25/01/2012

Constituante, tentative de suicide

Au cours des discussions de coulisses qui ont eu lieu ces dernières semaines dans le but de trouver une solution aux profondes divergences subsistant entre les groupes sur certaines questions d'importance, le PS et les Verts n'ont cessé de renforcer leurs exigences dans des domaines considérés pourtant, par les groupes de la droite et la majorité des électeurs du canton comme essentiels. Tirant parti des divisions régnant au sein de cette droite et du rôle trouble qu'y joue l'UDC, la gauche a quasiment imposé ses conditions. A tel point qu'elles sont devenues inacceptables et qu'elles mettent gravement en péril l'aboutissement positif des travaux de la Constituante.

Qu'à cela ne tienne, probablement enivrés par le succès de leur tactique de « négociations » et décidés à profiter au maximum de la situation, les élus PS et Verts ont montré hier, lors de la réunion plénière de l'Assemblée, qu'ils n'étaient pas prêts à modérer leur appétit. Sur plusieurs sujets cruciaux, ils ont imposé leur volonté à des élus de droite incapables de résister, les uns parce qu'ils se sentaient liés par les accords conclus en coulisses malgré le déséquilibre flagrant de ceux-ci, les autres prisonniers de leur incohérence et de leurs divisions.

Faisant le forcing, « jusqu'au-boutiste » dans leurs exigences, le PS et les Verts ont fait ressortir l'éligibilité communale des étrangers des dispositions transitoires où ils satisfaisaient une large majorité et obtenu le retour de cet article dans le texte constitutionnel puis ils ont fait inscrire dans ce dernier une nouvelle réduction des conditions d'exercice des droits populaires. Ils n'ont épargné que le quorum électoral du Grand Conseil, sans larmes bien sûr, puisque ce faisant ils étaient certains de compliquer les prochaines échéances électorales de l'extrême-gauche.

Il faut savoir que par ailleurs le PS et les Verts ambitionnent de supprimer, et sont décidés en tous cas à les vider de leur substance, deux autres dispositions, capitales aux yeux de la droite et pour l'avenir de Genève, adoptées lors de la première lecture. Il s'agit du frein à l'endettement et de la réforme de la fiscalité communale.

On verra ce qu'il ressortira des débats à venir. Mais d'ores et déjà on peut affirmer que mardi soir la Constituante a commis une véritable tentative de suicide. Elle n'est pas encore morte mais le croque-mort a été mobilisé. Que pèsent en effet aux yeux de la population le toilettage et la modernisation de façade de l'ancienne constitution à côté des aberrations politiques entérinées hier ?

Se rappelle-t-on la pluie constante des plaintes, des lamentations, des accusations portées dans tous les médias, pendant les deux premières années d'existence de la Constituante, par tous les groupes de gauche unis dans le même effort ? Une droite qualifiée alors de méprisante, de fossoyeuse des acquis, de néolibérale aveugle, d'arrogante.

Le temps passe, la gauche sait en prendre la mesure à son bénéfice. Quant à la droite, elle reste bête.

Pierre Kunz, constituant

 

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