29/12/2010

Ils ne savent même pas ce qui est dans la constitution actuelle !

Dès la fin octobre, nombre de constituants s'attendaient à passer un mauvais quart d'heure journalier sur la scène du Petit Casino. La Constituante avait, depuis le début de ses travaux, tellement accumulé de quolibets, de moqueries et de critiques qu'on devait s'attendre au pire. Pourtant, rien.

« Pourquoi n'est-il pas question de la Constituante dans la R'vue ? » A la question que lui posait récemment une journaliste de la RSR l'excellent Philipe Cohen a eu, en forme de dernier clou dans le cercueil, cette explication amusée : « Les constituants ne savent même pas ce qui figure dans la constitution actuelle ! » Est-ce vrai et faut-il vraiment que les constituants la connaissent dans le détail, pour accomplir leur mission ?

Osons une réponse claire : non ! Nombre d'élus connaissent le contenu de notre charte qui date du milieu de 19ème siècle. Mais cette connaissance reste sans grand intérêt car notre constitution ne forme plus qu'une caricature des fondements effectifs de la politique, des institutions et de l'ordre juridique genevois contemporains. Pourquoi ?

Principalement parce que le texte actuel est devenu un fourre-tout incohérent et anachronique, dans lequel figurent une multitude d'articles inutiles ou sans pertinence constitutionnelle. Ils sont nés pour la plupart au cours du dernier demi-siècle, principalement d'une foison d'initiatives populaires dont l'origine se situe non pas dans la raison et le droit mais dans le populisme et l'émotion. C'est le cas, par exemple, des articles traitant de la protection des locataires et de l'énergie, ce dernier étant même probablement incompatible avec le droit fédéral.

Ensuite parce que de notre constitution actuelle sont absentes des dispositions qui imprègnent pourtant fortement notre vivre-ensemble. Songeons  que notre charte ne dit rien, en particulier, de droits fondamentaux tels que la liberté syndicale, le respect de la dignité humaine, la liberté de l'art et de la culture, la protection de la sphère privée ou encore les droits de l'enfant.

Où donc les constituants doivent-ils rechercher leurs sources et puiser leur inspiration ?

D'abord bien sûr dans ce qu'on appelle « le droit supérieur », à savoir la constitution helvétique, la législation fédérale et les accords internationaux que notre pays a conclus, une constitution, une législation et des accords qui obligent évidemment tous les cantons. Par ailleurs nombre de cantons suisses ont, au cours des trois dernières décennies, révisé leur constitution. Ces textes donnent donc une référence autrement plus attrayante que la constitution fazyste. Ils mettent en évidence les éléments essentiels de la charte d'un canton moderne.

Pourtant c'est dans la veine de leur idéaux, de leurs convictions, de leur expérience de vie et de leurs projets de société que les constituants trouvent l'essentiel de leurs  ambitions pour Genève. C'est l'expression et la confrontation de ces idées, les synthèses qui en seront dégagées, les compromis auxquels l'Assemblée plénière aboutira, qui donneront naissance à la future constitution genevoise.

On nous rappelle souvent que c'est en connaissant son passé et ses racines que l'Homme est capable de se dessiner un futur. Mais à l'évidence, c'est dans le cœur et la tête de ses citoyens, c'est dans « l'esprit de Genève », dans sa manière incomparable de tisser des liens entre les populations, les cultures, les religions qui en font le dynamisme et la richesse, que la communauté genevoise forge décennie après décennie son avenir. C'est ce génie, si caractéristique de la cité du bout du lac, que doit refléter notre future constitution. Dès lors les articles de celle qui a tant vieilli ne présentent plus guère d'intérêt.

Pierre Kunz, constituant

 

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26/12/2010

Bill Gates et la qualité de l'enseignement III

Dans les propositions de Bill Gates relatives aux moyens d'améliorer la qualité et l'efficacité de l'enseignement (cf. les tranches antérieures I et II de ce billet), c'est la question de l'évaluation qui soulève le plus de craintes et de commentaires. Nul ne sera surpris d'apprendre que ces mêmes propositions ont aussi causé bien des remous au sein du corps enseignant américain qui, dans le domaine, bénéficie comme chez nous de la garantie de l'emploi et qui, lui non plus, ne fait pas l'objet d'une évaluation régulière de ses prestations.

