21/03/2011

Après Fukushima, il est urgent ... de réfléchir

Après la tragédie qui s'est abattue sur le peuple japonais, ne pas s'interroger, chez nous aussi, sur la sécurité des centrales atomiques, serait faire preuve d'un aveuglement impardonnable. S'agissant du futur de la production énergétique nucléaire en Suisse et des conditions de celle-ci, le moratoire décidé par le Conseil fédéral en la matière est donc totalement justifié.

On ne peut par contre approuver les milieux qui, cherchant sans vergogne à tirer un avantage purement politique et électoral du drame japonais et des inquiétudes auxquelles ce dernier a donné naissance en Suisse, se sont jetés dans un activisme effréné et porté  la désinformation à un niveau rarement atteint. Une désinformation efficace puisque, selon un sondage récent, 62 % des Helvètes demanderaient l'arrêt immédiat des centrales nucléaires en fonction dans le pays.

Avant l'accident de Fukushima, ces milieux s'attelaient principalement à faire connaître le sombre avenir qu'ils perçoivent pour notre planète. Depuis le 11 mars ils centrent leur communication exclusivement sur le danger nucléaire et remettent en avant la solution radicale qu'ils défendent depuis longtemps, à savoir « la sortie immédiate du nucléaire ». Ce « saucissonnage » du discours en fonction des circonstances ne saurait pourtant masquer, aux yeux de l'observateur attentif, l'incohérence et le danger des arguments avancés et des solutions proposées.

Qu'exigent-ils, ces milieux ?

On l'a dit, en matière énergétique ils veulent que les Helvètes renoncent au secteur du nucléaire, cela afin de supprimer chez nous le plus rapidement possible tous les risques liés à l'atome. Et dans leurs déclarations antérieures, ces mêmes milieux ont fait connaître leur ambition de convaincre les autorités du pays de prendre les mesures requises pour qu'en 2050 au plus tard notre pays ne recoure plus aux énergies fossiles. Il s'agit en l'occurrence d'éliminer en totalité les émissions de gaz à effet de serre provenant de la consommation du pétrole et du gaz.

A l'évidence, comme les Japonais, les Suisses préféreraient ne pas avoir besoin de recourir à l'énergie atomique. Par ailleurs plus personne en Suisse ne doute de la nécessité pour notre pays de lutter contre le gaspillage des ressources naturelles et de celle de réduire les pollutions découlant de notre mode de vie consumériste. Presque chacun enfin est désormais convaincu que les sociétés développées, comme celles qui ne le sont pas encore, doivent veiller à leur environnement et prendre les mesures susceptibles de limiter le réchauffement climatique que prévoient certains.

Les projets de ceux qu'il n'est pas excessif d'appeler les « naturalistes intégristes et pressés », pris individuellement, peuvent paraître apporter des solutions. Mais ils se révèlent tout simplement inapplicables dès qu'on les étudie sérieusement, dès qu'on les juxtapose et qu'on en dégage les conséquences sur la vie de la population. Pourquoi ? Parce que mis en œuvre dans l'urgence, ou même à moyen terme, ils seraient indissociables d'une dose de décroissance économique, donc de régression sociale.  A part quelques individus attirés par l'ermitage, personne n'en veut.

Contrairement à ce qu'on tente de faire croire, la plus grande partie de l'énergie consommée en Suisse n'est pas gaspillée. Elle sert à produire des biens, des services et de la culture, à commercer, à créer et à maintenir des emplois. La disponibilité d'une énergie en suffisance favorise la création des richesses collectives, la mobilité sociale et la réduction des inégalités. Elle rend possible pour l'Etat de jouer son rôle de prestataire public. Elle permet aux habitants du pays de vivre confortablement.

Fermer demain les centrales nucléaires helvétiques, soit renoncer à la production demain de 40 % de l'électricité consommée dans le pays, c'est détruire demain l'équilibre économique et social du pays. Fermer ces centrales après-demain c'est obliger dès après-demain la Suisse à investir massivement dans la production d'électricité à partir de combustibles fossiles, le gaz surtout, parce que les énergies éolienne et solaire ne couvriront probablement jamais plus de 5 % de nos besoins en électricité.

Procéder à un tel transfert vers le gaz consisterait à remplacer une énergie primaire non polluante par une autre, fortement génératrice d'émissions nuisibles. Ce serait admettre simultanément une plus grande dépendance énergétique à l'égard de fournisseurs français et allemands. Pour autant que ceux-ci continuent, eux, à fabriquer l'électricité qui nous manquera ... dans leurs centrales nucléaires et celles au charbon ! Ce serait aussi accroître notre dépendance à l'égard des producteurs de gaz. Qui osera prétendre qu'une telle démarche ne mettrait pas en cause la sécurité énergétique de la Suisse et qu'elle réduirait notre exposition au risque de la radioactivité ? Quant à la planète, y aura-t-elle gagné en qualité de son atmosphère ?

S'agissant des énergies fossiles, il convient de rappeler que le pétrole couvre actuellement plus de 56 % de la consommation totale d'énergie dans le pays, soit plus du double de la part de l'électricité. Les principaux utilisateurs de cette énergie sont bien sûr le chauffage et le parc automobile. Qui peut raisonnablement concevoir qu'en l'espace de quatre décennies nos chercheurs et nos industriels auront mis en œuvre les infrastructures qui permettront à notre parc de véhicules individuels et collectifs de rouler sans essence et à nos logements d'être idéalement isolés et chauffés grâce à d'autres sources énergétiques ?

Le temps est propice à l'angoisse. Ne cédons pourtant pas aux attraits trompeurs de l'urgence au détriment de l'essentiel. Plutôt que d'entendre les prophètes, prenons le temps de réfléchir !

Pierre Kunz

 

13:36 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

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