17/01/2013

CIA-CEH : cinq mensonges pour un marché de dupes

Le gouvernement et le Grand Conseil ont signé avec les syndicalistes de la fonction publique, sur le dos des contribuables, un accord injuste qui maintient la quasi-totalité des privilèges, inconnus ailleurs en Suisse, des fonctionnaires. Ils ont conclu un marché de dupes qu’ils tentent de masquer en recourant à de grossières contrevérités et en faisant jouer les ressorts de la peur.


On le sait, les Genevois seront appelés aux urnes, suite au référendum lancé avec succès par l’extrême-gauche, sur le projet de loi destiné à renflouer et à fusionner les  deux principales caisses de pension des fonctionnaires. J.-Fr. Mabut constatait hier sur le site de la TDG, que « le gouvernement genevois au grand complet a sonné le tocsin » pour sauver cette opération et lance avec un engagement et une vigueur rares la campagne qui précédera le vote populaire.

A l’évidence, cet engagement et cette vigueur exceptionnels du Conseil d’Etat ne trouvent pas leur origine dans la crainte que le peuple puisse se montrer sensible aux arguments démagogiques et caricaturaux des milieux référendaires. En réalité ce que craignent nos autorités est que, profitant de la consultation et des débats publics qui la précéderont, une majorité de citoyens découvrent que le gouvernement et le Grand Conseil ont conclu avec les syndicalistes de la fonction publique, sur le dos des contribuables, un accord injuste qui maintien la quasi-totalité des privilèges des fonctionnaires, la primauté des prestations en particulier. Elles craignent qu’en conséquence le 3 mars prochain le peuple refuse le marché de dupes qu’elles tentent aujourd’hui de masquer en recourant à des contrevérités et en faisant jouer les ressorts de la peur.

Contrairement à ce qu’affirment les promoteurs du projet, il n’y a pas de partage de sacrifices.

Premier mensonge : les contribuables sont appelés, après avoir dû accepter au cours des dernières années de lourds sacrifices pour assainir leur propre caisse de retraite,  à débourser 6,4 milliards. Or les 2,6 milliards dont on dit qu’ils représentent la « contribution des fonctionnaires au sauvetage de leurs caisses », ne sont en fait rien d’autre que de l’épargne, forcée certes, destinée uniquement à maintenir le niveau privilégié des prestations dont ils bénéficient. Une épargne qu’ils récupéreront intégralement lorsqu’ils entreront en retraite.  Ce % de cotisation complémentaire (contre 2 à charge supplémentaire de l’Etat) ne fait que s’ajouter aux 8 % que les fonctionnaires épargnent déjà aujourd’hui. Il couvre simplement un peu mieux que jusqu’à présent leurs futures rentes de retraités.

Deuxième mensonge : les défenseurs du projet soulignent que les fonctionnaires vont devoir travailler un an de plus. La belle affaire ! Ils toucheront durant cette année-là un plein salaire, payé par l’Etat, plutôt qu’une rente d’un montant inférieur et n’en continueront pas moins à travailler moins longtemps que dans le secteur privé.

Faute d’arguments sérieux et honnêtes, le Conseil d’Etat et les députés actionnent les ressorts de la peur.

Troisième mensonge : si le projet est refisé le 3 mars prochain, disent-ils, Berne liquidera brutalement les  deux anciennes caisses et la facture sera encore plus lourde pour les contribuables. C’est un argument grossièrement malhonnête puisque le Grand Conseil disposera au cours des dix mois suivants du temps requis pour modifier les deux ou trois articles qui méritent de l’être, même en cas de nouveau référendum. En effet, il s’agira simplement pour le législateur d’une part de faire passer l’âge de retraite de 64 à 65 ans pour tous les fonctionnaires, d’autre part d’augmenter pendant la période de l’assainissement la cotisation de ceux-ci de 1 % et de réduire d’autant celle de l’Etat. Voilà qui suffira, tout en maintenant inchangées les prestations de retraite prévues par le projet, à  réduire la facture présentée au contribuable de 6,3 à environ 4 milliards.

Quatrième mensonge : en cas de rejet, nous dit-on, Moody’s et Standard & Poor’s risquent d’abaisser la note du canton, renchérissant ce faisant le crédit dont notre canton à tant besoin. C’est évidemment faux puisque les instituts de notation préfèreront la solution susmentionnée qui pèsera moins sur l’endettement cantonal.

