18/08/2011

Et si la médecine privée se libérait du Tarmed ?

 

Il est un reproche qu'on ne saurait faire à Jacques de Haller, président de la Fédération des médecins suisses, celui de ne pas être honnête dans ses propos. Cette semaine encore il a eu des mots d'une grande clarté : « la gauche défend mieux les médecins ! ».

On doit pourtant se demander si les objectifs stratégiques qu'il poursuit dans le cadre de ses fonctions sont bien compris par les médecins dont il affirme défendre les intérêts. Il est en effet surprenant de constater que les praticiens restent quasiment sans réactions face à la fonctionnarisation voire à la socialisation progressive de la profession qu'ambitionne semble-t-il leur président.

Certes, les difficultés qu'ils rencontrent sont nombreuses. Elles ont pour origine la LaMal, une loi fondamentalement mauvaise, qui, outre ses nombreux autres graves défauts, emprisonne la médecine privée. A tel point que le carcan pesant aujourd'hui sur celle-ci a dépouillé la profession de l'étiquette « libérale » qu'elle portait jusque dans les années 1990.

Mais ces difficultés découlent aussi de ce qu'on se permettra d'appeler l'espèce de « fatalisme », quand ce n'est pas la peur, qui paralyse les énergies et brise les velléités de réactions de ceux qui restent attachés à l'exercice libre de leur art. Ceux-ci sont exaspérés par la lourdeur des processus administratifs qu'on leur impose mais ne semblent plus croire à la possibilité de rompre avec un système dont pourtant le bon sens conduit à la conclusion qu'il ne saurait survivre en l'état sur le long terme.  Alors, sous la conduite de leur président et avec l'assistance des Maillard, Rossini et consorts, ils s'en prennent de manière déraisonnable et avec une constance inutile aux deux cibles les plus commodes, soit les assurances-maladie et les conseillers fédéraux, épargnant dans leurs attaques les seuls véritables responsables, à savoir les législateurs fédéraux, socialistes en tête. Or les assurances ne sont en définitive que les organes d'exécution de la loi et le Conseil fédéral est condamné en permanence à régler des questions d'intendance.

Les médecins privés oseront-ils se souvenir que l'exercice libre de la médecine est toujours possible dans ce pays ? Que rien ne les oblige à se conformer au Tarmed ? Qu'il leur reste encore le droit de refuser de subir les lourdeurs administratives liées à ce tarif ?

Bien sûr, le Tarmed constitue une garantie de « non concurrence tarifaire » entre les médecins et donne aux médecins un sentiment, largement fictif d'ailleurs, de sécurité en matière de revenu. Mais, comme le statut de la fonction publique genevoise, il est surtout une prison destructrice des libertés, de l'initiative personnelle, de la diversité et de l'indépendance.

Dire « non » au Tarmed, rompre avec la bureaucratie médicale, voilà la voie que le président de la FMH devrait promouvoir, voilà le défi qu'il devrait inciter la corporation à relever. Mais comment imaginer un socialiste, candidat au Conseil national, disposé à se lancer dans une telle bataille ?

Pierre Kunz

 

 

12:42 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.