Qui pille la planète ? le riche ou le bourgeois ?

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Dans son dernier livre (*) Gilbert Rist, professeur honoraire à l’IHEID, pend des coupables. Rappelant les atteintes à l’environnement dues à la croissance telle qu’elle est poursuivie par l’humanité depuis un demi-siècle, il veut convaincre ses lecteurs qu'un désastre s’annonce, dû au capitalisme, au marché, au libre-échangisme mondialisé, à la propriété privée et aux riches.  

Il devrait montrer qu’en réalité la plus lourde part du pillage des ressources naturelles n’est pas le fait des minorités richissimes ; elle est liée à la fulgurante amélioration au 20ème siècle de la situation matérielle des classes moyennes et populaires et à leur consommation massive.

Il serait trop long de montrer ici que le capitalisme et le marché, « degré zéro, selon le professeur genevois du lien social », ne sont pas les sources premières de tous les maux. L’un et l’autre n’ont-ils pas précédé de plusieurs siècles les dérives actuelles et constitué, sans dommages à l’environnement, les fondements des progrès sociaux, culturels et économiques de l’humanité ? Ce sont les acteurs, producteurs et consommateurs, que l’auteur devrait mettre en accusation en reconnaissant qu’est en cause le consumérisme compulsif qui a enveloppé nos sociétés.

Il ne paraît pas non plus nécessaire de s’étendre sur les méfaits qu’attribue Gilbert Rist à la propriété privée, ni sur les problèmes du libre-échangisme mondialisé. Le collectivisme a montré ses limites catastrophiques et, malgré son rythme insoutenable pour l’Occident et le mal qu’en dit l’auteur, le commerce mondialisé a permis à de centaines de millions d’individus de sortir de l’extrême-pauvreté en quelques décennies.

On doit par contre s’arrêter sur les inégalités sociales qui, selon l’auteur, seraient la source principale des malheurs qui nous attendent, les riches ne pensant selon lui qu’à cultiver leurs privilèges et « à s’enrichir de façon indécente » quitte à détruire la planète. L’auteur, en généralisant et en insistant sur des cas particuliers, trompe son lectorat. Il devrait souligner qu’en réalité la plus lourde part du pillage des ressources naturelles n’est pas le fait des minorités richissimes ; elle est liée à la fulgurante amélioration au 20ème siècle, en Occident comme dans les pays en développement, de la situation matérielle des classes moyennes et populaires et à leur consommation massive.

Il est vrai qu’au cours des dernières décennies, les minorités privilégiées ont accru plus que les autres leurs revenus et leurs richesses. Mais il faut être aveugle pour ne pas voir qu'au cours du dernier demi-siècle nos sociétés développées comme celles des pays en développement ont atteint un degré d’homogénéité plus élevé que jamais et que les inégalités parmi les classes de « non-riches », soit la vaste majorité des populations, sont en baisse. Et si en Occident la précarité subsiste, la misère, grâce à l’Etat providence, a, elle, quasiment disparu. 

Ces constats amènent le lecteur à la contradiction fondamentale qui perce au fil de l’ouvrage du professeur de l’IHEID. Animé par sa détestation de ce qu’il appelle « la pseudo-science économique », il affirme qu’en renonçant au marché il serait possible de réduire drastiquement l’empreinte écologique de l’humanité. Et simultanément de retrouver plus d’égalité sociale. Voilà qui manque singulièrement de réalisme.

Car si nos sociétés entendent sauver la planète, il ne leur suffira pas de priver les "hyper-riches" de leur fortune au prétexte de plus d’égalité, quitte à passer au collectivisme. Il faudra que les classes moyennes, celles qui, répétons-le, depuis 50 ans puissent massivement dans les ressources naturelles par leur consommation compulsive, acceptent de renoncer à celle-ci. Les politiques auront-ils le courage et la volonté d’organiser ce repli ?

