03/07/2011

Cité Carl-Vogt; égoïsmes et tromperies

L'ambition de l'Hospice général de surélever de deux étages des immeubles de logements locatifs construits dans les années 1960 est emblématique. Elle met en évidence tous les ingrédients de la salade servie jour après jour aux Genevois en guise de solution à la pénurie lancinante de logements dont ils souffrent.

Une salade malsaine faite bien sûr de l'incapacité de nos autorités à construire. Faite aussi, cela étant, des inquiétudes sincères mais également de l'égoïsme inébranlable de nombre de nos concitoyens. Faite aussi des tromperies constantes et de la démagogie révoltante des certains milieux politiques.

Les peurs, c'est au sein de la population qu'elles se sont développées graduellement à cause de la difficulté grandissant qu'une partie d'entre elle éprouve à se loger à des conditions raisonnables, surtout celle qui est jeune, qui vient de fonder famille ou qui est nouvellement arrivée à Genève. Les habitants du canton se disent solidaires de celle-ci. En réalité ils se fichent de ses problèmes car, pour le 90 % d'entre eux, ils s'estiment bien logés, à un coût acceptable, considèrent que « c'est bien la moindre des choses ». Ils ne songent qu'à éviter toute diminution, même provisoire, de leur confort. Dans cette attitude, d'où a disparu le sens de l'intérêt général et du bien commun, fleurit un égoïsme contribuant grandement à la paralysie générale de la construction de nouvelles habitations.

Parmi les politiciens, ceux prêts à toutes les compromissions et tous les mensonges pour « faire carrière », fondent avec succès depuis trois décennies leurs ambitions personnelles sur l'exploitation de ces inquiétudes et de cet égoïsme. Ils ont obtenu plusieurs renforcements du contrôle des loyers puis la multiplication des lois relatives à la construction et la transformation des immeubles locatifs. Comment ? En faisant croire aux locataires genevois crédules que, grâce à ce dispositif, on allait construire quantité de logements bon marché et qu'ils pourraient désormais se loger à un « prix convenable ».

On connaît le résultat des blocages qui ont découlé de ces promesses. D'une part les promoteurs ne veulent plus ou ne peuvent plus construire à Genève. C'est ainsi que le tiers des gens qui aujourd'hui occupent un travail à Genève se sont trouvés forcés d'aller habiter avec leur famille hors des frontières cantonales. D'autre part les inégalités de traitement entre les locataires sont devenues tout simplement scandaleuses. Dans le cas de la Cité Carl-Vogt, par exemple, qui peut trouver équitable que pour le même appartement M. X. paie Fr. 600.- par mois alors qu'à l'étage au-dessus le contrat de bail de Mme Y. l'oblige à verser Fr 2'000.- ? Sans compter que, pour un appartement de même type, le loyer peut ailleurs dans le canton dépasser Fr. 4'000.-

Depuis l'apparition de ces constats les soi-disant « défenseurs des locataires » utilisent une multitude de moyens pour en nier la réalité ou pour les retourner en toute mauvaise foi à leur profit, notamment en recourant systématiquement et abusivement aux droits populaires. Tous ces moyens sont marqués au sceau de leurs intérêts électoraux immédiats et à celui de l'absence totale de scrupules.

On se rappelle qu'en matière de surélévation d'immeubles locatifs l'Asloca (c'est évidemment de ce « pôle » et des « célébrités politiques » qui gravitent autour qu'il est question) avait commencé par menacer d'un référendum la loi qui instituait cette possibilité de réduire quelque peu la pénurie d'habitations. Après avoir négocié avec le Conseil d'Etat un certain nombre de concessions elle avait finalement accepté de ne pas s'y opposer en votation populaire, une votation qui s'est avérée largement favorable à la nouvelle loi.

Qu'à cela ne tienne. Dans le cas de la surélévation planifiée des barres de la Cité Carl-Vogt, reniant sa promesse de coopérer avec les autorités cantonales, capitalisant sur l'égoïsme des habitants installés et prêts à tout pour ne pas avoir à affronter les immanquables désagréments temporaires liés aux travaux destinés à faire place à de nouveaux locataires, M. Rémy Pagani et ses collègues de gauche du Conseil administratif de la Ville, sont entrés en opposition au projet. Où M. Pagani est-il allé prendre ses instructions ? Chez le député socialiste Christian Dandres, avocat à l'Asloca  et habitant, probablement à très bon compte, ... dans l'un des immeubles de la Cité.

Résultat ? Dans le meilleur des cas, construction de plusieurs dizaines de logement retardée. Dans tous les cas, plusieurs dizaines de Genevois supplémentaires contraints de s'installer en France voisine ou dans le canton de Vaud et ... plusieurs dizaines de frontaliers de plus.

Il est vrai que la gauche genevoise, qui se gargarise de « solidarité sociale et intergénérationnelle » nous a habitués depuis longtemps à la charité bien ordonnée, celle qui commence par soi-même.

Pierre Kunz

 

 

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