30/11/2011

L'artiste et le bourgeois

 

Hier soir la Constituante a adopté, au titre de la culture, un article qui laisse un malaise. Son troisième alinéa stipule que « l'Etat met à disposition des artistes et des acteurs culturels des moyens financiers, des espaces et des instruments de travail adéquats ».

D'aucuns pourraient interpréter ce texte comme ouvrant la porte au soutien des arts par l'Etat, financièrement et matériellement, sans autre critères que celui des besoins exprimés par le monde artistique. Au vu des manifestations récentes ayant suivi la remise en question partielle du budget culturel de la Ville, l'on peut parier que certains ne manqueraient pas, si cette disposition était maintenue dans sous la forme adoptée, de s'en prévaloir pour exiger de l'Etat la couverture de tous leurs besoins.

Même si les arts constituent l'un des piliers porteurs de notre civilisation, ils ne méritent pas le privilège qu'une majorité de la Constituante lui a malencontreusement accordé, à savoir un soutien quasiment illimité de l'Etat. Notre communauté recense en son sein des besoins à couvrir autrement impératifs, à propos desquels le législateur n'en a pas moins été appelé à fixer des limites.

Par ailleurs on a trop tendance dans les milieux artistiques à considérer qu'il existe une sorte de droit acquis au subventionnement public de la création artistique. Ils vont parfois jusqu'à considérer expressément que les arts «  ne sauraient se passer » du soutien inconditionnel de l'Etat, que « c'est bien la moindre des obligations » de celui-ci, faute de quoi les artistes seraient forcés de rechercher des aides auprès de donateurs privés, cela au prix de leur liberté d'expression.

Cette attitude repose sur la facilité. La création artistique, l'exemple des pays anglo-saxons à ce propos est significatif, s'accommode parfaitement du mécénat privé, même s'il est plus difficile de convaincre un mécène qu'un fonctionnaire. Le mécène est en effet plus sélectif dans ses choix que l'Etat.

Il n'est pas indigne pour un artiste de rechercher l'aide du « bourgeois ». Mais évidemment, cette démarche impose que celui qui s'y livre s'abstienne d'afficher le mépris qu'il a pris l'habitude de manifester à l'égard de ce bourgeois, dès lors qu'il vit de subventions publiques.

Pierre Kunz

 

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25/11/2011

Une femme sur 5 est battue !

Jeudi à midi et demi le journaliste de la RSR a annoncé en entrée de son émission d'information : « une femme sur 5 dépose plainte en Suisse parce qu'elle a subi des violences ! ». Tous les auditeurs ont pu déduire de ces propos que dans leur immeuble, au sein des vingt ménages installés, quatre de leurs voisines ont déposé plainte durant l'année parce qu'elles ont été battues. Impossible bien sûr. Mais pas un seul des divers commentaires ayant « illustré » sur les ondes cette annonce invraisemblable n'a songé à corriger cette dernière et à préciser que ces chiffres ne pouvaient pas se référer à l'ensemble des femmes. Il est probable que la dépêche d'agence originale disait que « seule une femme maltraitée sur 5 dépose plainte ».

Cette légèreté du monde médiatique dans sa manière de nous tenir informés sur les affaires du monde est consternante. Elle est devenue monnaie courante et concerne aussi la presse écrite. Le nombre des simplifications, des approximations et même des erreurs les plus grossières qu'elle véhicule est considérable. C'est souvent par la faute des « titreurs » qui font profession du sensationnalisme, c'est aussi beaucoup à cause de journalistes insuffisamment instruits ou consciencieux. C'est aussi parfois à la suite du choix insuffisamment sérieux des contributeurs extérieurs.

Voici, sans lien entre elles et d'une gravité variable, trois autres illustrations de la dérive d'une presse à laquelle il est de plus en plus délicat de se fier. Elles ont été prélevées en l'espace de quelques jours.