Cinquième mensonge : s’agissant de l’avenir, les conseillers d’Etat et les députés qui font la promotion de « la moins pire des solutions » prétendent, reconnaissant implicitement les graves lacunes de leur projet, que si le peuple l’approuve ils engageront immédiatement la lutte destinée à inscrire dans la loi non seulement la fin de la primauté des prestations mais encore une répartition moitié-moitié ( !) de la cotisation de prévoyance. Ce discours manque singulièrement de crédibilité. Les élus qui le tiennent sont en effet précisément ceux qui ont été incapables de tenir tête aux syndicats de la fonction publique et d’aboutir à un accord bien moins ambitieux mais simplement équitable pour les citoyens-contribuables.  

Pierre Kunz

08:15 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

Bonjour Pierre,
Sur beaucoup de sujets je suis d'accord avec toi, mais là en tant que fonctionnaire enseignante, j'avoue je commence à être en peu agacée.... on nous raconte tout le temps comme quoi on est tellement privilégiée. Hors je discute avec des copines de mon âge qui travaillent chez Rolex ou dans certaines banques privées, qui n'ont pas forcément fait des études longues universitaires ( 4-5 ans avec des études pédagogiques en plus de 2 ans encore acceptables à mon époque... aujourd'hui pour devenir prof tu le sais bien il faut 8 années d'étude avant de gagner 6000.-) et qui ont des salaires bien plus élevés que moi, l'entreprise cotise également à hauteur des 2/3 et leur retraite n'est de loin pas inférieure à la mienne, au contraire, sans parler d'autres privilèges !

Puis comment se fait-il que nos caisses de pension n'ont pas été gérées correctement ??? Pourquoi ne nous a-t-on pas augmenté les cotisations ??? Cela fait depuis 15 que je me pose la question...On raconte également qu'il y a eu des investissements "Madoff"... seulement des rumeurs ? Personnne n'a voulu prendre le taureau par les cornes... pourquoi ???

Nos salaires ne sont pas si énormes que cela quand je vois ce que nous devons subir par exemple dans les écoles...des conditions de travail qui se dégradent tous les jours... je ne parle pas du nombre d'élèves en classe, mais du manque de courage politique de nos élus de faire de l'ordre et d'arrêter de dépenser de l'argent pour des gens qui ne veulent pas travailler, juste glander à l'école et pour permettre aux parents de de souffler un peu quand ils ne doivent pas s'occuper de leur progéniture.... Certes nous avons des vacances très longues, mais elles n'existent pas pour nous, mais pour nos chères têtes blondes. C'est un plaisir d'enseigner en face de jeunes intéressés, mais il y en a de moins en moins, et cela est épuisant, car tout leur est dû de toute manière et l'Etat ne fait qu'arroser ! Et cela n'est pas la faute des fonctionnaires !
Il y avait également des époques où dans le privé on gagnait beaucoup mieux sa vie que à l'Etat...et en ce moment, ceux à l'Etat ont un peu plus de chance, c'est vrai... la roue tourne parfois.
Je peux tout à fait comprendre que l'assainissement des caisses est à peine supportable pour le contribuable et coûte extrêmement cher, trop cher. Mais il fallait y penser avant et ne pas nous mettre devant le fait accompli... En dehors de tout cela les jeunes professeurs qui ne peuvent finir leurs études avant 28-29 ans (ceux qui font le service militaire en tout cas) avec les formations demandées actuellement ne pourront jamais cotiser 40 ans, donc n'auront jamais une retraite complète...En tout cas je ne recommanderais jamais à un jeune de devenir professeur dans le public, en tout cas pas à Genève ! Et puis je peux te dire, même quand on est fonctionnaire on travaille... et en plus on subit souvent la bêtise de l'Etat. Et quand je vois certaines personnes dans le secteur privé qui envoient des messages privés depuis leur bureau etc, et sur les chantiers qui font des pauses presque toutes les heures, avec le café à 9 heures, l'apéros à 11h etc., je me demande parfois...où on travaille plus et plus durement...
Amitiés
Marion

