07/08/2011

Parlons-en, du mépris

Dans un texte publié le 5 ct par la TdG sous la rubrique « L'Invité » M. Mouhanna s'en prend violemment à ceux qui, à Genève, considèrent que les droits populaires doivent être revalorisés, autrement dit remis en équilibre avec nos institutions de la démocratie représentatives. De l'avis de M. Mouhanna, ceux qui ne militent pas pour une diminution supplémentaire du nombre des signatures requises et qui au contraire aspirent à ce rééquilibrage « méprisent le peuple ». Comme mépriseraient le peuple ceux qui, au sein de la Constituante, ambitionnent de simplifier et de moderniser les articles consacrés au logement et à l'énergie nucléaire.

On notera en premier lieu que les exigences en matière de référendum et d'initiative n'ont plus été adaptées à l'évolution de la population depuis les années 1960. Il est donc devenu aujourd'hui deux fois plus facile de réunir le nombre des signatures nécessaires pour faire aboutir une initiative ou un référendum.

Il est vrai que ces exigences restent nettement au-dessus de la moyenne helvétique. Mais il est non moins vrai que les mœurs politiques genevoises sont uniques dans le pays et que dans aucun autre canton les politiciens usent, et abusent, autant des droits populaires. Nulle part ne sont lancés autant de référendums et d'initiatives.

Les habitants découvrent journellement combien, bien plus qu'ailleurs en Suisse, cet abus pénalise le fonctionnement de notre canton, le bloque souvent. Ils savent que les conséquences en sont particulièrement douloureuses dans le domaine du logement.

La population est dans sa grande majorité consciente des effets pervers de la dévalorisation des droits populaires. Elle l'a montré dans ses réponses à la consultation organisée par la Constituante : 60 % des Genevois consultés ont exprimé l'avis qu'il ne fallait en aucun cas réduire les exigences en matière de droits populaires mais soit les maintenir en l'état soit les accroître. Seul le quart d'entre eux a demandé une diminution.

Concernant le logement et le nucléaire, qui peut croire, à part M. Mouhanna, qu'au sein de ce qu'il appelle « la majorité arrogante » un seul constituant ambitionne de cultiver la pénurie et de favoriser l'énergie atomique ? Il ne s'agit que de réécrire dans des termes conformes aux nécessités actuelles de l'aménagement et de la construction, aux exigences du droit fédéral en matière énergétique et plus généralement aux réalités du 21ème siècle des articles rédigés de manière anachroniques autant dans leur contenu que dans leur forme.

Dans ces secteurs également la consultation a montré que les Genevois sont las des « droits » sans effets concrets et des « obligations » non tenues par leurs autorités. En grande majorité ils préfèrent les mesures concrètes dans le domaine du logement et, dans celui de l'énergie, ils entendent se réserver la décision finale par référendum.

Qui méprise le peuple ? Ceux qui l'entendent ou ceux qui, obsédés par les combats passés et leur symbolique désuète, prétendent savoir mieux que lui ?

Pierre Kunz, constituant

 

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