29/07/2011

Christophe Blocher : "La solution finale"

Renoncer au bilatéralisme après avoir contribué largement à faire échouer la voie multilatérale dans nos échanges avec l'Europe, voilà la nouvelle étape que Christophe Blocher et l'UDC nous invitent à franchir.

On n'a pas assez mis en évidence, au cours des deux dernières décennies les graves conséquences économiques et sociales du rejet par le peuple, en 1992, de l'Espace économique européen. On n'a pas assez souligné que les bilatérales, contrairement à ce que prétend l'ancien conseiller fédéral, ne nous ont pas été imposées par l'Union européenne. Il s'agit en vérité d'un mécanisme compliqué et lourd dont la Suisse a été forcée de faire sa politique et dans lequel, suite à son « Non » à l'EEE, elle s'est engagée afin de sauvegarder les relations économiques vitales que les entreprises du pays entretiennent avec notre principal partenaire commercial, l'Europe.

Il faut rappeler que nombre d'évènements douloureux, socialement, économiquement et financièrement, furent les conséquences directes du refus par les Helvètes de l'EEE combattu par Christophe Blocher et son parti. La plus spectaculaire illustration de ces conséquences, chacun s'en souvient, fut l'affaire Swissair. Une compagnie gérée de manière douteuse, certes, mais poussée dans l'abîme par la situation économico-politique engendrée par le rejet de l'EEE.

En suivant l'UDC en 1992, la Suisse n'a pas su saisir l'opportunité qui lui était offerte d'accéder au marché unique européen sans avoir à prendre en charge ce qu'on appelait à l'époque « l'acquis politique de l'Union », donc sans adhérer politiquement à celle-ci et sans devoir renoncer à ses spécificité démocratiques et fédéralistes. Rendues nécessaires à la suite d'un vote populaire émotionnel et irrationnel, les bilatérales offrent actuellement au pays un substitut à l'EEE, certes malcommode mais massivement bénéfique.

Le tribun zurichois a parfois dit des choses essentielles pour le bon fonctionnement du pays. Il s'est souvent exprimé, et c'est heureux, à contre-courant du « prêt-à-penser » si cher à la classe politique helvétique installée dans le confort des habitudes et dans les chasses gardées de la « concordance ». La fin justifiant les moyens, il n'a jamais hésité à bousculer le trantran confédéral quitte à abuser des droits populaires pour renforcer l'électorat UDC et sa vision d'une Suisse qu'il voulait plus indépendantes et neutre.

Avec cette vision et dans le cadre de sa stratégie anti-européenne, utilisant une fois de plus l'arme de l'initiative populaire, Christophe Blocher tente depuis quelques jours d'engager le peuple suisse sur le chemin d'une « solution finale » consistant à briser les bilatérales. Meurtri par ses expériences politiques récentes, amer et revanchard, a-t-il perdu le « bon sens terrien » qu'il se flattait de posséder ? Son initiative illustre-t-elle les excès et la perte de la mesure qui finissent toujours par ronger les capitaines autoritaires ? Marque-t-elle la dérive d'un homme et d'un parti conduits irrémédiablement par leurs méthodes vers le « jusqu'au-boutisme » et vers le pas de trop ?

Quelle que soit la réponse à ces questions on peut sans grand risque prédire qu'avec son plus récent coup politique, visant autant à exploiter les craintes d'une partie de la population à l'égard de l'immigration qu'à torpiller les bilatérales, Christophe Blocher a franchi un seuil, celui qui sans doute marque le début de sa culbute.

Pierre Kunz

 

 

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