue à mettre en évidence les excès du consumérisme occidental et la masse des déchets qui découle de celui-ci. Mais prenons cet index pour ce qu’il est, rien d’autre qu’une indication. En conséquence il ne s’agit pas de battre notre coulpe comme si nous étions des coupables. Car cette information à défaut d’être « bidon » manque en tout cas de rigueur scientifique.  

Personne ne se demande plus comment l’empreinte écologique est calculée. Or, d’une part la méthodologie pêche par de nombreux défauts, d’autre part l’hypothèse principale à la base des calculs de ceux qui l’établissent, à savoir le WWF, est injustifiable. Répétant l’erreur que commettait Malthus il y a 220 ans, ils voient la biosphère, soit les ressources terrestres, comme un capital constant, un stock qui ne pourrait croître. Un gâteau dont les parts se réduiraient donc inéluctablement avec l’augmentation de la population mondiale.  

Comme le pasteur écossais, le WWF a tort parce qu’il oublie de prendre en compte (ou ne veut pas !) dans ses équations et agrégations l’évolution des technologies agricoles et industrielles. Ces technologies qui, grâce à l’intelligence humaine grandissante, permettent de valoriser toujours plus efficacement et toujours plus rapidement les ressources dont dispose l’humanité. Au fil des années, celle-ci expérimente, constate, corrige et améliore avec constance son utilisation des ressources naturelles. Le WWF semble ne pas vouloir entendre que les activités humaines ne modifient pas la charge sur l’environnement de manière seulement négative. En réalité, une meilleure productivité dans l’utilisation des ressources naturelles réduit cette charge.

Par conséquent, ne nous laissons pas démoraliser par ce genre d’index. Rejetons la « collapsologie » entretenue par certains milieux et des ONG comme le WWF et demeurons confiants dans le génie humain.  Soyons raisonnables certes dans notre consommation et dans nos comportements mais refusons de nous gâcher la vie en nous transformant en ces colibris si chers aux écologistes au prétexte que chacun peut, en réduisant son niveau de vie, apporter sa pierre au sauvetage de la planète … pendant que les gouvernements tardent ou s’abstiennent de mettre en œuvre les mesures qui nous permettront de lutter efficacement contre l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre. C’est à ce niveau que doit s’engager la lutte contre le réchauffement climatique grâce aux nouvelles technologies qui, il faut le dire et le redire, sont disponibles.  

Comme le souligne Sylvie Brunel, « le développement durable c’est le progrès et l’ingéniosité mis au service de tous pour vivre mieux sur une planète plus propre ». Pas le retour à l’existence des quelques dizaines de millions d’agriculteurs besogneux du néolithique qui peuplaient la Terre et qui effectivement avaient une empreinte écologique négligeable mais qui mourraient à 30 ans, cassés par le labeur, souvent de mort violente, après avoir perdu toutes leurs dents.

Pierre Kunz

 

(*) Toutes ces idées qui nous gâchent la vie, Sylvie Brunel, Ed, JCLattès, 2019

 

 

 

 

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Commentaires

  • Se baser sur les prises de position de sb, c'est relayer des mensonges.

    https://www.youtube.com/watch?v=hAA7PlraESo

    https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/l-ue-c-est-l-europe-du-glyphosate-199164

    Lire en particulier les commentaires.

    Quelqu'un qui a fait un "tour du monde" en 40 jours, en publie un livre "le monde disneylandisé" et s'en réjouit est une honte pour les géographes et tous les amoureux de la nature sauvage. Selon elle le monde est plus beau... De la disparition programmée des éléphants, des rhinocéros, des chimpanzés, et de tant d'autres espèces...?

    La culture intensive n'est possible qu'avec une utilisation de plus en plus massive des intrants, ruine les sols et va aboutir à une dévastation dès que les sources d'énergie abondantes et bon marché déclineront.

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