Pourtant, au-delà de l'océan, les choses commencent à bouger. Pourquoi ? Parce qu'on y réalise de plus en plus clairement que les dépenses engendrées par le système scolaire de l'Oncle Sam sont sans rapport avec son efficience. Parce qu'on y admet chaque jour davantage que dans des pays aussi variés que la Finlande, la Chine, la Corée ou Singapour les élèves et les étudiants sortent de l'enseignement mieux armés que la jeunesse américaine pour affronter les exigence de la vie professionnelle. Chez nous, à Genève, les observateurs objectifs sont parvenus depuis longtemps aux mêmes conclusions, même si manifestement la situation « est moins pire qu'aux USA ».

Les attitudes changent aussi parce que les syndicats du pays reconnaissent désormais ouvertement le manque d'homogénéité qualitative des maîtres et des professeurs et qu'ils ont pris conscience du handicap que représentent, dans l'amélioration des performances des écoles, des collèges et des universités, l'absence d'évaluation et la garantie inconditionnelle de l'emploi. « Il est stupéfiant à mes yeux, souligne Mme Randi Weingarten, présidente de la Fédération américaine des enseignants, que l'on porte si peu d'attention à de ce qui fait un bon maître, à sa manière de tenir sa classe, à sa capacité de maintenir l'attention, l'intérêt et l'enthousiasme des élèves. Comment avons-nous pu, si longtemps, nous abstenir de rechercher comment aider nos maîtres à être meilleurs ? »

Dans un entretien avec Bill Gates (Newsweek, 27 décembre 2010), Mme Weingarten note qu'en « Finlande, par exemple, le recrutement des maîtres fait l'objet d'une véritable sélection. La hiérarchie soutient par la suite en permanence les enseignants, dégagent régulièrement avec eux le bilan de leur enseignement. Ces derniers sont en effet annuellement évalués, ils sont confrontés lors d'entretiens périodiques avec leurs forces et leurs faiblesses, dans le but d'améliorer la qualité de leur travail et les performances de leur classe. Ceux dont le niveau reste insatisfaisant sont incités à changer de métier. C'est cette gestion des ressources humaines et cette méthodologie que nous promouvons désormais, à l'image de ce qui existe dans pratiquement toutes les autres professions ».

« Evidemment, souligne Bill Gates dans le même entretien, cette démarche impose qu'en collaboration avec les directions scolaires, les syndicats d'enseignants élaborent un bon système d'évaluation, fondé sur une multiplicité de critères. Mesurer la performance des instituteurs sur la seule analyse des résultats des élèves n'est en effet pas pertinent.  Les avis des pairs et des élèves doivent faire partie des critères, comme l'utilisation des technologies modernes telles que les enregistrements vidéo du travail en classe ».

Dans notre canton, les directions scolaires et les syndicats d'enseignants doivent s'inspirer de l'évolution décrite ici. Et pour améliorer l'efficacité de notre enseignement public les acteurs pourraient commencer par oublier quelque peu la pédagogie et se concentrer sur les moyens de redonner au maître sa liberté et son rôle de mentor.

Pierre Kunz

 

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21/12/2010

Budget cantonal : plus ça change et plus c'est toujours ...

Une fois de plus l'adoption du budget de fonctionnement de l'Etat de Genève a donné l'occasion aux partis politiques, aux médias et aux autorités du canton l'occasion de « faire frissonner » le canton. Pensez donc, à cause de quelques élus contestataires Genève pourrait de ne pas avoir de budget l'an prochain !

Cette comédie a répondu aux règles théâtrales habituelles. Le Conseil d'Etat se déclarait, pour justifier son projet de budget fortement déséquilibré, « sincèrement préoccupé » par la situation économique du canton. La gauche du Grand Conseil s'affichait « sincèrement préoccupée » par la situation des associations de tous ordres qui, selon les Verts et le PS, jouent un rôle déterminant parmi les citoyens les moins bien lotis du canton et qui manqueraient « cruellement » des moyens nécessaires à l'accomplissement de leur mission. Quant à la droite de ce même Grand Conseil, elle se prétendait « sincèrement préoccupée » par l'endettement public et se disait peu encline à voter un budget déficitaire sans en mettre les dépenses envisagées en question.

Une pièce de théâtre bien rodée, jouée comme chaque année sans considération pour les engagements pris ni pour les enjeux politiques, sociaux et économiques réels. En conséquence, comme d'habitude, le projet de loi présenté par le Conseil d'Etat a été finalement accepté, pratiquement sans changements, par une large majorité des députés vendredi dernier. Tous les acteurs après avoir longuement débattu de détails et de broutilles, se sont félicités d'avoir su trouver, « dans l'intérêt des Genevois », des compromis acceptables par presque tous les groupes parlementaires.

