25/11/2011

Une femme sur 5 est battue !

Jeudi à midi et demi le journaliste de la RSR a annoncé en entrée de son émission d'information : « une femme sur 5 dépose plainte en Suisse parce qu'elle a subi des violences ! ». Tous les auditeurs ont pu déduire de ces propos que dans leur immeuble, au sein des vingt ménages installés, quatre de leurs voisines ont déposé plainte durant l'année parce qu'elles ont été battues. Impossible bien sûr. Mais pas un seul des divers commentaires ayant « illustré » sur les ondes cette annonce invraisemblable n'a songé à corriger cette dernière et à préciser que ces chiffres ne pouvaient pas se référer à l'ensemble des femmes. Il est probable que la dépêche d'agence originale disait que « seule une femme maltraitée sur 5 dépose plainte ».

Cette légèreté du monde médiatique dans sa manière de nous tenir informés sur les affaires du monde est consternante. Elle est devenue monnaie courante et concerne aussi la presse écrite. Le nombre des simplifications, des approximations et même des erreurs les plus grossières qu'elle véhicule est considérable. C'est souvent par la faute des « titreurs » qui font profession du sensationnalisme, c'est aussi beaucoup à cause de journalistes insuffisamment instruits ou consciencieux. C'est aussi parfois à la suite du choix insuffisamment sérieux des contributeurs extérieurs.

Voici, sans lien entre elles et d'une gravité variable, trois autres illustrations de la dérive d'une presse à laquelle il est de plus en plus délicat de se fier. Elles ont été prélevées en l'espace de quelques jours.

Samedi dernier, c'est un article publié par la TdG et signé par « L'Invité » Christian Grobet qui scandalisait. Par simple souci déontologique et par respect pour la vérité, l'éditeur de ce vaste tissu mensonger aurait dû, sur la même page, donner la parole aux constituants accusés des pires malversations, des plus méchants complots et de scandaleuses dérives démocratiques par l'ancien conseiller d'Etat. Or il n'en a rien été.

Lundi, dans un article consacré sur deux pleines pages à la crise financière qui tourmente les pays occidentaux, le même quotidien retrace les étapes de la « spirale infernale que rien ne semble pouvoir arrêter ». Les textes sont intéressants, les graphiques édifiants mais le titre est une évidente contrevérité. L'affirmation qui y est posée, selon laquelle « les Etats sont aujourd'hui exsangues pour avoir aidé les banques fragiles », est fausse. Elle occulte allégrement  la réalité,  bien plus inquiétante et dérangeante, à savoir que l'endettement des Etats occidentaux n'a fait que croître au cours des dernières décennies et qu'il a seulement été amplifié de quelques pourcents par le sauvetage des banques en difficultés. Bien plus lourds et coûteux ont été les plans, peu efficaces au surplus, de relance de la consommation.

Le même jour, dans un papier consacré à la votation du 23 novembre relative au droit des pauvres prélevé sur les jeux d'argent, le journaliste de la TdG cite, sans vérifier ses propos,  une députée des Verts affirmant qu'en cas de « oui » à la suppression du droit des pauvres Emmaüs perdrait sa subvention cantonale. Or il est de  notoriété publique que l'Association Emmaüs n'a jamais ni réclamé ni bénéficié de subventions puisqu'elle vit uniquement du travail des Compagnons et de la générosité des donateurs privés.

Certains continuent de verser consciencieusement leur taxe radio/TV exorbitante. D'autres persistent à « s'informer » par la lecture assidue de la presse écrite. Pour longtemps encore ?

Pierre Kunz

 

 

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