Pierre Kunz                                                                                                       

 

(*) La Tragédie de la croissance, éditions SciencesPo, 2018

 

Lien permanent 10 commentaires

Commentaires

  • Dommage de répéter à deux ou trois reprises la même chose dans ce bref coup de gueule car vous donnez l'impression de radoter en redondance.
    Et si le sujet mérite réflexion, il est un peu court de passer sur les chiffres mis en avant par Pikety et Stiglitz sur le fameux 1% qui détient la moitié des richesse du monde.
    Quant à cette fameuse classe moyenne qui est sortie de la pauvreté, vous oubliez de mentionner qu'elle représente les nouveaux esclaves de temps modernes exploités par cette minorité sans âme en attendant que les machines les remplacent.
    Votre coup d'épée dans l'eau est pathétique et semble suggérer un malaise non assumé des représentants des libéraux qui s'accrochent désespérément à des dogmes obsolètes qui ne reflètent plus les dérives infligées par le capitalisme financier de prédation.

  • Monsieur Jenni,
    Vous ne tentez tout de même pas de nous faire croire que MM. Pickety et Stiglitz prétendent que 1 % de riches détruisent plus de ressources naturelles que le 99 % de la société ?
    Pierre Kunz

  • Merci Monsieur Kunz de tenter de remettre un petit peu l'église au milieu du village, on a tendance à trop souvent se faire enfumer par ceux qui tentent de trouver des épouvantails à brandir pour promouvoir leurs idées d'il y a 40 ans ou plus...
    M. Rist passant en outre comme chat sur braise sur le fait que des sociétés collectivistes, telles que l'URSS, ont causé d'immenses dégâts à leurs environnements, sans que cela ne profite à d'hypothétiques 1%, qui n'existaient pas dans ces sociétés, ni à une classe moyenne encore plus hypothétique, tout le monde y étant supposé égal dans le dénuement. Et cela fait d'autant plus aisément que toute critique de la part de la société civile y aurait été durement réprimée, le projet collectiviste ne pouvant, par définition, pas supporter d'oppositions ni de divergences d'opinion.

  • "Vous ne tentez tout de même pas de nous faire croire que MM. Pickety et Stiglitz prétendent que 1 % de riches détruisent plus de ressources naturelles que le 99 % de la société ?"
    C'est pour permettre l'enrichissement de ces 1% que la planète est mise au pillage. Pour l'enrichissement sans limites de cette minorité, il faut toujours plus de croissance, de marchés, de destructions des solidarités (ces solidarités qui ne rapportent rien aux riches, ni à l'Etat), de destructions de l'environnement, et surtout surtout toujours plus de croissance démographique pour avoir toujours plus de travailleurs (escroqués de la plus-value de leur travail) et de clients. Pour toujours plus de profits.

    Pourquoi donc croyez-vous que la famille a été détruite, elle qui offrait des services gratuits? Les femmes ont été mises au travail parce qu'un salaire ne suffisait plus. Idem des solidarités villageoises. L'individualisme forcené, le chacun pour soi, la publicité massive, la propagande massive, tous facteurs d'enrichissement d'une minorité.

  • Riche = bourgeois = propriétaire des moyens de production = aussi et de plus en plus financiers d'une économie casino, hors-sol.

  • - "Il devrait montrer qu’en réalité la plus lourde part du pillage des ressources naturelles n’est pas le fait des minorités richissimes ; elle est liée à la fulgurante amélioration au 20ème siècle de la situation matérielle des classes moyennes et populaires et à leur consommation massive."

    Inexact. Pour parler de pillage, il faut qu'il y ait confiscation. Pour diviser en "parts" les "prélèvements" des ressources naturelles avant d'attribuer à une quelconque classe sociale sa part de responsabilité dans ces prélèvements, il faut d'abord parler de l'accès au marché des biens de consommation par le nombre croissant d'individus disposant des ressources financières nécessaires à cet accès, en parallèle à une dépendence accrue à la ressource financière, d'abord imposée, puis entretenue par la division du travail et la spécialisation des métiers engendrée par cette division.

    https://hls-dhs-dss.ch/fr/articles/026219/2006-01-23/


    - "Il serait trop long de montrer ici que le capitalisme et le marché, « degré zéro, selon le professeur genevois du lien social », ne sont pas les sources premières de tous les maux."