Samedi dernier, c'est un article publié par la TdG et signé par « L'Invité » Christian Grobet qui scandalisait. Par simple souci déontologique et par respect pour la vérité, l'éditeur de ce vaste tissu mensonger aurait dû, sur la même page, donner la parole aux constituants accusés des pires malversations, des plus méchants complots et de scandaleuses dérives démocratiques par l'ancien conseiller d'Etat. Or il n'en a rien été.

Lundi, dans un article consacré sur deux pleines pages à la crise financière qui tourmente les pays occidentaux, le même quotidien retrace les étapes de la « spirale infernale que rien ne semble pouvoir arrêter ». Les textes sont intéressants, les graphiques édifiants mais le titre est une évidente contrevérité. L'affirmation qui y est posée, selon laquelle « les Etats sont aujourd'hui exsangues pour avoir aidé les banques fragiles », est fausse. Elle occulte allégrement  la réalité,  bien plus inquiétante et dérangeante, à savoir que l'endettement des Etats occidentaux n'a fait que croître au cours des dernières décennies et qu'il a seulement été amplifié de quelques pourcents par le sauvetage des banques en difficultés. Bien plus lourds et coûteux ont été les plans, peu efficaces au surplus, de relance de la consommation.

Le même jour, dans un papier consacré à la votation du 23 novembre relative au droit des pauvres prélevé sur les jeux d'argent, le journaliste de la TdG cite, sans vérifier ses propos,  une députée des Verts affirmant qu'en cas de « oui » à la suppression du droit des pauvres Emmaüs perdrait sa subvention cantonale. Or il est de  notoriété publique que l'Association Emmaüs n'a jamais ni réclamé ni bénéficié de subventions puisqu'elle vit uniquement du travail des Compagnons et de la générosité des donateurs privés.

Certains continuent de verser consciencieusement leur taxe radio/TV exorbitante. D'autres persistent à « s'informer » par la lecture assidue de la presse écrite. Pour longtemps encore ?

Pierre Kunz

 

 

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22/11/2011

Bill Gates : "Les 10 choses que l'école ne vous apprend pas"

Bill Gates a récemment prononcé un bref discours dans une école secondaire américaine à propos de 10 choses que l'école n'apprend pas mais que tout adolescent devrait assimiler le plus rapidement possible. On peut ne pas apprécier Bill Gates. Mais il paraît évident, au vu de son parcours de vie, qu'il a, lui, appliqué les règles qu'il préconise.

Dans son introduction il a évoqué les bons sentiments et les enseignements politiquement corrects, ceux qui selon lui qui ont créé des générations de jeunes largement inconscients des réalités de la vie. C'est à ces générations qu'il s'adressait en les invitant à ne pas commettre les mêmes erreurs éducatives avec leurs propres enfants.

Voici les règles qu'il recommande sur le ton direct et sans ambages qui le caractérise.  

Règle 1 :
La vie est injuste : il faut vous y habituer!

Règle 2 :
Le monde se fout de votre amour-propre. Le monde s'attend à ce que vous accomplissiez quelque chose avant que vous ne vous félicitiez vous-même.


Règle 3 :
Vous ne gagnerez pas 100'000 $ par an en sortant de l'école. Vous ne serez pas sous-directeur en commençant, avec un portable et une voiture de fonction fournis.

Règle 4 :
Si vous croyez que votre professeur est dur avec vous, attendez d'avoir un patron. 

Règle 5 :
Travailler dans un McDo n'est pas s'abaisser. Vos grands-parents avaient un mot différent pour ça : ils l'appelaient une opportunité.

Règle 6 :
Si vous gaffez, CE N'EST PAS LA FAUTE DE VOS PARENTS, arrêtez de vous plaindre et apprenez de vos erreurs.

Règle 7 :
Avant que vous naissiez, vos parents n'étaient pas aussi fatigués qu'ils le sont devenus  
en vous nourrissant, en vous entretenant et en vous payant vos études, sans jamais exiger votre contribution et votre coopération. 

