12/01/2011

La France ne s'ennuie plus, elle va mal.

 

"Pourquoi, en quelques mois, le capitalisme a-t-il failli ?" C'est sous ce titre accrocheur que France 2 avait programmé mardi dernier un film et un débat consacrés à la crise qui étreint le monde occidental depuis deux ans et à ses causes. Le reportage, retraçant les évènements qui se sont enchaînés depuis le milieu de 2007, s'est révélé plutôt intéressant et objectif.

Par contre le débat, censé aider les téléspectateurs à procéder à une synthèse des évènements relatés dans le film à propos de la période difficile que vivent les Etats européens et américain, est resté d'un niveau pitoyable. Pire, il a donné l'image d'un pays complètement incapable de s'inscrire dans les réalités d'un monde en profonde mutation. Ceux qui, voici quelques semaines, au moment des grandes manifestations de rue contre la réforme des retraites, se demandaient si la France avait encore un avenir, en ont tiré une conclusion définitive : non !

Comment en effet pourrait-il en être autrement dans un pays où une des plus grandes chaînes télévisuelles de l'Hexagone, sur un sujet réclamant mesure et raison, donne le plus long temps de parole à un meneur syndicaliste, Xavier Mathieu, immensément meurtri par son échec à préserver en France les emplois de l'entreprise Continental , aussi aveugle en matière économique et géopolitique qu'il est haineux des « nantis » ? Et, au prétexte qu'elle représente « la jeunesse française », à une lycéenne, au verbe certes agile mais incohérent, manifestement droguée culturellement au « service public » et à la bureaucratie ?

Les experts présents, Daniel Cohen et Erik Orsenna, ont eux fait illusion pendant quelques minutes en distillant leur « savoir » et en reconnaissant que les alternatives au capitalisme sont inexistantes même si le système se décline de multiples manières. Mais ô combien ils ont semblé pitoyables lorsqu'il est apparu qu'ils restreignaient la crise des pays occidentaux et les difficultés de la France aux seuls « excès de la finance internationale », aux bonus scandaleux des banquiers et au crédit facile !

Ô combien ils ont paru décalés lorsque les téléspectateurs se sont aperçus que, focalisés sur ces dérives désastreuses, certes, mais périphériques, ils passaient complètement sous silence dans leurs conclusions l'impact du libre-échangisme mondialisé, cette cause profonde, ce bouleversement colossal des équilibres économiques qui remet en cause depuis les années 1970 les privilèges séculaires de l'Occident et qui est la vraie source de ses difficultés ! Ô combien ils manquaient tout simplement du courage de dire aux Français que, dans ce monde nouveau terriblement concurrentiel, ils allaient devoir, comme leurs collègues des autres pays européens, apprendre à s'organiser mieux, à travailler de manière plus efficace parce qu'ils vivent au-dessus de leurs moyens et de ceux du pays.

Quant à Pierre Arditi, il reconnaissait qu'il n'avait pas grand-chose à dire sur des questions qui le dépassent. Il n'a pu s'empêcher pourtant d'étaler sa nostalgie des années 1950 dont il a manifestement oublié les dures réalités pour les clases les moins favorisées, puis de sombrer dans le pathos et cabotinage, si caractéristiques dans son milieu, en ventant les qualités de cœur du syndicaliste et de l'étudiante.

Dans cette galère, que pouvait faire l'ancien ministre Alain Madelin ? Rien. Discrédité par les privilèges aussi stupides que scandaleux des classes économiques et politiques dirigeantes auxquelles il appartient, par l'égoïsme et l'arrogance dont elles font preuve, il ne pouvait que supporter les sourires narquois et entendre les insultes de Xavier Mathieu. Lorsqu'il tentait dans ses propos d'apporter un peu de bon sens et de réalisme quant aux efforts à accomplir pour construire l'avenir, il n'a pu compter sur aucun soutien des deux économistes présents. Ni même bénéficier de la modération de l'animateur de l'émission, incapable de freiner la violence verbale du syndicaliste.

La France ne s'ennuie plus. Si sa télévision en est la représentation, elle va bien mal.

Pierre Kunz

 

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