09/03/2011

Des policiers au Grand Conseil ?

La « Julie » nous informe ce jour à propos d'un « face à face musclé », celui lié à l'évacuation d'une trentaine de jeunes aux Etuves. Un face à face auquel ont pris part quelques élus, en particulier un député Vert.

Il n'est plus surprenant à Genève de voir un membre du Grand Conseil participer activement à la défense de gens, des squatters en l'occurrence, qui agissent en violation évidente de la loi. Les mœurs politiques genevoises ont, au cours des dernières décennies, rendu ce genre de comportement coutumier.

Ce constat n'est pourtant pas anodin. Et la dernière en date des évacuations forcées de squatters, encouragés sur place à la résistance aux forces de l'ordre par un député, met en lumière l'incohérence de ceux qui persistent, au nom d'une interprétation sommaire du principe de la séparation des pouvoirs et d'un égalitarisme hors de propos, à justifier la présence de policiers au sein du Grand Conseil.

Comment en effet ne pas voir qu'à la place d'un député Vert auraient très bien pu se trouver des députés appartenant par ailleurs à la police ? Et comment ne pas saisir l'ampleur des problèmes qui auraient pu surgir si des heurts s'étaient produits, comme en certaines circonstances passées, entre les squatters et les policiers en uniforme ?

Si des députés policiers s'étaient effectivement trouvés du côté des manifestants, que se serait-il passé si leurs collègues en uniformes et casqués avaient dû faire usage de la force ? Leurs élus auraient-ils su s'effacer ? Ou au contraire, portés par les squatters, se seraient-ils laissé aller eux-aussi à la violence ?

Certes, la disposition figurant dans l'avant-projet de constitution publié récemment n'est pas satisfaisante. Il est anachronique, en 2011, de traiter tous les fonctionnaires de la même manière au nom du principe de la séparation des pouvoirs et de les priver tous du droit de siéger au Grand Conseil. Depuis un demi-siècle l'Etat a en effet fortement étendu ses domaines d'intervention et pour la très large majorité des ses agents il n'existe objectivement aucune contradiction entre leur statut professionnel et leur rôle de parlementaire.

Par contre, le cas faisant l'objet de ce billet le montre bien, il n'est pas sain, dangereux même pour la démocratie, que les fonctionnaires détenant le pouvoir d'exercer la violence légale par délégation de la Justice et du Conseil d'Etat puissent simultanément occuper une place sur les bancs du Grand Conseil.

Pierre Kunz, constituant

 

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