19/01/2012

Novartis, le dessous des cartes

L'avenir nous obligera peut-être à revoir ce jugement. Mais l'histoire récente de nos voisins et les problèmes dans lesquels ils se débattent nous conduisent à penser que notre pays est en premier lieu fort ... de la faiblesse de ses gouvernements fédéral et cantonaux.

Il est fort aussi de son marché étroit, de son système exemplaire de formation scolaire et professionnelle, de l'aptitude de ses habitants au travail, de son conservatisme viscéral, de son fédéralisme, des droits populaires, du pouvoir dominant de son économie et des partenaires sociaux, de l'habileté de ses diplomates et de ses négociateurs. Il est en conséquence aujourd'hui bien mieux armé que la plupart des nations industrialisées pour surmonter la crise économique et financière qui les affecte. Cela malgré le populisme qui y fleurit momentanément.

Pourtant il est illusoire de croire que la petite Suisse pourra demeurer à l'écart des conséquences de la dérive institutionnelle et financière de ses grands voisins et de l'immense redistribution des cartes géopolitiques. Nos voisins plus imprévoyants que nous ont déjà commencé à nous faire « partager » leurs soucis : chute de l'Euro et du dollar, assauts contre notre système bancaire et financier, menaces non voilées contre notre système fiscal, remises en cause des accords bilatéraux, etc.

Quant aux nouveaux équilibres planétaires en formation, ils ont des conséquences palpables et de plus en plus nombreux sur le citoyen helvétique, dans son statut de consommateur comme dans ceux de salarié et de contribuable. Le tout récent exemple de Novartis à Nyon est très illustratif.

Les emplois de la cité vaudoise sont sauvés, certes, et le citoyen-travailleur rit, même si c'est un peu jaune puisqu'il devra oeuvrer plus pour le même salaire. Mais pour le citoyen-contribuable le prix à payer n'est pas négligeable puisque l'Etat de Vaud s'est vu d'une part contraint de brader une partie du patrimoine communal au profit de la multinationale, d'autre part d'accorder à cette dernière de substantiels allègements fiscaux. Le citoyen-consommateur, de son côté,  passera à la caisse puisque manifestement dans cette affaire nos autorités fédérales ont donné leur blanc seing à la politique de dumping de Novartis, celle qui consiste à vendre en Suisse les médicaments à un prix plus élevé qu'à l'étranger.

Le prix de ce genre d'arrangements, qui ne manqueront pas de se multiplier dans les années à venir, peut paraître élevé. C'est celui auquel nous mènent les vertus et le pragmatisme que nous cultivons davantage que les autres Etats européens. Mais ce prix reste bas au regard des conditions d'existence d'une société riche, au sein de laquelle la redistribution des revenus est très vaste et d'où les affrontements sociaux violents sont quasiment absents.

Quoi qu'il en soit, c'est le prix auquel nous devrons nous habituer. Nous aurons en effet fort à faire dans les années à venir pour adapter les structures économiques, sociales et politiques helvétiques aux équilibres planétaires nouveaux induits par le grand partage des richesses de la planète au profit de tous les peuples.

Pierre Kunz

 

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