07/11/2011

Maillard au Conseil fédéral ? Aucune chance !

A la tête d'une démocratie « normale », lorsque le premier ministre désigné entreprend de former son gouvernement, il distribue les maroquins en fonction de deux critères essentiels. En premier lieu, il effectue ses choix en fonction de ses orientations politiques et du programme qu'il entend mettre en œuvre. D'autre part, il s'efforce de sélectionner les femmes et les hommes qui lui paraissent les plus aptes, intellectuellement et politiquement, à remplir la mission qu'il leur confie.

La plus étonnante spécificité du modèle suisse et le plus stupéfiant paradoxe de la gouvernance politique helvétique, s'agissant de l'élection des conseillers fédéraux, résident dans l'indifférence absolue que le pays cultive à propos des deux principes énoncés.

Le Conseil fédéral ne se donne pas de programme politique, il ne gouverne pas et se contente à longueur de législature d'expédier les affaires courantes, c'est-à-dire de gérer tant bien que mal les problèmes et les incidents qui se présentent dans la vie du pays. Les nouveaux conseillers fédéraux ne sauraient donc être élus par l'Assemblée fédérale selon leur capacité à défendre la politique gouvernementale. La motivation essentielle des négociateurs qui « préparent » l'élection du Conseil fédéral, loin d'être politique, reste de caractère exclusivement arithmétique. Armé du prétexte de la sacro-sainte « concordance », chacun n'a en tête qu'un objectif, celui de conserver le nombre de fauteuils auquel il est habitué.

Quant au charisme, aux compétences et aux convictions idéologiques des candidats, le système électoral est depuis plusieurs décennies orienté par nos grands électeurs de manière à retenir les hommes et les femmes qui en possèdent le moins. Pourquoi ? Parce que les groupes parlementaires considèrent qu'ils n'ont aucun intérêt à l'émergence d'un conseiller fédéral fort, brillant et efficace. Ces groupes songent surtout à choisir des candidats qui, une fois élus, ne constitueront pas grâce à leur action un atout électoral pour les partis dont ils sont issus. L'argument officiellement invoqué pour masquer ce comportement est bien sûr celui du fonctionnement interne du Conseil fédéral qui doit demeurer « collégial ».

Lors de l'élection annoncée pour la mi-décembre il n'en ira pas autrement. En conséquence de tous ces arrangements d'épiciers, on peut donc parier que l'équilibre actuel de l'exécutif fédéral ne sera pas modifié, exception faite de l'éventuelle perte du siège PBD au profit de l'UDC. Et s'agissant du choix entre Maillard et Berset qu'effectueront les Chambres pour remplacer la socialiste sortante, il n'interviendra évidemment pas en fonction des qualités respectives des deux hommes. Sera désigné celui qui est le plus lisse, le moins susceptible de vouloir faire de la politique, le mieux disposé aux compromis voire aux compromissions avec la droite.

Maillard n'a dès lors aucune chance.

Pierre Kunz

 

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