Ne plus avoir d’enfants pour sauver l’humanité ?

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Un grand quotidien français revenait récemment sur les discours pompeux de ces jeunes adultes qui prétendent contribuer au sauvetage de la planète en s’abstenant de se donner une progéniture. On échappe difficilement au malaise devant leurs arguments qui masquent de toute évidence des motifs inconscients peut-être mais en tout cas moins avouables que ceux qu’ils invoquent. En fait ces Cassandre souffrent surtout de la prétention, du cynisme et de la légèreté qui caractérisent souvent les trentenaires. Ils jouent avec la « collapsologie » qui pollue notre époque et avec un pessimisme qui ne repose sur aucun fondement sérieux.  

La décision radicale qu’ils affichent montre qu’ils n’ont pas saisi les forces puissantes, génétiques et morales, qui animent l’espèce humaine depuis ses origines. Manifestement, ils nourrissent leur démission d’une méconnaissance de l’histoire de l’humanité et des tragédies que nos ancêtres ont dû et su affronter au cours des millénaires pour que nos sociétés survivent et progressent jusqu’en 2019. Ils souffrent par ailleurs d’une compréhension lacunaire et superficielle du défi climatique et des moyens dont dispose l’humanité pour les surmonter.

Contrairement à ce qu’ils affirment, mettre des enfants au monde ce n’est pas participer au problème. C’est au contraire passer le relais à une génération qui aura, elle, contrairement à eux, la volonté de faire face au défi climatique. C’est faire comme nos prédécesseurs le pari de la vie. Un pari qui a toujours été couronné de succès et qui a apporté à l’humanité la succession de progrès stupéfiants que nous savons.

Certes le réchauffement climatique et la sauvegarde des ressources naturelles de la planète constituent des défis inédits et considérables. Mais l’humanité dispose des moyens d’y faire face. Elle connaît les mesures à prendre pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sans rationner l’énergie dont nos sociétés ont besoin pour continuer à progresser.  Celles qui nous permettrons de sauvegarder les ressources naturelles et de conserver notre niveau de vie, même si la planète se peuple encore davantage dans les décennies à venir.

Pour les aider à s’extraire de leur vision caricaturale de l’avenir on leur suggère de courir à leur librairie afin d’acquérir l’ouvrage publié récemment par un groupe de scientifiques pluridisciplinaires sous la houlette de Paul Hawken (**).

Dans ce gros volume les auteurs montrent que rien n’est perdu s’agissant du sauvetage du climat. Ils présentent les répercussions totales de 80 solutions modélisées sur une période de trente ans à l’aide de prévisions optimistes certes mais raisonnables. L’ensemble des solutions retenues sont disponibles et les technologies qu’elles impliquent maîtrisées.

Autrement dit l’humanité peut les mettre en œuvre sans délai. Elle a d’ailleurs commencé. Au fil des pages, il apparaît, en retenant des hypothèses de travail prudentes, que la quantité des gaz à effet de serre qui peuvent être économisés s’élèverait, d’ici à 2050, à près de 1500 gigatonnes, soit l’équivalent des gaz que l’humanité continuera de produire d’ici au milieu du siècle. Si le but est atteint, leur accumulation cessera puis se réduira.

Les quinze mesures les plus efficaces (dont la suppression des fluides frigorigènes, le développement des éoliennes et des panneaux solaires, la réduction des pertes de la production alimentaire et de sa distribution, les reboisements massifs) permettent à elles seules d’atteindre 65 % de l’objectif.

A la lecture de Drawdown les adeptes du birthstrike seront contraints d’admettre que leur posture constitue une insulte à l’intelligence. On leur souhaite qu’ils y retrouvent l’optimisme et l’ambition d’agir, celle qui, quelle que soit la difficulté des temps, a toujours poussé l’humanité vers son avenir et le progrès. Qu’ils se convainquent que leurs enfants et leurs petits-enfants, grâce à leur travail et à la mise en œuvre des instruments offerts par l’écologie réparatrice promue par les auteurs de l’ouvrage, bénéficieront d’une existence au moins aussi heureuse et fructueuse que celle de la génération actuelle, que celle-ci vive en Occident, en Asie ou en Afrique.

Pierre Kunz

(**) DRAWDOWN. Comment inverser le cours du réchauffement planétaire (Editions Acte Sud, 2018)

 

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Commentaires

  • La véritable insulte a l’intelligence se résume en une seule phrase: C'est de prétendre que la démographie peut simplement croitre a l'infini.

  • Puisque les autorités veulent réguler les cormorans, les marmottes, les cerfs, etc. Régulons également les enfants car dans certains pays les mères sont de véritables pondeuses et c'est ridicule !

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