09/12/2011

Les "indignés", produits décalés d'une société narcissique

Les « indignés », sont ces gens qui manifestent bruyamment leur colère à l'égard d'une société qui selon eux a perdu sa boussole à cause des dérives causées par les rapaces de la finance. Sont-ils défendables ?

Certes, la crise économique et financière que vit l'Occident a explosé suite à la mise en lumière des tripotages du monde bancaire. Certes, les déséquilibres structurels qui en ont découlé au sein de nos sociétés industrialisées ont généré des conséquences économiques et sociales extrêmement lourdes. Certes, à cause des difficultés du secteur financier, la question des dettes souveraines à pris un relief et une ampleur auxquels personne ou presque n'était préparé.

Mais les abus du secteur financier sont-ils réellement à l'origine de la période d'austérité et, plus consternant, du déclin dans lesquels s'enfoncent les pays industrialisés ?

Comme d'autre observateurs, l'ancien Premier ministre britannique Gordon Brown, défend le point de vue qu'en réalité le monde occidental, l'Europe latine en particulier, affronte trois crises simultanées qui s'exaspèrent mutuellement mais qui ont leur origine propre : une crise du système bancaire, une crise de compétitivité économique et une crise des dettes souveraines. Il n'en reste pas moins que la cause profonde de nos maux est unique. Elle réside dans la rupture récente et brutale de nos sociétés avec les valeurs constitutives de notre civilisation et de nos succès passés.

En place de ces valeurs, soit la spiritualité, l'esprit d'entreprise, le travail, l'épargne, le sens du devoir et les solidarités traditionnelles, nous nous sommes précipités dès la fin de la dernière guerre dans la culture du matérialisme, des loisirs, de l'individualisme, des droits, de l'immédiateté et du crédit ; dans un égalitarisme insensé aussi, exacerbé par l'Etat providence, veau d'or du 20ème siècle. Consommateurs invétérés, nous avons enfin succombé à l'égoïsme et à la cécité volontaire à l'égard des autres pays de la planète qui ne nous ont plus intéressés que comme destinations touristiques.

Nous avons vécu dans un confort, une sécurité et des facilités, dont aucun peuple n'avait aussi amplement disposé jusqu'ici, oubliant avec une étonnante facilité qu'ils nous ont été offerts par le labeur séculaire de nos prédécesseurs. Nous comprenons douloureusement aujourd'hui que si nous en avons tant profité c'est largement en contrepartie de l'endettement déraisonnable de nos collectivités publiques, celles qui se trouvent aujourd'hui dans la tourmente non pas à cause de leurs créanciers mais par la faute de leur imprévoyance et de leur légèreté.

L'avenir assombri dont prennent douloureusement conscience les jeunes générations n'est donc que le résultat d'une arrogance et d'un aveuglement qui nous ont empêchés de discerner que nos « acquis » étaient désormais contestés par les peuples que nous avions assujettis à nos intérêts pendant des siècles. Ces peuples qui, portés, eux, par les valeurs qui nous ont échappé, prennent part depuis quelques décennies au « grand partage » des ressources et des opportunités de la planète.

Les « indignés » sont certes les victimes malchanceuses de la société dont ils héritent et dont tout indique qu'elle sera désormais plus exigeante qu'égalitariste. Mais ils sont aussi la représentation la plus caricaturale de notre inaptitude  à accepter les réalités de l'environnement planétaire contemporain. Des réalités qui exigent urgemment détermination et efforts partagés plutôt que manifestations et accusations.

Les « indignés » paradent et discourent dans une absence totale de raison et de réflexion. Leurs « solutions » sont simplistes et incohérentes. Ils nient la gravité de l'endettement public et refusent tout simplement d'en accepter les conséquences austères, réclamant au contraire le maintien des soi-disant « acquis sociaux et matériels ». Ils militent pour la fin du libre échangisme mondialisé au prétexte qu'il ne profiterait qu'aux pays émergents, accusés d'avoir mis leurs peuples en esclavage industriel. Ils exigent le démantèlement des multinationales arguant qu'elles délocaliseraient par pure cupidité. Quand ils oublient momentanément de réclamer la taxation massive des riches, ils s'expriment carrément en faveur de la banqueroute des Etats endettés jusqu'au cou et tant pis pour les créanciers voraces.

Leur projet immédiat se résume à l'effacement radical des engagements et au maintien absolu des droits. Quant à leur vision de l'avenir, elle se ramène à un retour au protectionnisme voire à l'impérialisme, à ce temps « béni » où l'Europe et les USA profitaient d'une Terre entièrement organisée à leur avantage et qui offrait aux habitants de ces nations la possibilité de mener grand train grâce au travail et aux ressources des pays aujourd'hui libérés et économiquement émergents. Ce temps béni où la société prétendait offrir à chacun « de travailler conformément à son rythme et son idéal de vie mais de recevoir selon ses besoins matériels », et où, confronté aux images de la pauvreté des peuples du Sud, chacun se donnait bonne conscience en militant pour l'aide au développement.

Un programme infantile, conçu par des gens ayant jusqu'à hier vécu dans un environnement fictif, imaginé par des politiciens et des technocrates qui avaient oublié les leçons de l'histoire. Des gens qui n'ont qu'une excuse, celle d'avoir été si mal instruits sur les choses de la vie.

Il en existe pas mal en Suisse romande.

Pierre Kunz

 

Article publié dans Le Temps de ce jour

 

 

 

 

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