24/07/2011

De la décroissance à la sauvagerie

Les adeptes de la décroissance fondent leur conviction sur des questions souvent sérieuses mais les réponses qu'ils apportent à ces dernières sont fantaisistes. Elles sont empreintes d'un pessimisme malsain que rien, dans l'histoire de la planète et de l'humanité, ne justifie. Elles sont de surcroît porteuses, pour les peuples de ce monde, de conséquences dramatiques que ces intégristes ne songent même pas à envisager.

Ceux qui voient un avenir pour l'humanité seulement dans le retour à une existence « frugale », comme ils disent,  affirment que les ressources naturelles de la planète sont  surexploitées, donc en voie d'épuisement. Selon eux, il n'est donc point d'alternative au projet consistant à ramener l'humanité à un mode existentiel mettant un terme à cette surexploitation. Autrement dit, il faut mettre un terme à la croissance économique.

Certes, notre façon de détruire la biodiversité marine par la surpêche est scandaleuse. Sans doute,  l'Homme n'est pas exempt de reproches dans sa manière d'exploiter ses découvertes scientifiques et d'en mesurer les dangers. Mais il y a un obscurantisme inquiétant dans la manière simpliste dont les promoteurs de la décroissance condamnent notre civilisation au prétexte de certains de ses excès.

D'autant plus inquiétant que cet obscurantisme est relayé depuis quelques temps chez nous par des milieux prétendant convaincre les Genevois que la réponse à leurs peurs et la solution à leurs problèmes de stress, de mobilité, de logements, de zone agricole empiétée et de platanes qu'on veut abattre,  réside dans le culte du statu quo et dans la culture de leur coin de terre. « Moins d'emplois pour plus de verdure et de tranquillité ! », entend-on.

A quoi conduirait la décroissance ?

Si, au motif de l'épuisement des ressources de la planète, l'humanité s'engageait sur le chemin de la décroissance elle ne renoncerait pas seulement, comme certains veulent le faire croire, au matérialisme exacerbé et aux abus d'un consumérisme destructeur autant des individus que de notre environnement. Elle ne contribuerait même pas à la protection de ce dernier.

C'est en effet la croissance économique, elle seule, qui favorise l'équilibre dans les relations internationales, lubrifie les rouages de l'ascenseur social, autorise la redistribution des richesses, crée les emplois et donne à l'Etat social les moyens de remplir ses missions. C'est également la croissance économique qui assure le financement de la recherche et le développement des technologies nouvelles. Cette recherche et ce développement qui nous permettront, comme dans le passé et à temps, de trouver des alternatives aux ressources qui s'épuisent, d'exploiter et de transporter les énergies nouvelles dont nous avons besoin, d'inventer les moyens de rendre l'agriculture mondiale plus efficace.

En résumé, c'est bien dans la croissance économique que l'humanité trouvera la réponse au grand défi qui l'attend, à savoir continuer à élever le niveau de vie de la population mondiale tout en faisant face à l'accroissement de celle-ci sans nuire à l'équilibre planétaire.

La décroissance, si elle nous frappait, marquerait, comme à la fin de l'empire romain, le retour de la sauvagerie. Elle rendrait les Etats impotents, réduirait rapidement le niveau de vie d'une grande majorité des individus et conduirait immanquablement au renforcement des inégalités entre les peuples et au sein des sociétés.

Plusieurs états européens rencontrent en ce moment de graves difficultés sociales, économiques et politiques. Conséquences essentiellement de la gestion antérieure débridée de ces pays, elles n'en illustrent pas moins éloquemment ce qui attendrait le monde s'il succombait au discours des promoteurs de la « frugalité ».

Pierre Kunz

 

 

11:58 Publié dans Développement durable | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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