26/02/2011

La vraie politique sociale du logement commence par ...

Qu'est-ce qui relie les écrits philosophiques de Luc Ferry, l'avant-projet de constitution genevoise et les propos iconoclastes de Beat Kappeler ? Dans chacun de ces textes, plus ou moins directement, on trouve une partie de la source de la lancinante problématique genevoise du logement : le « devoir » de colère contre les nantis, la méfiance viscérale d'une partie de la population à l'égard des autorités et l'incapacité de poser les problèmes de manière correcte.

Le philosophe français Luc Ferry, dans un article publié récemment, met en évidence les méfaits de la dérive consternante à laquelle nous assistons, dans le secteur du logement comme dans d'autres, qui consiste pour certains milieux à attiser la colère contre les riches et les puissants, ces boucs émissaires commodes. Consternante parce que cette attitude est non seulement ignoble, dit Luc Ferry, « mais parce que d'un point de vue intellectuel, en termes de compréhension du monde, elle passe totalement à côté de la réalité ».

Dans l'avant-projet constitutionnel genevois, en matière de logement, figure la disposition suivante (art. 168) : L'Etat encourage l'accès à la propriété sous toutes ses formes. Lors d'un d'une récente rencontre organisée par la Constituante avec les citoyens, l'un d'eux a fermement contesté les mots « sous toutes ses formes » qui, selon lui, montrent bien que la Constituante entend ainsi favoriser essentiellement la construction de logements pour les riches. Or le but visé par quasiment tous les constituants se situe exactement à l'opposé. Cette anecdote illustre combien est profonde désormais, dans certaines couches de la population, la méfiance née de décennies de décisions politiques stupides et de promesses non tenues par les élus.

Ces réponses inadéquates à de vrais problèmes sont mises en évidence par Beat Kappeler, ce samedi dans quotidien romand. « Résoudre des problèmes est tout simple, écrit-il, il suffit de les formuler de manière juste ». C'est malheureusement ce que ne savent pas faire, ce que n'ont pas le courage de faire ceux qui légifèrent et qui gouvernent. A l'évidence, selon l'économiste bernois, le fond du problème du logement dans les grandes villes suisses ne se situe pas dans l'insuffisance de logements bon marché. Il réside dans la pression exercée par les cadres étrangers qui affluent en Suisse, à Genève en particulier, et qui contribuent grandement à la santé économique du pays. Confrontés à la pénurie, ils sont amenés, et ont les moyens de le faire, à payer un prix élevé pour se loger. Ils obligent ainsi les couches moins aisées à céder la place.

Ceux qui préconisent une « politique sociale de logement » exigent en réponse à cette situation la construction de logements sociaux. C'est faux, souligne Beat Kappeler. « Puisque la demande porte sur des logements de catégorie supérieure, et que les classes moins favorisées sont forcées de se déplacer uniquement parce que leurs logements sont transformés en faveur des nouveaux arrivants, il faut construire prioritairement des logements huppés et non des logements sociaux ». Les cadres riches trouveront ainsi ce qu'ils demandent sans forcer les gens moins aisés à déménager et à habiter hors du canton.

Une véritable politique sociale du logement, dans une économie libérale, commence effectivement par la construction des logements requis par le marché. A Genève il s'agit certes de chercher à satisfaire les besoins de toutes les catégories sociales mais il est ridicule de nier la pression exercée actuellement, au détriment principalement de la classe moyenne, par la catégorie de gens aisés. Il convient d'accepter ce fait et d'en tirer les conclusions correctes, en prenant les mesures requises par la pénurie générale mais aussi en répondant à la demande des "nantis". Nous y trouverons tous notre compte.

Pierre Kunz

 

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