    Il est effectivement difficile, certes, mais surtout inutile de démontrer ce que quelque chose n'est pas, attendu qu'il s'agit d'une vue de l'esprit.

    Pour revenir à cette classe dite "moyenne", ce qui définit celle-ci de cette classe qui lui serait inférieure est ... l'éducation générale (par opposition à une formation professionnelle en lieu et place de celle-ci) ET, ... l'opportunité (la multiplication des opportunités) de contractualiser, grâce à cette éducation, un emploi stable garantissant un revenu périodique.

    La spécificité principale des classes inférieures à la classe "moyenne" est le manque d'éducation générale, et la multiplication des obstacles rendant le marché de l'emploi inaccessible pour les demandeurs, ou leurs demandes inefficaces.

    Mais si vous souhaitez tant parler de pillage, inutile alors de parler de "classes sociales", de "capitalisme", ou même de "marchés", mais simplement d'absence d'Etat, de chasse, de cueillette, et de minage.

  • Dans la locomotive qui fonce à toute vapeur vers l'abîme, il se trouve deux machinistes d'avis opposés.
    L'un affirme que tout va bien, qu'il y aura des rails à l'infini et qu'il s'agit donc de maintenir la cadence afin de ne pas se trouver en panne de charbon. Il est plus ancien, pense avoir tout vu et aime diriger.
    L'autre, qui s'est renseigné, propose d'être attentif aux éventuels aiguillages qui permettraient de changer de direction et ainsi d'éviter un désastre. Il n'est plus tout jeune mais a encore envie de vivre.
    Ils discutent tant et tant que toutes les voies de sauvetage sont dépassées les unes après les autres, jusqu'à cette zone lugubre qui précède le ravin dans lequel la locomotive et tous les passagers des wagons, toutes classes confondues, basculeront avec la certitude que l'humanité est bien sotte.

  • C'est dans les gènes de l'humanité, y a toujours eu des dominants et des dominés, il suffit de voir comment finissent les dominés lorsqu'ils gagnent l'euro-million, une bonne partie finissent mal et encore plus fauchés après qu'avant.

    Lorsque l'on parle de riches qui pillent la planète, la planète des humains est faites pour être pillé, il suffit de voir les sommes astronomiques accumulées dans les paradis bancaires, sans citer uniquement la Suisse, 9/10 des liquidités sont stockées et ne circulent pas et malgré tout l'économie semble fonctionner, mieux pour certains et moins bien pour la majorité.

    On a vu les énormes fortunes qui se sont constituées dans les régimes communistes, il n'y a pas plus capitaliste qu'un dirigeant communiste !

  • Maintenant que les sociétés des pays ultra-développés vivent dans une opulence certaine, nous voyons les gouvernements européens et nord américains favoriser "l'importation" de migrants dont une très grande partie sont démunis et continuent de dépendre des allocations sociales dans les pays qui les accueillent. Nous voyons renaître des îlots de pauvreté un peu partout où ces migrations envahissent des nations, de l'autre coté, nous assistons également à des fractionnements de populations et des isolats se définissent sur les cartes régionales, des bastions de nationaux originaires des lieux et des ghettos de migrants, soit dans les rues sans domicile ou soit dans des banlieues abandonnées par les autochtones.

    A défaut d'avoir des pauvres suite au développement de conditions sociales excluant la pauvreté endogène, l'occident importe de la pauvreté exogène, comme si vivre sans être entourer de certaines formes de misères était inconcevable., culturellement parlant.

    Et que personne ne vienne me dire, qu'il ne se sent pas rassuré en voyant des plus pauvre que lui !

  • Spontanément, sur ces questions de méfaits du consumérisme des classes moyennes, j‘aurais tendance à ajouter plus de crédit scientifique à un professeur de l‘IHEID qu‘à l‘ancien directeur du plus grand centre commercial de Suisse Romande. Peut-être que je verse moi-même dans un biais ad hominem, mais l‘opinion exposée ci-dessus ne m‘en semble pas exempte non plus.

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