25/01/2013

Primes payées en trop : la ruée vers l'or électoral

Il y a quelque chose de désagréable dans l’unanimité des politiciens genevois affirmant en choeur qu'ils sont fâchés et qu'ils veulent lutter contre la récente décision « scandaleuse » de la commission compétente du Conseil des Etats de ne pas rembourser les primes d’assurance-maladie versées en trop par les assurés du canton. Pour l’observateur cette unanimité paraît en effet aussi suspecte que puérile.

Elle est suspecte parce qu’on ne saurait l’expliquer autrement que par la proximité d’une échéance électorale importante, celle des élections au Grand Conseil et au Conseil d’Etat qui se dérouleront en fin d’année. Dans ce contexte, suivant son camarade de combat Pierre-Yves Maillard à Lausanne, Mauro Poggia, le grand manitou de sa tribu d’assurés, n’allait pas manquer de profiter de cette nouvelle occasion de cogner sur ses deux punching balls favoris, les politiciens fédéraux et les assureurs. Et bien évidemment la Genève politique dans son ensemble ne pouvait qu’enfiler des gants aussi gros pour taper aussi fort que son champion.

Au demeurant, cogner pourquoi et taper au profit de qui ?

Nul parmi ceux qui entendent poursuivre la lutte afin de récupérer les millions perçus erronément par les assureurs n’a voulu s’arrêter à ces deux questions pourtant essentielles qu’on pourrait reformuler ainsi : le jeu vaut-il la chandelle ? Si elle avait dû tomber, comment aurait-on réparti la manne ?

Il a été indiqué par la commission de Conseil des Etats que, pour Genève, le montant en question est de Fr. 880.- par personne. Autrement dit, ce crédit ayant été accumulé sur 15 ans, on parle d’une dépense indue pour les assurés de Fr. 58,65 par année. Les ténors du monde politique genevois n’éprouvent-ils pas quelques scrupules à consacrer leur énergie et leur temps à un problème aussi mince, eux qui si souvent gaspillent à des niveaux bien plus élevés les deniers des contribuables ?

En supposant que le combat continue effectivement, qu'il devait s’avérer victorieux et que finalement les millions en cause retournaient à Genève, comment seraient-ils répartis ? Les rembourserait-on au prorata des cotisations versées ? Plutôt à parts égales entre tous les cotisants ? Qu’adviendra-t-il des sommes qui devraient revenir aux dizaines de milliers d'assurés ayant depuis 1996 quitté le canton ? Faudrait-il prévoir une quote-part pour l’Etat qui a subventionné massivement, à coups de centaines de millions, les primes payées par une majorité de Genevois durant les trois derniers lustres ?

En fin de compte, chacun devrait se rendre à l’évidence. Il n’y aurait qu’une seule façon pour Genève d’affecter les 400 millions indûment perçus s’ils devaient être récupérés : les verser dans la caisse de l’Etat qui d’ailleurs en aurait bien besoin. Ceux qui pourfendent la décision des élus fédéraux le savent bien, comme ils savent que juridiquement cette solution semble irréalisable. Pourtant ils ne sont pas prêts à le reconnaître car en l’occurrence ils recherchent des électeurs, seulement des électeurs.

Pierre Kunz

07:48 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Commentaires

Et oui l'agité député est, comme nombre d'autres le sont, lamentable.

Pensons donc à ce que Genève a taupé et taupe aux autres cantons en se servant dans les caisses de l'assurance-chômage fédérale. Il faudrait aussi leur rembourser. Et là, c'est bien plus de 5 francs par mois depuis 1996. La seule dernière augmentation du taux des cotisations de 2 à 2.2 % (due aux cancres comme Genève) c'est 10 francs sur un salaire de 5'000 francs. Ce alors que 2.2 % de cotisation ce n'est pas assez pour Genève et 2 % bien trop pour les cantons attaqués.

Quoiqu'il en soit : pas d'argent à l'Etat. Il n'est pas question d'engraisser le mamouth genevois. Si cet argent doit être remboursé, il doit m'être remboursé. C'est le mien. Pas d'impôt supplémentaire. Cet état innefficient dépense plus de 20'000 francs par an et par habitant et CA SUFFIT !

Écrit par : CEDH | 25/01/2013

"Si cet argent doit être remboursé, il doit m'être remboursé." Exactement ! Il ne doit surtout pas être transféré d'une poche étatique à une autre poche étatique. Si les politiciens veulent récupérer cet argent (au nom des contribuables !), qu'ils aient l’honnêteté de le rendre aux contribuables.

Écrit par : benpal | 25/01/2013

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