31/01/2012

20 % des Genevois se privent de soins. Et alors ?

Chacun apprend aujourd'hui dans la TdG que « près d'un Genevois sur cinq renonce à se faire soigner pour des raisons financières ». Et d'insister sur le constat, pas vraiment surprenant, que les personnes les plus touchées sont celles qui disposent des ressources financières les moins élevées. En prenant connaissance de ce titre aguicheur le lecteur se dit qu'en parcourant les quatre colonnes destinées à l'expliquer il va découvrir la réponse  aux diverses questions que lui souffle son esprit critique.

Eh bien non ! La chroniqueuse, généralement mieux inspirée, s'empresse de donner la parole au Dr Idris Guessous, médecin adjoint des HUG co-auteur de l'enquête ayant produit la conclusion susmentionnée. Celui-ci se contente, entre quelques rappels de généralités connues de tous, de souligner à gros traits que son travail met en évidence que « des cotisants paient leur assurance maladie sans en profiter » ou encore que « l'on partage la solidarité des cotisations mais pas celle des soins ».

Dans l'article est décrit ensuite le comportement irrationnel d'une assurée dont le cas est totalement hors contexte puis on se perd dans l'argumentaire, bien connu, relatif aux avantages de la prévention dont seraient privés les moins favorisés d'entre nous. Et pour faire bonne mesure le texte s'achève sur la production d'un graphique trompeur mettant en évidence que « les Suisses paient plus de leur poche » que les patients de tous les pays de la planète. Trompeur parce que nulle part n'est indiquée la part couverte chez nos voisins par l'impôt et ... les déficits publics.

Tout cela manque singulièrement de sérieux et on se permettra de noter que la journaliste aurait accompli un travail plus crédible si elle avait insisté sur les informations qui semblent n'avoir pas été recensées dans l'enquête menée par les HUG et dont l'absence enlève tout intérêt à celle-ci. Le Dr Guessous et son équipe de chercheurs auraient dû être amenés à répondre au moins aux questions suivantes.

De quels soins parle-t-on ? De soins essentiels, de médicaments, de soins de confort ? Les familles qui renoncent à recourir à la médecine se privent-elles  réellement et dangereusement de soins essentiels ? Si, comme c'est probable, les économies concernent dans quasi-totalité des cas des soins non impératifs ou de confort et des dépenses médicamenteuses, ne devrait-on pas parler de surconsommation médicale au sein des classes les plus aisées plutôt que de sous-consommation dans les milieux les moins bien lotis ?

Quant à la conclusion du responsable de l'enquête (« Nous n'avons pas l'expertise pour aller au-delà des résultats, il revient aux experts de proposer des solutions »), elle est certes compréhensible de la part d'un médecin. Mais est-il acceptable que l'auteure de l'article s'en contente ? Non, à moins que, tout simplement, au nom de l'absolue égalité pour tous en matière de santé, elle préconise implicitement un élargissement massif, notamment au domaine dentaire, du catalogue des prestations de base, l'entière gratuité des soins et le financement intégral de ceux-ci par l'impôt.

 

19:08 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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