06/06/2011

Le CO2 a cessé d'inquiéter les Suisses et leurs élus

« La girouette ne tourne pas toute seule, c'est le vent qui change de sens », notait avec assurance Edgar Faure pour justifier ses postures politiques à géométrie variable. Le souffle de l'émotion qui, après Fukushima, semble emporter toutes les peurs climatiques, toutes les convictions écologistes et tous les engagements environnementalistes illustre à merveille ce qu'entendait le ministre de la 4ème République française.

Chacun connaît l'ampleur des craintes générées dans l'esprit des Suisses à la suite de la catastrophe japonaise et chacun comprend le reflexe « non au nucléaire ! » qui en est résulté dans une large partie de la population. Dans ce contexte il est difficile de ne pas approuver la manière dont le Conseil fédéral a décidé de laisser les centrales atomiques actuellement en fonction achever leur vie et de ne pas en autoriser la construction de nouvelles. Si nécessaire il sera toujours temps pour lui et le parlement, dans un lustre ou deux, lorsque les passions se seront calmées, de reprendre l'analyse objective et sereine de l'approvisionnment énergétique du pays. Enfin, la démocratie étant ce qu'elle est, il n'est pas surprenant que certains partis aient entrepris de tirer le parti électoral maximum de la situation.

Il y a encore, dans l'évolution des discours et des postures politiques nés de Fukushima, un autre aspect, presque amusant celui-là. Il s'agit de la facilité avec laquelle la quasi-totalité des acteurs de la scène politique helvétique ont oublié et fait oublier les sombres perspectives environnementales qu'ils évoquaient voici quelques semaines encore. Les rappels du danger des gaz à effet de serre et de la part humaine « évidente » dans l'origine du réchauffement du climat ont complètement cessés.

En conséquence, la sensibilité du peuple suisse au danger climatique et à ses causes humaines supposées a été étouffée. Chez les politiciens défenseurs de l'écologie on ne parle plus que du risque nucléaire et de la nécessité de s'extraire sans délai du danger représenté par l'atome, toute autre considération, écologique et économique notamment, étant exclue. Quant au Conseil fédéral, il n'a pas pratiquement rien dit des conséquences de sa décision de renoncer au nucléaire sur les engagements pris par conventions internationales, à Kyoto notamment. Pourtant, à l'évidence, cette décision rend impossible désormais le respect des objectifs que la Suisse s'est fixée en matière d'émissions de gaz polluants.

Le vent a donc tourné. Il a peut-être tourné dans le sens de ceux qui affirment depuis toujours, comme Claude Allègre, que le réchauffement climatique est un phénomène essentiellement naturel qui se produit régulièrement depuis des millénaires. Oubliant que ce constat et l'intelligence ne nous dispensent pas de l'effort de réduire nos émissions de gaz à effet de serre, c'est probablement ce que se diront les députés genevois pour se donner bonne conscience lorsqu'ils voteront, en fin de semaine, la construction de la centrale à gaz réclamée par les SIG.

Pierre Kunz

 

 

 

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