24/02/2012

Du tissu au "maquis" associatif

Longtemps les associations ont formé dans nos communautés un tissu actif essentiellement dans les domaines social, syndical, sportif et religieux. Au cours des dernières décennies, en Suisse comme dans les autres pays européens, parallèlement au populisme, ce tissu s'est considérablement développé en s'étendant à de nouveaux domaines. En Suisse, des milliers de gens sont aujourd'hui salariés dans ces associations d'un nouveau genre. Et dans ces dernières on s'y autoproclame de plus en plus fermement partie au processus démocratique, on y réclame chaque semaine plus vigoureusement un droit décisionnel dans la gestion de la société, cela en dépit de l'absence complète de légitimité populaire et de responsabilité politique chez ceux qui, à la tête des associations,  s'érigent en représentants des citoyens.

Dans leurs nouveaux domaines de prédilection, la plupart des associations n'ont qu'une ambition, celle de « la défense des citoyens et de leur environnement ». Plus concrètement, elles ont pour vocation de s'opposer à la politique et aux décisions des autorités qui paradoxalement les subventionnent généreusement. Répétant avec constance que les citoyens ne se rendent pas compte des dangers qui les guettent, qu'ils ont besoin d'être défendus contre les propriétaires, que leur environnement se dégrade à toute vitesse, que leur santé est en péril, elles multiplient les barrages, lancent initiative sur référendum et entretiennent un climat général de méfiance qui favorise la multiplication des blocages dans le fonctionnement de notre démocratie. La difficulté de construire du logement à Genève (1018 unités mises sur le marché en 2011, chiffre le plus bas depuis un demi-siècle !) fournit l'exemple le plus manifeste des méfaits du « militantisme associatif et participatif ».

On ne saurait nier que, alimenté par l'enrichissement matériel général et le goût immodéré des citoyens pour les prestations publiques, l'Etat a gonflé notablement depuis les années 1960 et son emprise est devenue tentaculaire dans la vie des Suisses. De toute évidence cette évolution a amplifié le sentiment désagréable d'un lien distendu entre élus et électeurs. Aux yeux d'une grande partie de la population, l'administration publique pèse trop lourdement sur la liberté des individus et des entreprises. Elle donne de surcroît trop souvent l'image d'une machine peu efficace et habitée par une catégorie de citoyens privilégiés, les fonctionnaires.

Rien pourtant qui doive faire penser à un bouillon révolutionnaire. D'où un paradoxe frappant. D'une part on assiste à une l'extension considérable d'un monde associatif prospérant essentiellement sur le mécontentement des Helvètes à l'égard de leurs conditions d'existence et des pouvoirs publics. D'autre part ces derniers se déclarent plus heureux que tous les autres peuples de la planète.

La revue patronale vaudoise, se référant à des sondages réalisés scientifiquement il y a peu, nous rappelait dans sa dernière édition que 95 % de la population juge bonne voire très bonne la qualité de l'environnement autour de chez, 94 % des salariés sont satisfaits de leurs conditions de travail, 85 % de ces mêmes salariés sont contents de leur rémunération et 91 % de leurs supérieurs. Quant aux locataires, 90 % d'entre eux sont généralement contents de leurs conditions de logement.

Le climat et les circonstances décrites plus haut, nourris aussi par l'effacement du sens de la communauté et la multiplication des égoïsmes individuels, expliquent largement que la vie associative, orientée vers la défense des intérêts corporatistes voire particuliers, ait pris racine puis se soit épaissie jusqu'à constituer une entrave sérieuse à la bonne marche de la société. Mais tout de même. Comment avons-nous pu nous laisser entraîner dans le « maquis associatif » que connaît la Suisse, particulièrement la Suisse romande ? Comment avons-nous été amenés à attacher tant d'importance à nos intérêts immédiats et si peu aux exigences du futur ?

Sommes-nous devenus schizophrènes ou, gravement perturbés par notre confort matériel et nos mini-problèmes, avons-nous tout simplement perdu notre bon sens ?

Pierre Kunz

 

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