17/12/2011

Le "patriotisme économique", dernière née des gauloiseries

L'histoire foisonne de ces périodes où, lorsque leur avenir s'assombrit et que les incertitudes se multiplient, les nations succombent au mirage des « bienfaits » du repli et de la désignation des « coupables » venus d'ailleurs. Animés par des autorités religieuses et politiques particulièrement déterminées, les peuples de France, au cours du dernier millénaire, ont fourni un nombre élevé d'illustrations de ces moments troubles qui ont chaque fois coïncidé avec des résurgences de la barbarie.

« Formatée » qu'elle est par une généalogie remontant très loin dans le passé, il n'est pas vraiment étonnant de retrouver la classe politique française contemporaine aux prises avec ses vieux  démons. Surtout en période électorale. La presse, depuis quelques jours s'est fait largement l'écho des « solutions » proposées par les chefs de file des partis. La « dé-mondialisation » Montebourg dixit, le « pacte national pour produire en France » selon Hollande, « la protection des frontières et des écluses douanières » pour Le Pen.

Ce genre de propos, on ne les entend et on ne les lit que dans l'Hexagone. Jamais dans les cercles politiques britanniques, espagnols ou portugais, pourtant confrontés à des difficultés économiques et financières au moins aussi graves que celles de la France, on ne s'exprime ainsi. Même Berlusconi, pourtant peu avare d'outrances, ne s'est jamais abaissé en Italie à tenir des discours aussi lamentables. Des discours révélateurs de la mentalité de l'ensemble de la classe politique française, démagogique, populiste, malsaine, disposée aux pires compromissions pour accéder au pouvoir.

Eloignés du simple bon sens, oublieux des enseignements du passé, fermant volontairement les yeux sur les raisons du succès économiques des voisins de la France, ces aboyeurs laissent croire à leurs auditeurs crédules que supprimer la concurrence étrangère ne manquera pas de conduire au remplissage des caisses publiques, à la renaissance des emplois disparus et à l'amélioration des salaires et des conditions de vie de ceux qui ont conservé le leur.

Certes, dans tous les pays du monde les politiciens, soumis à la pression de difficultés sectorielles parfois considérables et de lobbies puissants, se laissent séduire par des entorses aux engagements de libre-échange qu'ils ont signés. Mais nulle part, sinon en France, ces « faiblesses » ne sont érigées en programme politique.

Il est très improbable que la classe politique française réforme sa manière de fonctionner. Pourtant elle serait tellement plus respectable et utile au pays si elle entreprenait enfin d'expliquer aux Français que le monde a changé, que d'autres peuples entendent, par leur labeur et leur intelligence, prendre part désormais au partage des richesses de la planète. De leur expliquer aussi que la France dispose des moyens de faire face à ce défi à condition que, comme les Allemands, les Suédois ou les Néerlandais par exemple, elle accepte de vivre conformément à ses moyens et ... que les Français se mettent à travailler davantage pour accroître ces derniers.

Pierre Kunz

 

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