19/05/2011

Une police efficace et moderne ?

Dans un article récent, publié par la TdG, l'ancien flic Yves Patrick Delachaux met en relief le but et le contenu de la formation plus ambitieuse et plus solide qu'il appelle de ses vœux pour les policiers du canton. Il réclame un apprentissage mieux en phase avec les exigences d'un métier confronté en permanence à l'action et au risque.

Au fond, Delachaux insiste, dans le contexte policier, sur les principes de la gestion saine et valorisante des ressources humaines d'une entreprise. Une gestion dont une organisation de police ne saurait au 21ème siècle faire l'économie au prétexte qu'elle fonctionne selon le modèle militaire. Il a évidemment raison, comme il a raison de souligner combien, dans ce métier aussi, il importe de cultiver l'initiative individuelle et de libérer les individus des lourdeurs administratives et de la paralysie paperassière.

L'observateur attentif sait pourtant que ces insuffisances en matière de formation sont les conséquences d'un mal profond qui ronge notre police et qui dévalorise la profession aux yeux des citoyens. Elles découlent du corporatisme qui, au cours des dernières décennies, s'est emparé de la profession à l'initiative de syndicats particulièrement actifs. Ainsi renforcé, ce corporatisme s'accorde de plus en mal avec la mission d'un corps qui se veut « au service des Genevois ». D'autre part, parce qu'il est axé presque exclusivement sur l'obtention d'avantages matériels - plus d'effectifs, moins d'heures de travail, plus d'indemnités et de compensations, etc. -  il apparaît comme une des causes essentielles de l'anachronisme des règles de fonctionnement d'une police dont la hiérarchie en est venu à négliger la modernisation et l'efficacité.

Il est compréhensible et normal qu'une dose de corporatisme imprègne aussi la police. Il règne dans la fonction publique en général. Mais il est dérangeant qu'il puisse prendre le pas sur la mission qu'attendent les Genevois de leurs policiers.  D'autant que ce corporatisme et les bénéfices qu'il a amenés aux intéressés se situent désormais à niveau qui a commencé à choquer.

Chacun connaît par exemple les conditions de retraite très avantageuses accordées aux policiers. Ils sont les premiers à profiter de leur pension et celle-ci est particulièrement généreuse parce que, chaque année, l'Etat verse à la Caisse de pension de la police entre quinze et vingt millions de francs pour couvrir les risques de sous-couverture. Un traitement préférentiel dont ne profitent pas la CEH et la CIA.

Ce corporatisme nuit aussi à l'efficacité du travail des policiers. Comment par exemple justifier, à l'ère de l'informatique et de la communication instantanée, que les policiers continuent à patrouiller à deux par voiture, même en Smart ? Renoncer à ces doublons, doubler par contre le nombre de véhicules en patrouille accroîtrait efficacement la présence de la police dans nos rues et sur nos voies de grande circulation. C'est ainsi, en recourant aux nouvelles technologies,  que la police des villes américaines a renforcé sa capacité de prévention et d'intervention sans augmenter le nombre de ses agents et sans augmenter les risques liés à leurs interventions.

Il convient pourtant de noter en dernière analyse que cette situation est due moins à l'activisme des syndicats de police qu'à la faiblesse affichée en permanence depuis une vingtaine d'années par le Conseil d'Etat. Celui-ci donne l'impression de ne plus véritablement contrôler la situation et de se limiter à répondre aux urgences à n'importe quel prix. Chaque fois qu'une épreuve de force lui est imposée par ses employés policiers il cède aux exigences formulées par ces derniers, renforçant encore les privilèges d'un secteur de la fonction publique par rapport aux autres.

C'est lorsque le Conseil d'Etat acceptera à nouveau d'assumer son rôle de patron des forces de police, seulement à ce moment-là, que cette dernière sera en mesure d'engager sa modernisation, autant dans la gestion de ses ressources humaines que dans l'utilisation efficace de ses instruments de travail.

Pierre Kunz

 

 

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