Or quels sont les faits ?

En 2006 le gouvernement s'était engagé à respecter un plan financier quadriennal annoncé en grandes pompes. Celui-ci prévoyait que l'accroissement des charges serait sévèrement contrôlé, que les nouvelles exigences de la gestion de l'Etat seraient assurées, déclarait M. David Hiler, « par des gains d'efficience en agissant sur les effectifs et sur les dépenses générales ». En 2005 les charges de fonctionnement ont totalisé 6570 millions de francs et il était planifié qu'en 2009 elles auraient augmenté de 4,9 %. Elles s'élèveraient donc à 6890 millions de francs. Or le chiffre qui est ressorti des comptes 2009 est 7832 millions, soit un écart sur la cible de 942 millions. Même en considérant que cette différence inclut un montant non négligeable de provisions et de dépenses nouvelles transférées depuis 2008 par la Confédération on reste confondu face à ce dérapage de près d'un milliard de francs.

L'évolution des subventions accordées aux associations et aux établissements publics est particulièrement révélatrice. En 2005 leur total s'élevait à 2915 millions de francs. Selon le plan du gouvernement ces subventions ne devaient pas croître lors des années suivantes de plus de 1,8 % annuellement. En 2009 elles étaient donc censées atteindre au maximum 3115 millions de francs. En réalité, les comptes de cet exercice ont montré qu'elles avaient dépassé 3556 millions de francs. Soit un dépassement de 441 millions  par rapport à la cible !

Nonobstant ce constat d'échec, confirmé par les chiffres provisoires relatifs à 2010, le gouvernement a ouvert pour 2011 la vanne des dépenses et repris le chemin des déficits et de l'endettement public, déjà le plus élevé de Suisse. Tout cela au motif, prétentieux et vain dans un territoire comme Genève, si petit et si amplement dépendant de l'environnement mondial, de « soutenir l'économie locale et d'améliorer les conditions-cadres ». Il convient dans ce contexte de mettre en exergue le milliard de francs que le Conseil d'Etat entend, comme en 2010, libérer en investissements. On connaît le gaspillage des ressources que ce type « d'arrosage » peut occasionner. Par exemple, en octobre dernier, le remplacement totalement inutile du revêtement de la route de Laconnex qui était en parfait état.

L'engagement de près de 900 nouveaux fonctionnaires est tout aussi contestable. Pas au prétexte que ces forces nouvelles sont inutiles dans la police et au sein des HUG. Mais parce que, en dépit des engagements pris par M. Hiler et ses collègues en 2006 d'améliorer l'efficacité de l'administration publique, le nombre des postes n'a cessé de croître depuis dans les autres services. Or Genève, chacun le sait, entretient déjà la fonction publique la plus lourde et la plus coûteuse de Suisse.

Pourquoi, si cela est avéré, le Grand Conseil a-t-il accepté le budget 2011 ? A cause partiellement des recettes fiscales exceptionnelles enregistrées ces dernières années, des recettes qui ont endormi la vigilance de l'ensemble de nos autorités. Mais la réponse découle surtout de l'absence d'opposition sérieuse au sein de notre parlement. Peut-on attendre des députés socialistes, Verts, radicaux, libéraux et PDC, dont les partis sont tous représentés au gouvernement, qu'ils contestent le travail et les ambitions politiques de leurs collègues conseillers d'Etat et de leurs familles politiques ? Evidemment non. Alors la rigueur budgétaire qu'imposent la dette publique cantonale, la crise économique mondiale, les engagements, notamment ceux pris à l'égard des générations futures, ... au diable ! D'autant que des échéances électorales communales et nationales attendent l'an prochain des citoyens qu'il ne faudrait pas brusquer.

Au vu des mœurs politiques genevoises, si peu raisonnables, on comprend que la Constituante ait décidé d'imposer, au niveau constitutionnel, le frein aux dépenses qui a fait ses preuves ailleurs en Suisse.

Pierre Kunz, constituant

 

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15/12/2010

Europe, quel Winston Churchill moderne ... ?

Quand, après l'effondrement du bloc soviétique, Francis Fukuyama a annoncé dans un ouvrage encore souvent cité « la fin de l'Histoire », il a suscité maintes critiques. Parce qu'on l'a mal comprise, on a notamment beaucoup reproché au philosophe et politologue américain sa conviction selon laquelle l'Histoire s'achevait puisque la société moderne, mondialisée, exempte des contradictions qui affectent toutes les autres, avait atteint le stade le plus élevé d'organisation sociale. Le libéralisme et la démocratie avaient définitivement triomphé.

