25/04/2011

L'Amérique au "bout du rouleau" ?

Il est en Suisse de bon ton médiatique et littéraire de prédire le déclin, voire la fin, de la puissance politique, militaire et surtout économique des Etats-Unis. Un tel décrit la noyade prochaine des Américains dans leur mer de dettes et telle autre voit distinctement la mort rapide du dollar comme monnaie de référence.

Les observateurs attentifs de ce pays aux ressorts innombrables, qui dispose de richesses naturelles considérables, et qui a toujours su dans les périodes de crise mobiliser ses énormes ressources en travail et en capital, sont nettement plus circonspects dans leurs pronostics. Ils se rappellent en particulier les mots de Churchill à son sujet : « Les Etats-Unis feront toujours ce qu'il convient de faire une fois qu'ils auront épuisé toutes les autres possibilités ».

Il est évident que les USA sont confrontés non seulement à un endettement considérable mais encore et surtout à des habitudes, publiques et privées, de surconsommation qui mettent en danger l'équilibre économique et social du pays. Mais, comme s'en était convaincu l'ancien premier ministre britannique, les Américains sauront trouver les correctifs à ces dérives.

Dans l'intervalle deux remarques s'imposent.

Il est étonnant que les Européens consacrent leurs analyses et distribuent leurs conseils outre-Atlantique alors qu'ils se trouvent dans une situation économique, sociale et financière bien plus délicate que celle des USA. Bien plus délicate car de ce côté de l'océan, endettés autant que les pouvoirs publics américains, les pays sont paralysés dans leurs réactions aux déséquilibres dont ils souffrent par un corset législatif étouffant, les promesses intenables de l'Etat-providence, une démographie préoccupante et les attentes irréalistes des peuples. Délicate à tel point que le reprise économique est en Europe moitié moins vigoureuse qu'aux USA et que l'avenir de l'Euro paraît bien plus compromis que celui du dollar.

Par ailleurs, lorsqu'il parcourt l'Amérique du Nord, qu'il s'entretient avec les habitants et qu'il lit la presse, le voyageur étranger est frappé par le réalisme, la volonté et l'ambition des individus. Contrairement à leurs cousins européens, ils savent que l'amélioration de leur statut social et de leurs conditions d'existence ne sauraient venir de l'Etat. Ils sont convaincus que leur avenir dépend essentiellement de leur engagement personnel et de leur travail.  A raison car, contrairement à la situation régnant dans la plupart des pays de la Vielle Europe, le marché du travail est chez eux largement ouvert, l'emprise de l'Etat sur le fonctionnement de l'économie reste raisonnable et l'Etat social n'est pas devenu tentaculaire.

Parce qu'ils sont bien plus conscients que nous des enjeux de la mondialisation, parce qu'ils en ont mieux saisi l'inévitabilité et les implications, parce qu'ils savent que pour les pays industrialisés la flexibilité économique et la modestie du monde politique et de l'Etat constituent dans ce contexte des atouts essentiels, il n'est pas étonnant que la majorité des citoyens américains soient peu enclins céder aux chants de sirènes de l'Etat-providence. Les dernières enquêtes montrent d'ailleurs que seuls un tiers d'entre eux soutiennent encore la fameuse réforme du « Health care » voulue par le président Obama et votée il y a un peu plus d'un an par les Démocrates.

Pierre Kunz

 

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