17/10/2011

Elections, la ronde des boucs émissaires

La campagne électorale des Chambres fédérales s'achève. Jamais jusqu'ici les discours, les écrits, les débats ne se sont concentrés autant sur les urgences et les symptômes. Jamais dans le passé les questions de fond n'ont été aussi peu abordées.

Signe des temps troublés et incertains ? Complexité croissante des questions politiques ? Primat renforcé de l'immédiateté ? Paralysie institutionnelle du pouvoir ? Dérive de la démocratie parlementaire vers le pouvoir de la rue et du Café du commerce ? Toujours est-il que le ton de la campagne a été donné, au cours des dernières semaines, par ceux qui se sont astreints à invectiver les « coupables » des maux qui bousculent notre société. Sans analyse des éléments constitutifs des problèmes évoqués, sans référence aux données institutionnelles, sans égard pour le contexte économique et géopolitique dans lequel ils s'inscrivent, les tribuns ont concentré leurs discours et leurs écrits sur la désignation de boucs émissaires commodes.

Florilège. Les primes d'assurance maladie croissent sans cesse ? C'est la faute aux assureurs. Le chômage reste au bout du lac le plus élevé du pays ? C'est la faute aux frontaliers. Les Genevois ne trouvent plus de logement ? C'est la faute aux bilatérales. On ne peut plus circuler à Genève ? C'est encore la faute aux frontaliers. Les loyers augmentent ? C'est la faute aux sociétés étrangères qui amènent avec elles à Genève leurs employés étrangers ? La petite criminalité et l'insécurité se renforcent ? C'est la faute à l'immigration massive. Les Etats doivent économiser ? C'est la faute aux banques. La prévoyance sociale perd son équilibre, les prestations sont en danger ? C'est la faute aux riches qui ne paient pas assez d'impôt.

Et pourtant ! La vérité sur ces questions, souvent dérangeantes certes pour les autorités en place qui n'ont su prévoir et apporter les réponses adéquates, ne saurait se résumer à ces slogans populistes et leur solution ne peut naître de la mise à mort des boucs émissaires. Deux exemples.

Les candidats MCG ont placé l'accusation des assurances maladie au coeur de leur campagne électorale. Selon eux, les assureurs sont des voyous organisés pour voler le peuple des assurés. Pourtant les assurances ont été mises dans leur rôle par une loi, la LaMal, votée il y a une vingtaine d'années par le parlement fédéral. Elles ne font qu'appliquer cette loi sous le contrôle des autorités du pays. Quant aux coûts engendrés par l'administration de ces institutions, réserves comprises, chacun sait ou devrait savoir qu'ils ne représentent que quelques pourcents des 50 milliards par an que les Suisses consacrent à leur santé. Ces frais et ces réserves ne peuvent donc expliquer même partiellement la hausse continuelle des primes d'assurance.

La gauche, pour sa part, ne cesse de stigmatiser le rôle des banques dans la crise de la dette. Selon elle, si les Etats sont dans l'obligation de resserrer leur action sociale et leurs prestations c'est parce que les banques, par leurs excès spéculatifs passés, mettent aujourd'hui en danger les finances publiques. Mais ce faisant les pourfendeurs du monde bancaire évacuent dans leurs discours la véritable cause des programmes d'austérité qui frappent les couches sociales les plus fragiles, c'est-à-dire la mauvaise habitude qu'ont prise les Etats occidentaux, Genève notamment, de vivre au-dessus de leurs moyens, d'être généreux avec l'argent emprunté. Les milliards requis par le sauvetage des banques ne représentent qu'une faible partie de la dette publique des Etats.

Dans ce contexte la palme de la mauvaise foi (et de la stupidité !) revient sans conteste à ces collectivités régionales françaises qui ont conclu avec les banques au cours des années passées des accords très spéculatifs pour financer leurs dettes à meilleur compte. Elles prétendent qu'elles auraient été mal conseillées et qu'elles « ne savaient pas s'exposer au risque de devoir assumer la mauvaise part de ces accords, c'est-à-dire de lourdes pénalités en cas de retournement du marché ».

« Chacun conçoit les affaires politiques selon la portée de son esprit », écrivait le Cardinal de Richelieu. Dans notre démocratie cette conception de chacun a une conséquence : la composition pour 4 ans du Conseil national et du Conseil des Etats.

Pierre Kunz

 

 

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