Écrit par : Marion Garcia | 17/01/2013

@ Marion
Pourquoi la CIA et la CEH sont-elles en sous-couverture massive ? Non pas parce que les capitaux des deux caisses ont été mal gérés mais tout simplement parce que depuis près d'un demi-siècle elles promettent des prestations que les cotisations ne permettent pas de couvrir financièrement. La sous-couverture était programmée depuis 1977.
Et quand certains, au cours des dix dernières années attiraient l'attention des fonctionnaires sur le problème, ceux-ci ne voulaient pas entendre. Quant aux dirigeants des institutions, Michel Ducommun en tête, ils considéraient que l'Etat, donc les contribuables, le moment venu n'aurait qu'à payer. C'est ce que le monde politique genevois a accepté avec le PL 10847, sans remettre en question le niveau élevé des prestations des assurés et sans veiller à un partage équitable de l'effort d'assainissement.
Pierre Kunz

Écrit par : Pierre Kunz | 18/01/2013

Merci à M. Kunz de lancer un débat hors de la pensée unique que la classe politique veut nous imposer.
En réaction au post de Mme Garcia, j'aimerais affirmer que la majorité des fonctionnaires mérite son salaire, est engagée et réalise au mieux de sa conscience son job, qu'il s'agisse d'enseignement ou non. Bref, le propos n'est pas de faire un quelconque procès à la fonction publique qui, en définitive, ne fait qu'accepter ce que le politique lui donne sans trop de difficulté.
Le problème dans cette recapitalisation, et M. Kunz l'a très bien exprimé, c'est que le système qui a mené à la sous-capitalisation est quasimment intégralement maintenu ET que le contribuable est amené à financer ce système, qui plus est à hauteur des 2/3. Dans ce contexte, s'il est clair que quelques "grosses" entreprises du privé accordent le même type de prestations, c'est l'absence de financement par les contribuables qui fait toute la différence. La majorité des employés de l'économie privée reste à la parité des cotisations et à un taux largement inférieur aux 24% en vigueur dans la fonction publique. Le paradoxe est que ces employé qui, à l'âge de la retraite auront une pension de 2 à 3 fois inférieure à celle d'un ancien fonctionnaire pour un salaire égal, est tenu de payer cette pension infiniment plus généreuse par le biais de ses impôts. C'est là que le bât blesse...
Il ne peut y avoir d'assainissement durable sans modification du système et rééquilibrage du financement. Seul un refus de la loi proposée le 3 mars permettra de mettre cette réflexion sur les rails.

Écrit par : Lucie Ferro | 18/01/2013

Si je ne me trompe, la dérive n'a pas commencé hier mais bien alors que vous étiez membre de ce parlement qui, de tous temps, est prompt à être généreux don cigale lorsque les finances sont grasses et qui, lorsque les recettes ne sont plus là tente de faire la fourmis!

Les radicaux, bien avant les socialistes ont été d'ardents défenseurs de la fonction publique, surtout lorsqu'elle votait pour eux. Les temps ont changé, elle vote MCG/PS car ces partis assument le service après-vente des radis devenus libéros. C'est à dire que comme au foot, ils remontent le balles pour les tueurs qui sont devenus leurs concubins!

J'imagine que c'est l'âge qui vous fait perdre la mémoire à défaut de la raison qui, au PLR, n'est pas d'Etat, c'est connu!

Pour ce qui est des revenus élevés, je ne suis pas certain que vous connaissez la réalité matériel de la grande majorité des fonctionnaires.
Prendre Ducommun comme exemple n'est pas une référence, auriez-vous pris Mouhanna que ce fut pire, ces gens n'ont jamais représenté la fonction publique mais leurs intérêts directs. A commencer par leur permettre d'avoir le confort de maisons ici comme en France pour se dorer la pilule qui divient, grâce à votre complicité tacite, très amère.

Mais ça la droite n'a jamais eu le courage de le dénoncer. Tout simplement
parce que cette droite-là n'a pas de courage! C'est pas de gesticuler comme aime le faire le chevalier blanc, qui mange à toutes les gamelles (privées ET publiques) du PLR qui va arranger les choses!

Dire non n'est pas crédible!

Écrit par : Dominique Vergas | 19/01/2013

J'ai suivi vos déclarations sur Léman Bleu: Excellente approche !

On peut revoir la séquence ici:

http://tinyurl.com/awbhwfm

Écrit par : Pierre Jeanrenaud | 30/01/2013

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