21/01/2011

L'Asloca a raison ... sur un point, un seul

« La situation est désastreuse, explique Christian Grobet. Le nombre de logements construits est plus bas qu'il y a quinze ans. »

Dans cette affirmation, le chef de file de l'Asloca a raison et chacun le sait depuis longtemps. Il n'était pas besoin de convoquer une conférence de presse pour le répéter et souligner une nouvelle fois la part de responsabilité, incontestable, de nos autorités dans ce désastre.

Par contre, les « remèdes » que propose l'Asloca dans l'initiative législative qu'elle s'apprête à lancer pour « mettre un terme à la pénurie » valent que les médias s'en occupent et qu'on s'y arrête.  La première impression qu'on éprouve à l'écoute et à la lecture des informations que l'Asloca a communiquées à propos de son texte est que cette initiative ne se fonde pas sur une honnête ambition citoyenne. Elle ne constitue qu'une nouvelle illustration des opérations de marketing politique dites « pour la protection des locataires » que Genève connaît à intervalle régulier depuis un quart de siècle, généralement en période électorale.

A cet effet on désigne d'abord les coupables, à savoir les propriétaires, accusés du pire égoïsme, et les promoteurs qui, selon l'Asloca, vivent principalement de la spéculation. On s'emploie ensuite à attiser le ressentiment des victimes de la pénurie, en insistant sur les cas les plus émouvants. Enfin on s'astreint à faire croire aux locataires qu'en collectivisant partiellement le sol et le parc immobilier genevois, en renforçant le contrôle du prix des terrains et des loyers, en limitant la croissance économique et la création d'emplois, on extraira le secteur du logement locatif de la pénurie lancinante qui règne.

Mais voyons les conséquences des "recettes" de l'Asloca.

En quoi les multiples initiatives de tous types lancées par l'Asloca au cours des dernières décennies ont-elles favorisé les locataires ? Les promesses tenues par ses leaders, inscrites pour certaines dans la constitution, ont-elles permis d'accroître la construction de logements locatifs dans le canton ? En réalité, ne sont-ce pas ces initiatives qui contribué à freiner dramatiquement la production des habitations de tous types dont les Genevois ont besoin ? Au vu des lourdeurs législatives, techniques et bureaucratiques imposées peu à peu par l'Asloca et ses représentants politiques, les constructeurs n'ont-ils pas tout simplement été mis dans l'incapacité de faire leur métier ? Les investisseurs, institutionnels notamment, n'ont-ils pas finalement décidé de quitter par découragement un marché si corseté, si bizarre ?

Confrontés à ces constats, les Genevois se laisseront-ils cette fois aussi séduire par les discours simplistes et malthusiens ? Accepteront-ils à nouveau de suivre ceux qui, entre leurs œillères, n'envisagent l'avenir du canton que dans le conservatisme et le repli ?

Osons espérer au contraire qu'ils comprendront que la spéculation et la hausse des prix ne sont pas les causes de la pénurie de logements mais leurs conséquences. Osons espérer qu'ils sauront donc exprimer clairement leur refus de la démagogie et réclamer des autorités la mise en œuvre d'une nouvelle politique. Celle qui rendra enfin attractif pour les communes l'accueil de nouveaux habitants, celle qui réduira les innombrables entraves bureaucratiques à la construction, celle qui verra la mise à disposition (c'est possible sans massacrer la campagne et la production agricoles genevoises !) de terrains constructibles en suffisance et celle qui renforcera la densification là où les infrastructures le permettent.

Pierre Kunz

 

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