Les lecteurs attentifs avaient pourtant bien vus que pour Fukuyama cette planète démocratisée et libérale, si elle amenait effectivement la fin des combats idéologiques, n'en contenait pas moins les germes d'une lutte sans merci d'un autre ordre. Celle qui a commencé à opposer dès les années 1970 d'une part les peuples nantis, matérialistes, sécuritaires, égalitaristes, areligieux et ceux, d'autre part, mus par la foi, l'héroïsme, le travail, le besoin de reconnaissance.

Vingt ans après la publication de La Fin de l'Histoire et le dernier homme, une artiste italienne qui s'exprimait il y peu sur les ondes de la RSR, a eu cette formule cinglante : « L'Europe est enfoncée irrémédiablement dans le consumérisme et le matérialisme. Pour elle, c'est la fin de l'Histoire ».

Impossible de rester insensible à cette affirmation. Difficile même de la relativiser, tant les problèmes de notre continent sont considérables, tant son quotidien n'est plus fait que de petites histoires tragi-comiques, tant son futur semble sombre, tant est affligeante l'image de jongleurs et de funambules que projettent ses dirigeants politiques, tant paraît pathétique le refus obstiné des citoyens, imbibés de loisirs, de « people », de facilité, de promesses intenables et d'égalitarisme, d'accepter la rigueur, les renoncements et les efforts requis par les mutations amenées par le monde nouveau.

Et comment ne pas être frappé par l'aveuglement de nos sociétés industrialisées qui passent à côté d'un constat à la portée pourtant de chacun ? C'est l'épargne et le labeur des peuples regroupés  il y peu encore sous le label « Tiers monde » ou « Sud sous-développé » qui aujourd'hui sont leurs créanciers. Stupéfiant renversement : ce sont leurs anciennes colonies qui fournissent désormais aux habitants et aux Etats des ex-puissances européennes la possibilité de vivre à crédit, au-dessus de leurs moyens.

Jusqu'à quand allons-nous laisser notre matérialisme exacerbé, notre soif de loisirs, notre culture des droits acquis, notre égalitarisme insensé nous enfoncer dans le piège de la dépendance ? Allons-nous longtemps encore refuser de voir que les pays émergents, la Chine notamment, Singapour et l'Inde aussi, ont entrepris, moyennant une stratégie savamment orchestrée, d'utiliser les gigantesques ressources qu'ils ont accumulées pour prendre peu à peu, profitant de notre faiblesse, le contrôle des ressources naturelles de la planète, des infrastructures et des appareils de production des pays européens ?

Quel Winston Churchill moderne aura le courage d'expliquer honnêtement et avec suffisamment de persuasion aux manifestants français, aux étudiants anglais, aux fonctionnaires grecs, aux buveurs de bière irlandais ou encore aux ouvriers du bâtiment portugais qu'ils ne pourront échapper aux conséquences de leur boulimie consumériste et de droits sociaux ? Qui leur fera comprendre la nécessité d'accepter les programmes d'économies drastiques concoctés par les grands argentiers du monde en contrepartie du respect des fondements de la saine gestion privée et publique et du renoncement aux mirages du crédit et de la démagogie ? Qui parviendra à les convaincre que l'alternative à ces mesures ne peut prendre que la forme du défaut, de la banqueroute, de sacrifices d'autant plus lourds qu'ils auront été retardés plus longtemps ?

Pierre Kunz

 

18:33 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

10/12/2010

Lorsque l'intégrisme Vert tue l'emploi

La désignation récente d'Antonio Hodgers à la présidence du groupe parlementaire des Verts rassure. Même si, dans la Berne fédérale comme dans les législatifs cantonaux, le pouvoir d'un chef de groupe reste modeste il n'en reflète pas moins l'état des forces au sein d'une députation. Or Antonio Hodgers n'a heureusement rien de commun avec les excités et les intégristes suisses alémaniques sévissant au parlement national.

Sous l'influence de ces promoteurs de la décroissance les Verts ont plus d'une fois, au cours des dernières années, amenés les Helvêtes à succomber aux peurs infondées et prendre des chemins douteux. Ce fut par exemple le cas avec la soi-disant « mort des forêts », dans le domaine des OGM et dans celui de la recherche embryonnaire.