Règle 8 :
Votre école s'est débarrassée du système des notes de passages. Comme d'autres elle vous a donné autant de chances que vous vouliez pour obtenir la bonne réponse. CELA N'EXISTE PAS DANS LA VRAIE VIE.

Règle 9 :
La vie n'est pas divisée en semestres. L'été n'est pas une période de congé. Et très peu d'employeurs sont disposés à vous aider à VOUS ASSUMER, c'est votre responsabilité.

Règle 10 :
« Face book » n'est pas la vraie vie. Dans la vraie vie, les gens ne font pas causette en permanence, ils travaillent.

Si vous êtes d'accord, faites circuler ce message vers vos amis. Sinon, mettez-vous la tête dans le sable et prenez une grande respiration. 

Bill Gates

 

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18/11/2011

Oui, la Ville est un réel problème

Qui peut raisonnablement contester que la Ville constitue, aujourd'hui comme au cours des 200 dernières années, un réel problème politique dans la vie du canton de Genève ? Son poids économique et démographique est disproportionné, sa capacité  financière est incomparable avec celle des autres communes, même les plus riches, et les rôles de plus en plus vastes que s'attribuent non sans une certaine arrogance les conseillers administratifs de la Ville, surtout depuis quelques décennies, heurtent bien des sensibilités cantonales et dans les autres communes. Ils les heurtent d'autant plus que la place grandissante que s'octroie la Ville freine souvent, bloque complètement parfois, les projets politiques du canton.

Pas étonnant donc que depuis une quinzaine d'années, comme ce fut le cas en d'autres époques de notre histoire, les projets de réforme organisationnelle soit de la Ville soit de l'ensemble des communes se succèdent. Le dernier de ces projets est le fruit des travaux de la Constituante qui ouvre deux voies nouvelles concernant directement la Ville. Il s'agit d'une part du prélèvement de l'impôt communal au lieu de domicile plutôt qu'à celui de l'emploi, d'autre part de la reprise par le canton d'un certain nombre d'institutions culturelles et sportives d'importance cantonale voire régionale ou internationale.

Faut-il pour autant s'autoriser, comme le fait longuement sur son blog ce jour Sami Kanaan à parler « de prise d'otage, d'obsession pathologique, de réformes dévastatrices, de démantèlement et encore d'OPA cantonales sur des institutions culturelles et sportives » ? Non.

L'on peut comprendre que le conseiller administratif en charge de la culture, au titre d'une première réaction, fasse preuve de mauvaise humeur à l'égard d'un projet qui privera son dicastère d'une partie de ses fleurons. Par contre il est difficile d'excuser les propos excessifs qu'il tient ainsi que les scénarios calamiteux et les chiffres inexacts qu'il appelle à l'appui de son argumentation.

Redisons en premier lieu que la réforme fiscale voulue par la Constituante n'est pas destinée à réduire la capacité financière de la Ville. Accompagnée d'une profonde réforme de la péréquation intercommunale, elle vise à simplifier, à harmoniser et à rendre plus équitable le système actuellement en vigueur. Il est faux de prétendre que ces changements « profiteront avant tout aux communes les plus aisées du canton ». A preuve, les récriminations de Sami Kanaan, conseiller administratif de la plus riche d'entre elles, une commune qui se verra pourtant soulagée de certaines charges en compensation intégrale de la réduction de ses recettes fiscales. En réalité, cette réforme est destinée à aider prioritairement les grandes communes suburbaines, en particulier dans la construction de logements.

Il convient par ailleurs de nier vigoureusement que la Constituante entendrait « démanteler les institutions culturelles et sportives actuellement gérées par la Ville ». Sami Kanaan devrait reconnaître honnêtement que sa commune n'est plus en mesure, par ses seuls moyens financiers, de maintenir ces institutions à un niveau conforme au statut auquel elles doivent prétendre. A preuve, les difficultés budgétaires qui sont invoquées par les milieux politiques de la Ville chaque fois qu'elle doit répondre à des exigences d'investissement. Faut-il rappeler à titre d'exemples les sagas liées à la réfection de la patinoire des Vernets ou de l'agrandissement du Musée d'Art et d'Histoire ?

