17/01/2012

La productivité croît, les salaires stagnent, vivent les vacances !

« Depuis 1995, la productivité a augmenté de 20 % en Suisse mais les salaires n'ont progressé que de 4 % », s'offusque Josiane Aubert, conseillère nationale vaudoise socialiste pour justifier l'initiative de la gauche et des syndicats qui entend faire passer de 4 à 6 semaines les vacances annuelles des travailleurs du pays.

Cette dame est certainement remplie de bonnes intentions. Mais avant de s'exprimer elle et ses amis auraient avantage à méditer la formule célèbre d'Agénor de Gasparin : « Méfiez-vous des idées généreuses ; plus elles le paraissent au départ et moins elles le sont à l'arrivée ». Elle devrait également, comme ses collègues syndicalistes, prendre la peine d'améliorer sa compréhension du fonctionnement de l'économie helvétique et de l'ampleur des défis auxquels sont confrontées les entreprises qui en forment le tissu productif.

Prétendre justifier par un droit à des vacances supplémentaires une augmentation de 4 % de la masse des salaires distribués en Suisse procède du simplisme et de la démagogie. C'est dans le meilleur des cas le résultat d'une méconnaissance inquiétante de la manière dont une telle mesure se répercuterait sur la santé des entreprises et sur le marché de l'emploi.

On ne contestera pas ici les deux chiffres cités plus haut, leur ordre de grandeur étant vraisemblable Il est effectivement probable que seul le cinquième des gains de productivité des entreprises suisses a été redistribué en moyenne aux salariés sous forme d'augmentations salariales au cours des 15 dernières années. Où est passé le reste ? Contrairement à ce que soutiennent les auteurs de l'initiative, il n'est allé que modestement aux actionnaires et peu, malgré quelques extravagances insupportables, aux managers.

En fait la quasi-totalité des gains de productivité ont été « mangés » par les investissements et les réductions de prix imposées aux entreprises par leurs concurrents étrangers sur leurs produits finis. L'appréciation d'au moins 25 % du franc suisse intervenue depuis une quinzaine d'années par rapport à la quasi-totalité des monnaies étrangères, l'Euro, le $ et la £ en particulier, est passée par là.

En répercutant un cinquième de ses gains de productivité sur les salaires, l'économie suisse a accompli en vérité une performance digne d'éloges. Des éloges qui doivent s'accompagner de gratitude car la capacité des entreprises à améliorer à raison de 20 % leur productivité sur une quinzaine d'années explique presque seule la bonne santé économique et sociale du pays et la faiblesse du chômage qui le caractérise. C'est bien cet accroissement de la productivité qui a permis à nos firmes, malgré la concurrence féroce régnant sur les marchés, de continuer à produire de manière compétitive, de renforcer l'emploi et de verser à leur personnel comme dans le passé les rémunérations les plus élevés du monde.

On n'oubliera pas, évidemment, dans ce constat réjouissant la contribution essentielle des salariés. Des salariés qui accomplissent des efforts de formation scolaires et professionnelle considérables et permanents et qui sont prêts dans ce pays à travailler davantage que leurs voisins et de manière plus intensive.

Leurs « défenseurs » leur rendent par conséquent un bien mauvais service en leur laissant miroiter qu'ils « méritent deux semaines de vacances supplémentaires ». Un discours malsain qui ne peut conduire qu'à l'affaiblissement des conditions de l'emploi. Les salariés ne sont d'ailleurs pas dupes et ne réclament pas de travailler moins mais d'être payés davantage si faire si peut. On notera pour le surplus que, si l'on en croit la dernière enquête de satisfaction menée par un institut spécialisé, 80 % des Suisses interrogés déclarent être heureux ou très heureux dans leur vie professionnelle et familiale.

Pierre Kunz

 

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