23/05/2013

Marie victime des droits de l'Homme

On nous dit, pour expliquer le drame dont a été victime Marie, que « le dossier est complexe », que « les juges et les experts sont faillibles » ou encore que « il n’y a pas de société sans risques ». Ce sont là de mauvais arguments qui servent au mieux à exonérer partiellement de leur responsabilité une partie des acteurs de la tragédie. Ils ne touchent que les raisons apparentes de celle-ci.

Au-delà de l’enchaînement des évènements, quelles sont les causes profondes de la mort de Marie ?

Une interprétation abusive et démagogique des droits de l’Homme, ou des droits humains puisque c’est ainsi qu’on préfère les qualifier dans notre société féminisée, a conduit les Etats occidentaux, Suisse comprise, à sacrifier la notion de l’intérêt général sur l’autel des droits des particuliers et des groupes minoritaires. Cette évolution s’inscrit dans le processus général auquel nous avons assisté en Occident depuis le milieu du 20ème siècle. Un processus caractérisé par le renforcement constant des droits individuels, par l’affaiblissement des valeurs communautaires et des devoirs sociaux, par la réduction de l’autorité de l’Etat au profit de la société dite « participative », par l’effacement des conceptions libérales et humanistes en faveur de l’interventionnisme socio-humanitariste des administrations publiques.

L’Etat providence s’est développé largement dans le cadre de ce processus qu’en Helvétie nous avons seulement commencé de rectifier. Songeons au temps nécessaire et aux abus qu’il a fallu mettre en relief dans le cadre des assurances invalidité et chômage pour mettre fin, en tous cas partiellement, à la destruction des volontés individuelles et au gaspillage des ressources publiques. Et relevons que dans le domaine de l’asile nous ne sommes qu’au début des indispensables réformes à engager.

Chez nous comme ailleurs, en matière judiciaire la mode reste aux interprétations  « roussauistes ». L’être humain, fut-il criminel, est vu au moins partiellement comme la victime d’une société violente. Il convient dans ce contexte d’être compréhensif et généreux avec lui, de rester mesuré dans les jugements et les peines infligées, de faire accomplir celles-ci dans des conditions « humainement acceptables ». Il s’agit aussi de lui ouvrir toutes les portes en matière de réintégration sociale, notamment en assouplissant le plus possible les détentions, quitte à sacrifier l’intérêt général et à mettre en péril la sécurité de la société. A ce sujet, le fameux « principe de précaution », prétexte par ailleurs à tous les conservatismes et les blocages, n’est paradoxalement jamais invoqué.

La législation des Etats occidentaux s’est largement et profondément imprégnée de cette dérive et en donne le reflet le plus visible, le plus lourd de conséquences aussi. Une législation qui a fait migrer discrètement le pouvoir des acteurs politiques vers un monde en constant gonflement depuis un demi-siècle, celui des experts et des juges. Les autorités politiques élues ont à l’évidence, par facilité, opportunisme et absence de conviction, contribué activement à ce transfert et il apparaît aujourd’hui que ces experts et ces juges se sont vu remettre une responsabilité qu’ils gèrent de manière technocratique, sans égard pour les exigences essentielles du fonctionnement harmonieux d’une communauté et les risques qui pèsent sur celle-ci.

Les uns conditionnés par la « bien-pensance » ambiante, les autres forcés par le droit, experts et juges peinent à ne pas privilégier les individus et les minorités dans l’analyse des situations, gaspillant les ressources et négligeant la fonction essentielle de l’Etat régalien, celle de veiller à la sécurité des citoyen et à garantir l’ordre public. Lorsqu’ils sont appelés à trancher entre l’intérêt particulier ou minoritaire et l’intérêt général, « à faire la pesée des intérêts en présence » comme ils disent, experts et juges sont amenés à faire primer systématiquement l’intérêt particulier ou minoritaire.  Souvent ces expertises et jugements sont « ubuesques », comme à Genève récemment où un tribunal a donné raison au propriétaire d’un bar bruyant qui dérange chaque nuit la population de tout un quartier.

Parfois ils génèrent des tragédies comme celle de Marie, comme celle de Lucie en 2009. Comment s’étonner dès lors que la justice soit perçue comme « injuste » ?

Pierre Kunz

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Commentaires

"Comment s’étonner dès lors que la justice soit perçue comme « injuste » ?"
La majorité de la population continue probablement à imaginer que la justice, incarnée pour elle dans les tribunaux font appel à la même notion que celle que nous utilisons dans la vie de tous les jours, qui est évidemment en partie propre à chaque individu.
La justice des tribunaux applique des textes de loi, les interprète au besoin, tels qu'ils ont été définis par des votes de parlements et reflètent donc des équilibres d'intérêts politiques du moment. Tout cela, bien sûr, dans le cadre de conventions et d'usages plus larges, nationaux ou internationaux.
C'est en vertu (si puis dire) de cela que dans le cas qui fait l'objet du blog, ce sont plutôt de tendances politiques dites de gauche qui l'emporteront pour fixer les détails de procédure, alors que si vous êtes locataire, ce seront plutôt des tendances de droite. C'est le résultat de la démocratie, avec ses avantages et ses défauts, qu'il faut essayer de réduire, mais en toute connaissance de cause.

Écrit par : Mère-Grand | 23/05/2013

Bonjour,

Je vous suis entièrement. J'ajouterai cependant que dans des cas judiciaires aussi clairs que celui de Claude Dubois - où aucune erreur judiciaire n'était possible en 1998, lors de sa première condamnation pénale - un enfermement à vie sans possibilité de sortie doit absolument être prescrit pour protéger efficacement la société. Toutes autres arguties juridiques ou d'experts en toutes sortes ne doivent pas primer sur cette obligation de l'Etat vis-à-vis de sa population. Ceci est particulièrement valable pour les pédophiles, comme on l'a voulu en votation populaire dernièrement. Contourner cette position au nom des droits de l'homme ou des obligations de la Convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme (avec une application laxiste et gauchiste de ses termes!)ne devrait plus être toléré, sauf à ce que la Suisse se retire de ce fichu fonctionnement pseudo-juridique où notre pays se voit plus souvent condamné que l'ex Union soviétique ou la Russie actuelle.
Dans ce domaine comme dans celui de notre spoliation à venir par l'UE ou les USA pour des raisons de jalousie et d'échec patent de leurs politiques économiques, je suis d'avis que nous devons absolument montrer les dents et nous défendre activement.
Gageons qu'avec le résultat sans appel de la votation du 9 juin sur l'asile et la perte d'influence des partis bourgeois vendus à l'internationalisme et au multiculturalisme qui foire partout (cf. les déclarations très claires à ce sujet de Madame la Chancelière d'Allemagne Angela Merkel,le peuple saura vers qui se tourner aux prochaines élections genevoises.

Écrit par : simonius | 23/05/2013

Ce n'est pas parce que l'on veut servir l'intérêt général que l'on doit absolument l'opposer à l'intérêt particulier.

Il est toujours aisé de dire après ce que l'on aurait dû faire avant !

L'assassin de Marie est très probablement dangereux et ne sortira sûrement pas de sitôt. Tant mieux.

Au fond on souhaite que l'on prenne les mesures qui s'impose vis-à-vis de tout crime au nom du "qui a bu boira".

Mais des tragédies, il y en aura encore, hélas. Avec ou sans renforcement de l'arsenal pénal. Et en cela j'admire le père de la victime qui ne souhaite pas se faire instrumentaliser. C'est une immense preuve de lucidité.

Écrit par : Michel Sommer | 23/05/2013

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