En réalité, Sami Kanaan met en lumière, dans sa réaction, le péché de tous les élus politiques, particulièrement de ceux de gauche. A leurs yeux les prestations publiques sont intouchables, sacrées. Pas vraiment, contrairement à ce prétend le conseiller administratif, parce qu'elles sont nécessaires.

La vérité est que parmi les élus au pouvoir en Ville de Genève bien peu nombreux sont ceux qui songent à l'intérêt général d'une saine gestion des deniers publics. Vivant de leur aptitude à accroître continuellement les prestations de toutes natures, ils ne voient leur futur politique que dans la lutte contre les milieux qui « mettent en péril la pérennité des prestations ». Jamais ces élus ne se demandent si elles sont finançables raisonnablement, si elles sont distribuées équitablement ou si elles ne devraient pas être prises en charge plus efficacement à un autre niveau de l'Etat.

Pierre Kunz

 

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11/11/2011

De la frustration chez les constituants

Le constituant des Verts Florian Irminger s'est révélé depuis le début des travaux de l'Assemblée un homme particulièrement compétent et efficace dans l'accomplissement de sa tâche. Dans un article qu'il publie ce jour dans Le Temps il tombe malheureusement dans le piège de ses frustrations et il embouche les trompettes de ceux qui se sont fait une habitude de contester bruyamment les décisions prises par la majorité de la Constituante et de menacer publiquement d'échec les travaux de celle-ci.

Il est curieux que d'une manière générale les groupes de gauche, qui pourtant ne cessent de réclamer un texte novateur, accusent la droite d'arrogance et d'outrance chaque fois que celle-ci parvient à construire une majorité autour de ses projets de réformes et qu'ils trouvent parfaitement démocratique et normal les cas inverses, ceux dans lesquels la gauche impose sa volonté. Irminger accuse par exemple la droite de « jouer avec une idée impromptue et avec la volonté populaire » lorsqu'elle fait passer son projet de réforme de la fiscalité communale. Mais il ne voit rien de problématique dans la réduction, pourtant contestée par une majorité des Genevois consultés au début de l'année, des exigences en matière de droits populaires ou dans l'abaissement du quorum électoral au Grand Conseil à 5 %, deux mesures obtenues par la gauche.

En fait, comme nombre de ses collègues, Irminger n'a pas encore reconnu que le fonctionnement d'une Constituante ne peut conduire, chez ses membres et au sein des groupes, qu'à une accumulation de frustrations et de déceptions. Elles sont inéluctables puisque l'Assemblée est en quelque sorte « condamnée à réussir », donc à briser les visions vastes et généreuses puis à formuler et accepter des compromis en nombre incalculables.

Bien évidemment, dans ce contexte, les groupes et les élus les plus idéalistes et les plus réformateurs, à gauche comme à droite, sont les plus exposés à l'indigestion. Et dans cette catégorie les Verts viennent en tête, tant leurs ambitions en matière régionale et environnementale étaient élevées au départ. Des ambitions qui, pour louables qu'elles soient, sont souvent apparues au cours des travaux utopiques, autoritaristes, parfois dangereuses aussi.

En matière climatique par exemple, comment la Constituante aurait-elle pu suivre les Verts dans leur exigence d'imposer au canton, sans étude sérieuse de faisabilité et des conséquences d'une telle décision, qu'en 2050 «  le besoin global en courant électrique soit couvert à raison de 75 % par des énergies renouvelables indigènes » ?

Et en matière agricole, comment les Verts ont-ils pu penser que l'Assemblée voterait leur proposition d'article stipulant que « l'Etat s'engage en faveur de la souveraineté alimentaire », cette nouvelle toquade des pays riches qui masque mal des ambitions protectionnistes illégales et qui vise à fermer nos marchés alimentaires aux pays pauvres de la planète, freinant ainsi leur développement ?

