24/12/2011

L'Abbé Pierre et l'austérité en Occident

En ce jour de Noël, alors que l'Occident industrialisé, pressé par une sphère politique déboussolée et des médias appauvris, s'aveugle dans ses indignations et s'étouffe dans son déni des réalités qu'il a pourtant créées, il est bon pour l'équilibre de notre raison autant que pour la sérénité de notre âme de nous replonger dans ce qu'écrivaient sur l'avenir du monde quelques-uns des penseurs et acteurs du siècle précédent. Les écrits de l'Abbé Pierre sont particulièrement édifiants, même à propos de questions sur lesquelles on l'attend peu, celle de la libéralisation mondialisée des échanges et des conséquences de celle-ci par exemple.

En parcourant un ouvrage que l'Abbé a publié il y a une quinzaine d'années (*) le lecteur se heurte à ce paragraphe prémonitoire :

« Le monde va très probablement traverser des crises graves qui obligeront les nations les plus développées à faire un choix : soit de repliement en privilégiant l'ordre et les intérêts en place (ce qui à terme s'avérera intenable et engendrera la dictature), soit d'ouverture. Cette seconde voie implique un effort de chacun, un renoncement pour beaucoup à bien des privilèges, et à une redistribution des moyens permettant à chaque peuple de développer à son tour ses propres richesses. »

On n'aurait pu expliquer en termes plus simples d'une part le « grand partage » que connaît la planète depuis trois décennies, d'autre part les difficultés socio-économiques que ne peuvent manquer de générer dans les sociétés privilégiées du Nord cette colossale redistribution des cartes.

Joyeux Noël !

Pierre Kunz

(*) Mémoire d'un croyant, Fayard, 1997

 

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