29/01/2011

Retraites, l'illusion des modèles d'experts

L'Institut National Genevois a organisé récemment un cycle de conférences consacré à la problématique des retraites. Les pensions promises seront-elles effectivement payées ? Les promesses faites aux assurés seront-elles tenues ? Si oui, pour combien d'années encore ?

La contribution du professeur Paul H. Dembinski a particulièrement frappé l'audience parce qu'elle a mis en évidence combien sont fondés les doutes que les jeunes générations éprouvent quant à leur avenir post-professionnel. Pourquoi ? Parce que la grande faiblesse de tous les systèmes de retraites par capitalisation européens, suisses compris, sont fondés sur des modèles théoriques. Des modèles dont les « experts » disaient qu'ils prenaient amplement et suffisamment en compte les incertitudes liées aux risques de bouleversements dans les éléments constitutifs de ces systèmes.

Au cours des dernières années, plusieurs des bouleversements susmentionnés ont été identifiés. On sait que ces systèmes sont fragilisés par l'évolution plus rapide que prévue de la démographie et qu'ils s'affaiblissent à cause de la baisse des rendements de la fortune gérée par les caisses de pension. Et depuis quelques années des pays se sont attelés à répondre à ces nouvelles exigences, notamment en haussant l'âge de la retraite, en accroissant les cotisations et en réduisant les promesses de prestations.

Mais, a souligné le prof. Dembinsky, nul ne semble vouloir prendre conscience du « virus » le plus dangereux ayant pollué nos systèmes de retraite, à savoir la part massivement accrue des placements en actions (en Suisse, près de 50 % des portefeuilles désormais alors qu'il y a vingt ans cette proportion s'élevait à 25 %) sur un marché dont tout laisse penser qu'il a été largement surévalué par les masses de liquidités qui l'ont envahi au cours des dernières décennies. Or l'estimation de ces actions à leur valeur boursière est incorporée au calcul du taux de couverture. A quand le réajustement ? Sera-t-il brutal ou ordonné ? Et surtout, dès lors, jusqu'où baisseront les taux de couverture des caisses de pension ?

Quelles leçons tirer de ces constats ?

Première leçon. Nous avons accordé une confiance aveugle à ces experts lorsqu'ils nous ont fait croire qu'ils étaient capables d'éliminer les incertitudes démographiques, économiques, financières et géopolitiques grâce à leurs modèles théoriques. Manifestement ces modèles ne sont pas plus fiables que durables. On ne saurait échapper à leur réévaluation tous les cinq à dix ans, à leur adaptation régulière à un environnement changeant. C'est le rôle du politique d'organiser et de mener ce changement. Un rôle délicat car celui-ci ne peut actuellement se traduire dans la population que par des renoncements et des sacrifices.

Deuxième leçon. En cédant à l'Etat providence notre responsabilité individuelle dans l'organisation de notre avenir nous avons commencé à vivre de manière insouciante, privilégiant la consommation immédiate et le crédit au détriment de l'épargne personnelle. Et dans le domaine des retraites nous découvrons l'illusion à laquelle nous avons succombé en faisant tout aussi aveuglément confiance aux « experts » qui promettaient que depuis les « trente glorieuses », dans nos pays développés, il était possible de garantir le maintien de la valeur du capital-retraite accumulé. En a découlé notre croyance en des prestations assurées.

Pierre Kunz

PS : il est utile d'attirer l'attention de ceux qui craignent pour l'avenir climatique de notre planète ; ils s'inquiètent en entendant les prévisions que font les « experts » à ce sujet ; or ces prévisions à 2050 et 2100 sont fondées sur les mêmes instruments que ceux utilisés pour les retraites : les modèles théoriques. Si ces experts sont incapables de fabriquer des modèles fiables sur une décennie en matière de retraites, comment leur faire confiance s'agissant des éléments extraordinairement complexes qui font le climat ?

 

 

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