12/02/2013

Fusion CIA-CEH, qui était aux abonnés absents ?

Le Matin Dimanche a consacré quelques colonnes aux explications des nombreux Genevois opposés à la loi de fusion de la CIA et de la CEH. Une loi, répétons-le, inadaptée aux enjeux, injuste pour les contribuables et par-dessus tout inéquitable pour les jeunes actifs, qu’ils soient fonctionnaires ou employés dans le secteur privé.

En fin de son article, le journaliste a éprouvé au nom de l’objectivité le besoin d’accorder une sorte de « droit de réponse » au président du Conseil d’Etat. Or ce dernier s’est trouvé dans l’incapacité d’apporter le moindre argument à l’appui du projet de fusion. Sa déclaration s’est réduite à un reproche, celui fait aux opposants susmentionnés qui, selon M. Charles Beer, « se réveillent tardivement » et auraient été au cours des dernières années « aux abonnés absents ».

En l’occurrence, le chef du DIP a perdu une bonne occasion de se taire. Qu’on en juge !

C’est dès le début du siècle nouveau que, dans les médias et au Grand Conseil, certains ont demandé au Conseil d’Etat qu’il reconnaisse publiquement les déséquilibres  colossaux des caisses de pension des fonctionnaires et qu’il propose au Grand Conseil un programme d’assainissement.

Les archives de la « Julie » témoignent des articles que le soussigné a publiés dès 2003 à intervalle régulier dans les colonnes du quotidien genevois puis sur son blog. Il n’a cessé de souligner depuis une dizaine d’années l’aveuglement volontaire des gestionnaires des institutions en question et du gouvernement et de décrire en détails les inéluctables et graves conséquences de cette attitude. Il a avec constance montré aussi les méthodes comptables singulières et les camouflages qu’utilisait alors le Conseil d’Etat pour embellir les comptes du canton et masquer la situation financière des caisses de pension.

Au plan institutionnel, les interventions eurent lieu au Grand Conseil et c’est le député Claude Marcet qui s’en chargea. Le Mémorial montre par exemple qu’en date du 5 avril 2005 il a adressé au Conseil d’Etat une interpellation urgente écrite (IUE 193) qui disait notamment ceci : « Jusqu’à quand le gouvernement de Genève va-t-il se voiler la face au lieu d’entreprendre les réformes qui s’imposent impérativement au sein des caisses publiques de retraite genevoises ? ». Claude Marcet y mettait déjà en lumière, chiffres à l’appui, le déficit actuariel catastrophique de la CIA, de la CEH et de la caisse des TPG.

En consultant le Mémorial, on peut prendre aussi connaissance d’une autre IUE, datée 20 septembre 2007, dans laquelle le même député soulignait en termes précis les manipulations comptables d’un Conseil d’Etat qui embellissait la situation financière du canton et trompait sciemment le peuple genevois en ne faisant figurer aucune provision dans les comptes alors que l’insuffisance de couverture de la CIA atteignait déjà à elle seule le chiffre de 2 milliards de francs et que l’Etat et les contribuables s’étaient portés garants de ce découvert.

On y trouve également son IUE 815 du 16 septembre 2009, époque à laquelle les taux de couverture des caisses concernées s’étaient encore dégradés. Claude Marcet réitérait son inquiétude et exigeait expressément que le Conseil d’Etat mette un terme à ses jongleries comptables et aux causes du déséquilibre structurel des caisses de pension publiques, à savoir l’insuffisance des cotisations appelées à couvrir les promesses de rentes.

Tous ces efforts demeurèrent vains. Alors qui était aux abonnés absents ?

La déclaration de M. Charles Beer au journal Le Matin Dimanche ne s’explique donc que de  deux manières. Soit le président du Conseil d’Etat a lamentablement raté la pirouette qui devait le sortir du mauvais pas dans lequel il se trouvait en étant incapable de dénicher le moindre argument honnête en faveur du projet de fusion. Soit, en plus de l’aveuglement et à la surdité dont il a fait preuve avec ses collègues au cours de la dernière décennie, il souffre désormais d’un nouvel handicap, celui d’une amnésie inquiétante pour les mois qu’il lui reste à servir la République.

Souhaitons pour Genève que c’est bien le premier terme de l’alternative qui s’impose.

Pierre Kunz

07:35 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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