13/08/2011

L'insoutenable légèreté d'Alain Berset

 

La TdG a fait une large place dans ses colonnes de jeudi dernier au conseiller aux Etats fribourgeois. Ce dernier en a profité pour inviter « le pays tout entier à dire stop aux spéculateurs ! », pour stigmatiser le Conseil fédéral qui ne ferait rien « pour lutter contre le franc fort » et pour livrer ses soi-disant recettes. Les déclarations du Fribourgeois sont très révélatrices de la légèreté avec laquelle lui et ses collègues socialistes s'expriment sur les questions économiques et financières qui préoccupent l'ensemble de la planète.

L'interview de Jean-Pierre Danthine, numéro trois de la Banque nationale, parue le même jour dans le quotidien Le Temps, mettait d'ailleurs cruellement en relief le volontarisme de pacotille et les recettes simplistes affichés par l'élu fribourgeois.

Malhonnêteté intellectuelle ? Electoralisme ? Incompétence ? Quoi qu'il en soit, Alain Berset s'écarte d'emblée d'un traitement sérieux du sujet en attribuant l'origine des graves problèmes économiques et financiers de la Suisse aux spéculateurs. S'il se voulait crédible le Fribourgeois se serait penché sur les causes profondes du mal et aurait reconnu que dans une économie libérale les spéculateurs, institutionnels ou privés, interviennent comme des « arbitres ». Ceux-ci, au même titre que la ménagère comparant les prix et allant au meilleur marché, ne font que mettre en évidence les déséquilibres de l'offre et de la demande tout en cherchant à en profiter.

S'il avait voulu traiter ces questions de manière raisonnable, le conseiller aux Etats aurait commencé par admettre que les déséquilibres à l'origine de la spéculation actuelle sont les conséquences des politiques publiques désastreuses menées par les pays occidentaux au cours des dernières décennies. Il aurait admis parallèlement que les remous monétaires et boursiers du moment sont nés dans les déficits annuels et l'endettement colossal accumulé par les pays européens et les USA. Il aurait enfin rappelé que les vrais responsables de la situation sont les politiciens à qui les citoyens de ces pays ont confié le pouvoir et dont ils ont écouté les promesses excessivement généreuses.

Mais Alain Berset ne reconnaîtra probablement jamais ces évidences. Pourquoi ? Principalement parce que, socialiste convaincu, il ne voudrait pas ce faisant cautionner la capacité de l'économie de marché à révéler, à coups de crises et grâce à ses arbitres, ses dysfonctionnements et ceux des gouvernements. Il voit au contraire dans la crise actuelle l'occasion de réduire le rôle du secteur privé et renforcer le rôle de l'Etat fédéral comme celui des cantons.

Il ne sera jamais davantage disposé à admettre les évidences susmentionnées. D'une part parce que l'Etat providence, partout en Europe, est né principalement sous la pression de ses amis socialistes. D'autre part parce que, partout en Europe, c'est lorsque ses ces derniers étaient au pouvoir que les politiques publiques en cause ont été portées à leur paroxysme.

Grâce au conservatisme et à la prudence du peuple, à son fédéralisme, aux droits populaires, au frein à l'endettement et à un parlement enraciné majoritairement à droite, la Suisse a fort heureusement a largement échappé à la dérive de ses voisins. Mais, ancrée dans une économie mondialisée dans laquelle elle puise plus que jamais sa richesse, elle n'en subit pas moins les conséquences.

Des conséquences que le Conseil fédéral, auquel l'élu fribourgeois s'en prend, ne peut que tenter de limiter en concertation avec la BNS. Ce que l'un et l'autre ont déjà entrepris de la seule manière qui convient, sans précipitation, de manière sélective, avec la conscience des forces et faiblesses structurelles de notre pays et en songeant à l'avenir de celui-ci ... plutôt qu'aux prochaines élections.

Pierre Kunz

 

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