18/03/2011

L'Entente peut-elle faire la bise à l'UDC et au MCG ?

Dans les lieux où la démocratie fonctionne selon un système majoritaire, c'est-à-dire partout sauf en Suisse et en Israël, les gouvernements, qu'ils soient communaux, régionaux, cantonaux ou nationaux sont homogènes, cohérents et rassemblés autour d'un programme commun. Ce programme est élaboré par des partis politiques qui généralement se mettent d'accord à ce propos avant les élections en vue de gouverner ensemble.

Il arrive pourtant, comme c'est le cas à l'occasion des présentes élections municipales, que les électeurs cassent ces projets et imposent une donne nouvelle. Commencent alors ce qu'on appelle entre les groupes politiques « les tractations en vue de former un gouvernement ». Il s'agit de construire de nouvelles alliances, fondées sur un programme politique engageant pour la durée de la législature autant les partis que les parlementaires et les futurs élus.

Les turbulences qui, à Genève, font actuellement le bonheur des gazettes au sujet des prochaines élections des exécutifs communaux, pourraient être interprétées comme le reflet du processus susmentionné, mâtiné des « genevoiseries » si caractéristiques du bout du lac. Or il ne s'agit pas du tout de cela. Au lieu d'assister au déroulement de négociations sérieuses, les citoyens médusés découvrent une multitude de psychodrames, marqués par les réactions émotionnelles des uns, par les rancoeurs des autres et par l'incohérence des derniers.

Pourquoi diable les partis politiques de droite ne sont-ils pas capables dans notre canton de gérer ces situations raisonnablement ?

L'origine de cet état de fait réside dans des institutions politiques, celles de la concordance, devenues manifestement incompatibles avec notre culture politique, plus passionnée, plus turbulente, plus facilement démagogique que partout ailleurs en Suisse. Cette culture favorise à intervalle régulier l'irruption sur la scène politique de partis nouveaux qui contribuent à briser encore d'avantage un équilibre et des habitudes certes confortables pour les partis en place mais déjà mis à mal par l'évolution du monde.

Les partis de gauche, confrontés depuis toujours parce que minoritaires à Genève à la nécessité d'intégrer des mouvements extrémistes qui apparaissent et disparaissent, ont généralement su gérer ces défis efficacement. Il n'en est pas de même depuis quelques décennies pour les partis de l'Entente.

Les élus de la droite, se sentant menacés dans ces situations, cèdent régulièrement à l'arrogance, au dédain, à l'ostracisme. Ancrés dans les habitudes de la concordance, c'est-à-dire dans le partage « entre gens de bonne compagnie » du pouvoir, au lieu de chercher des points de convergences avec les nouveaux venus, au moins avec ceux qui sont idéologiquement les plus proches, les diabolisent. Et ce faisant d'une part ils renforcent ces derniers dans leurs tendances aux outrances verbales et au populisme, d'autre part, surtout, ils jettent les bases d'un climat détestable rendant toute coopération ultérieure impossible.

Et lorsque, comme cela est apparu dimanche dernier, ces factions commencent à compter au point de devenir incontournables, les partis traditionnels, ou « gouvernementaux » comme on dit à Genève, se trouvent dans l'impossibilité, s'ils ne veulent pas perdre leur crédibilité aux yeux de leurs électeurs, de tendre la main à des adversaires qui ont été si souvent accusés de tous les maux et de toutes les dérives.

Ne reste plus alors aux partis de l'Entente à boire le mauvais vin jusqu'à la lie, c'est-à-dire de laisser ces nouveaux venus malcommodes contribuer aux succès de la gauche grâce aux brèches ouvertes dans l'électorat de droite.

Pierre Kunz

 

18:37 Publié dans Politique genevoise | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.