07/09/2011

M. Budry, et la déontologie bordel !

Le journaliste de la Tdg a fait depuis des lustres la preuve de la qualité de sa plume. On connaît son intérêt constant pour la politique genevoise. Et il y a longtemps que les Genevois se sont habitués à ce qu'on appellera son « amabilité » dans le traitement des thèmes chers à certains partis et élus situé à gauche de l'échiquier.

Mais la façon dont le journaliste rapporte dans la « Julie » de ce mercredi, la première des plénières automnales de l'Assemblée constituante, tenue mardi, dépasse les limites de l'objectivité. On passe carrément dans le domaine de la complaisance crasse. Non pas à cause de sa manière de relayer les positions exprimées par les groupes. Le vieux routier qu'il est a en effet bien compris que ces déclarations ne sont que des bornes appelées à baliser le chemin des débats qui attendent les constituants. Des débats fondés, comme le souligne Eric Budry, sur un accord estival partiel et fragile d'une part parce qu'il ne porte que sur certains des sujets litigieux, d'autre part parce que les enjeux restent considérables.

C'est dans le paragraphe qu'il consacre à l'intervention du conseiller d'Etat François Longchamp qu'Eric Budry s'écarte de manière impardonnable de ce qu'il est convenu d'appeler la déontologie journalistique. Qu'a-t-il retenu des propos de notre ministre venu en représentant de l'ensemble du Conseil d'Etat et qui s'est adressé longuement aux constituants ? Une seule phrase : « Le gouvernement invite les constituants à plus d'audace pour le bien de Genève et de ses citoyens ».

Il n'est pas excessif de soutenir qu'il s'agit-là d'une véritable trahison. Car François Longchamp ne s'est pas contenté de cette envolée lyrique; il a indiqué précisément les domaines dans lesquels le Conseil d'Etat unanime réclame des réformes profondes. Lesquels ?

Le Conseil d'Etat unanime, par la bouche du chef du Département de la solidarité et de l'emploi, attend en effet de l'Assemblée constituante qu'elle mette en œuvre trois réformes essentielles à ses yeux : l'introduction de l'imposition communale au lieu du domicile, l'augmentation des exigences dans l'utilisation des droits populaires et une répartition précise des compétences entre les communes et le canton. Pour notre gouvernement la démarche de la Constituante, sans ces avancées, resterait un exercice vain et se ramènerait à un simple toilettage de la constitution genevoise en vigueur.

Chacun comprend que cette partie du discours de François Longchamp est de la plus haute importance. En premier lieu parce qu'elle souligne les obstacles constitutionnels à surmonter pour améliorer la gouvernabilité du canton. Elle indique aussi les critères principaux auxquels le Conseil d'Etat se réfèrera lorsqu'il jugera le texte qui sera soumis au peuple et lorsqu'il s'agira pour lui de dire s'il le soutient ou non.

Pourquoi, se demandera-t-on, Eric Budry est-il passé comme chat sur braise, sur ces informations ? Serait-ce à cause d'un manque de jugeote ? Impossible, Eric Budry n'est pas un journaliste incompétent.

La réponse est plus inquiétante. Il se trouve que les avancées réclamées par le Conseil d'Etat sont celles que rejettent le plus vigoureusement les groupes de gauche de la Constituante. Elles touchent précisément les questions qui n'ont pas pu être réglées lors des négociations de l'été. Et manifestement  Eric Budry, au mépris de son devoir d'information le plus élémentaire à l'égard de la population genevoise, a choisi de ne pas retranscrire le message de François Longchamp, afin de limiter la portée de ce dernier et de ne pas nuire aux « intérêts » de ses amis politiques.

Pierre Kunz, constituant

 

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