18/11/2011

Oui, la Ville est un réel problème

Qui peut raisonnablement contester que la Ville constitue, aujourd'hui comme au cours des 200 dernières années, un réel problème politique dans la vie du canton de Genève ? Son poids économique et démographique est disproportionné, sa capacité  financière est incomparable avec celle des autres communes, même les plus riches, et les rôles de plus en plus vastes que s'attribuent non sans une certaine arrogance les conseillers administratifs de la Ville, surtout depuis quelques décennies, heurtent bien des sensibilités cantonales et dans les autres communes. Ils les heurtent d'autant plus que la place grandissante que s'octroie la Ville freine souvent, bloque complètement parfois, les projets politiques du canton.

Pas étonnant donc que depuis une quinzaine d'années, comme ce fut le cas en d'autres époques de notre histoire, les projets de réforme organisationnelle soit de la Ville soit de l'ensemble des communes se succèdent. Le dernier de ces projets est le fruit des travaux de la Constituante qui ouvre deux voies nouvelles concernant directement la Ville. Il s'agit d'une part du prélèvement de l'impôt communal au lieu de domicile plutôt qu'à celui de l'emploi, d'autre part de la reprise par le canton d'un certain nombre d'institutions culturelles et sportives d'importance cantonale voire régionale ou internationale.

Faut-il pour autant s'autoriser, comme le fait longuement sur son blog ce jour Sami Kanaan à parler « de prise d'otage, d'obsession pathologique, de réformes dévastatrices, de démantèlement et encore d'OPA cantonales sur des institutions culturelles et sportives » ? Non.

L'on peut comprendre que le conseiller administratif en charge de la culture, au titre d'une première réaction, fasse preuve de mauvaise humeur à l'égard d'un projet qui privera son dicastère d'une partie de ses fleurons. Par contre il est difficile d'excuser les propos excessifs qu'il tient ainsi que les scénarios calamiteux et les chiffres inexacts qu'il appelle à l'appui de son argumentation.

Redisons en premier lieu que la réforme fiscale voulue par la Constituante n'est pas destinée à réduire la capacité financière de la Ville. Accompagnée d'une profonde réforme de la péréquation intercommunale, elle vise à simplifier, à harmoniser et à rendre plus équitable le système actuellement en vigueur. Il est faux de prétendre que ces changements « profiteront avant tout aux communes les plus aisées du canton ». A preuve, les récriminations de Sami Kanaan, conseiller administratif de la plus riche d'entre elles, une commune qui se verra pourtant soulagée de certaines charges en compensation intégrale de la réduction de ses recettes fiscales. En réalité, cette réforme est destinée à aider prioritairement les grandes communes suburbaines, en particulier dans la construction de logements.

Il convient par ailleurs de nier vigoureusement que la Constituante entendrait « démanteler les institutions culturelles et sportives actuellement gérées par la Ville ». Sami Kanaan devrait reconnaître honnêtement que sa commune n'est plus en mesure, par ses seuls moyens financiers, de maintenir ces institutions à un niveau conforme au statut auquel elles doivent prétendre. A preuve, les difficultés budgétaires qui sont invoquées par les milieux politiques de la Ville chaque fois qu'elle doit répondre à des exigences d'investissement. Faut-il rappeler à titre d'exemples les sagas liées à la réfection de la patinoire des Vernets ou de l'agrandissement du Musée d'Art et d'Histoire ?

En réalité, Sami Kanaan met en lumière, dans sa réaction, le péché de tous les élus politiques, particulièrement de ceux de gauche. A leurs yeux les prestations publiques sont intouchables, sacrées. Pas vraiment, contrairement à ce prétend le conseiller administratif, parce qu'elles sont nécessaires.

La vérité est que parmi les élus au pouvoir en Ville de Genève bien peu nombreux sont ceux qui songent à l'intérêt général d'une saine gestion des deniers publics. Vivant de leur aptitude à accroître continuellement les prestations de toutes natures, ils ne voient leur futur politique que dans la lutte contre les milieux qui « mettent en péril la pérennité des prestations ». Jamais ces élus ne se demandent si elles sont finançables raisonnablement, si elles sont distribuées équitablement ou si elles ne devraient pas être prises en charge plus efficacement à un autre niveau de l'Etat.

Pierre Kunz

 

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