Irminger réclame de la dignité en politique. Il doit alors admettre que celle-ci commence dans l'aptitude des acteurs à accepter les échecs avec fair-play.

Ces échecs qui, répétons-le, sont le lot de toutes les formations, ne justifient pas le recours à une argumentation spécieuse destinée à décrédibiliser l'adversaire. Ils doivent au contraire être interprétés comme des signaux et renforcer les constituants qui entendent achever leur mission par un succès, dans leur volonté de trouver les compromis indispensables à ce dernier. Des compromis qui n'émergeront évidemment que des âpres discussions et négociations encore à venir ... en même temps qu'ils généreront encore bien des frustrations chez les uns comme chez les autres.

Sauf bien entendu chez ceux qui, dans les extrêmes de l'éventail politique, ont déjà décidé que pour eux l'intérêt de la future constitution réside dans le refus qu'ils lui opposeront et la posture politique que ce refus leur permettra d'afficher.

Pierre Kunz, constituant

 

 

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09/11/2011

Qui trinque quand l'Etat a chanté avec les cigales ?

La Constituante genevoise, dans deux ou trois semaines, va aborder la question de la limitation constitutionnelle des déficits budgétaires et de la dette publique. Les débats seront vifs, à n'en pas douter, entre les défenseurs de la saine gestion et ceux qui sont toujours prêts à gonfler « pour la bonne cause » les dépenses de l'Etat. Dans le but de poser le cadre des débats on retiendra les deux constats les plus critiques de la situation genevoise.

En premier lieu il convient de noter que, contrairement aux autres cantons suisses, depuis la sortie de la crise du début du siècle Genève n'a réduit que dans une très faible mesure son endettement public. Celui-ci se chiffrera à 11milliards de francs à fin 2011, compte non tenu des 6 à 8 milliards d'engagements "hors bilan", et sera le plus fort du pays. Il faut savoir d'autre part, conséquence du constat précédent, que la dette publique genevoise constitue aujourd'hui à elle seule plus du quart des dettes cantonales helvétiques cumulées alors que les habitants du bout du lac ne représentent que 6,4 % de la population suisse.

Jusqu'à il y peu, les adversaires de la rigueur budgétaires, nombreux au sein du monde politique genevois, répondaient avec condescendance à leurs contradicteurs : « Mon bon Monsieur, vous n'avez pas encore compris que l'Etat, contrairement aux entreprises, est pérenne ; les créanciers, pas plus que les bénéficiaires des aides publiques et les contribuables, n'ont de soucis à se faire ». L'actuelle crise européenne de la dette et la faillite déclarée ou masquée de certains Etats, ajoutées aux déficits considérables annoncés pour ces prochaines années à Genève et à l'incapacité désormais patente des deux principales caisses de pension publiques cantonales de faire face à leurs engagements, met en évidence l'aveuglement, à gauche comme à droite, des acteurs politiques et jette une lumière crue sur les conséquences de leur insouciance coupable.

Car qui va subir les conséquences de l'obligation pour l'Etat de Genève de limiter son rôle ? Les moins bien lotis d'entre nous, certes, parce qu'ils se verront confrontés aux réductions des aides sociales et aux diminutions des rentes vieillesse. La classe moyenne surtout, parce que de surcroît l'Etat se sentira autorisé à accroître ses ressources en augmentant encore la pression fiscale directe ou indirecte sur les contribuables, mesure dont cette partie de la population se révèlera comme depuis toujours la principale victime.

Depuis toujours, en effet. Cet échange de propos vieux de quatre siècles, attribué à Colbert et Mazarin, et tiré du livre d'Olivier Celik Le Spectacle du pouvoir, le rappelle éloquemment.

Colbert : Pour trouver de l'argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus. J'aimerais que Monsieur le Surintendant m'explique comment on s'y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu'au cou ...

Mazarin : Quand on est simple mortel, bien sûr, et qu'on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l'Etat, lui, c'est différent. On ne peut jeter l'Etat en prison. Alors il continue, il creuse la dette ! Tous les Etats font ça.

Colbert : Ah oui ? Cependant, il nous faut de l'argent. Comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?

Mazarin : On en crée d'autres encore.

Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres.

Mazarin : Ni les riches, ils ne dépenseraient plus. Or un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres.

Colbert : Comment alors fait-on ?

Mazarin : Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres ni riches. Des gens qui travaillent, rêvant d'être riches et redoutant d'être pauvres ! C'est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus. Ceux-là, plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser. C'est un réservoir inépuisable.

Etant donné l'état du monde qui nous entoure aujourd'hui et connaissant les enseignements du passé, combien seront-ils les constituants qui persisteront  dans leur opposition à l'inscription d'un frein à l'endettement dans notre future constitution ? Et comment justifieront-ils leur refus au vu des résultats bénéfiques apportés par cette mesure ailleurs en Suisse ?

Pierre Kunz, constituant

 

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07/11/2011

Maillard au Conseil fédéral ? Aucune chance !

A la tête d'une démocratie « normale », lorsque le premier ministre désigné entreprend de former son gouvernement, il distribue les maroquins en fonction de deux critères essentiels. En premier lieu, il effectue ses choix en fonction de ses orientations politiques et du programme qu'il entend mettre en œuvre. D'autre part, il s'efforce de sélectionner les femmes et les hommes qui lui paraissent les plus aptes, intellectuellement et politiquement, à remplir la mission qu'il leur confie.

La plus étonnante spécificité du modèle suisse et le plus stupéfiant paradoxe de la gouvernance politique helvétique, s'agissant de l'élection des conseillers fédéraux, résident dans l'indifférence absolue que le pays cultive à propos des deux principes énoncés.

Le Conseil fédéral ne se donne pas de programme politique, il ne gouverne pas et se contente à longueur de législature d'expédier les affaires courantes, c'est-à-dire de gérer tant bien que mal les problèmes et les incidents qui se présentent dans la vie du pays. Les nouveaux conseillers fédéraux ne sauraient donc être élus par l'Assemblée fédérale selon leur capacité à défendre la politique gouvernementale. La motivation essentielle des négociateurs qui « préparent » l'élection du Conseil fédéral, loin d'être politique, reste de caractère exclusivement arithmétique. Armé du prétexte de la sacro-sainte « concordance », chacun n'a en tête qu'un objectif, celui de conserver le nombre de fauteuils auquel il est habitué.

Quant au charisme, aux compétences et aux convictions idéologiques des candidats, le système électoral est depuis plusieurs décennies orienté par nos grands électeurs de manière à retenir les hommes et les femmes qui en possèdent le moins. Pourquoi ? Parce que les groupes parlementaires considèrent qu'ils n'ont aucun intérêt à l'émergence d'un conseiller fédéral fort, brillant et efficace. Ces groupes songent surtout à choisir des candidats qui, une fois élus, ne constitueront pas grâce à leur action un atout électoral pour les partis dont ils sont issus. L'argument officiellement invoqué pour masquer ce comportement est bien sûr celui du fonctionnement interne du Conseil fédéral qui doit demeurer « collégial ».

Lors de l'élection annoncée pour la mi-décembre il n'en ira pas autrement. En conséquence de tous ces arrangements d'épiciers, on peut donc parier que l'équilibre actuel de l'exécutif fédéral ne sera pas modifié, exception faite de l'éventuelle perte du siège PBD au profit de l'UDC. Et s'agissant du choix entre Maillard et Berset qu'effectueront les Chambres pour remplacer la socialiste sortante, il n'interviendra évidemment pas en fonction des qualités respectives des deux hommes. Sera désigné celui qui est le plus lisse, le moins susceptible de vouloir faire de la politique, le mieux disposé aux compromis voire aux compromissions avec la droite.

Maillard n'a dès lors aucune chance.

Pierre Kunz

 

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