Cette attitude n'est évidemment pas propre au mouvement écologiste de notre pays. On connaît le rôle dévastateur que jouent les Verts français, plongés dans les pires défaillances intellectuelles en matière agricole et celui des « Gruene » germaniques dans le secteur des énergies. Mais on ne savait pas que les Verts italiens, étaient capables pour leur part de mener des campagnes pouvant paralyser, pour des motifs absurdes, l'activité économique d'une région.

C'est un joli petit village de pêcheurs, localisé près de Naples mais totalement soustrait aux influences mafieuses, qui s'est trouvé victime de l'opération « de protection environnementale » lancée par les écologistes de la botte, opération heureusement dénoncée il y a peu par une partie de la presse. Il s'agit de Torre del Greco. Les habitants de ce village vivent depuis le 16ème siècle de l'exploitation des ressources coralliennes que leur offre la mer voisine.

Tout a changé récemment, lorsque les Verts italiens ont convaincu plusieurs des principaux joailliers clients - Tiffany's et Paloma Picasso en particulier - de renoncer à vendre les bijoux en corail rouge de Torre del Greco au prétexte que « les pêcheurs du village, par leur surpêche, épuiseraient ces ressources naturelles ». Résultat ? La production locale de bijouterie et de joaillerie a quasiment cessé.

Or les affirmations des Verts sont tout simplement fausses. Consultés, les experts des Nations-Unies et ceux de la Convention sur le commerce international sur les espèces en danger n'ont en effet conclu à aucune menace pour la durabilité du corail méditerranéen, un corail faisant l'objet d'une régulation séculaire et récolté par des procédés artisanaux. L'exploitation de cette ressource naturelle - qui n'a rien de commun avec celle de la grande barrière de corail, effectivement en danger - telle qu'elle est conduite depuis toujours, ne nuit pas davantage, selon les spécialistes, à la biodiversité.

La mise à ban du corail rouge de Méditerranée éclaire d'une lumière crue les dérives auxquelles peuvent conduire l'idéologie, l'intégrisme et tout simplement le manque d'honnêteté intellectuelle.  Le doute et la rigueur scientifiques, s'agissant de la réflexion que nous avons à mener au sujet de la conservation des ressources naturelles de la planète et de l'avenir de celle-ci, doivent seuls en former le cadre analytique et décisionnel. Les tabous, l'émotion, les généralisations hâtives, les réflexions partielles, le « principe de précaution », ne sauraient leur servir de substituts.

Pierre Kunz

 

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08/12/2010

Bill Gates et la qualité de l'enseignement (II)

Les commentaires exprimés au sujet du billet relatant les idées de Bill Gates (cf notre billet d'hier) à propos de la qualité de l'enseignement montrent que ce dernier ne fait pas l'unanimité. Il fallait s'y attendre. Il reste tout de même surprenant de devoir constater, une fois de plus, combien d'une manière générale nous peinons à renouveler les idées que nous avons ancrées dans nos esprit, combien il nous est difficile de porter un regard neuf sur ce qui fait notre quotidien.

Le premier des arguments invoqués par les critiques de Bill Gates concerne l'évaluation régulière à laquelle il conviendrait de soumettre régulièrement les enseignants. André Duval, en particulier, ne croit pas à la possibilité pratique de jauger périodiquement la qualité du travail des maîtres et des professeurs.

On répondra aux sceptiques en commençant par leur faire remarquer que dans le secteur privé, que ce soit en Suisse ou ailleurs dans le monde, les enseignants font l'objet d'une telle évalutation, que celle-ci détermine au moins en partie leur niveau de rémunération et leur avancement. Pourquoi ne pourrait-il en aller de même dans le secteur public genevois sinon pour des motifs liés à la garantie de l'emploi et de l'échelle des rémunérations, motifs qui, il faut bien l'avouer, rendent vains cette évaluation ?

Nonobstant cet aspect de la question on ne voit pas pourquoi il devrait aller de soi pour un chef d'entreprise, quel que soit son domaine d'activité (administration, marketing, publicité, recherche, industrie, etc.), de disposer des instruments requis pour évaluer la qualité du travail de ses collaborateurs alors qu'un directeur de collège ou d'école en serait privé par définition. Même au sein de la fonction publique, si on en avait l'ambition, on pourrait développer le tableau des critères nécessaires à l'évaluation des membres du corps enseignant. Les pays du nord de l'Europe, la Suède en particulier, ont élaboré un tel instrumentarium et l'utilisent avec efficacité et équité.

La deuxième cause de contestation se situe dans la mesure visant à renoncer à ce que Bill Gates appelle la prime à la "séniorité", c'est- à-dire à un mode de rémunération favorisant par principe les enseignants âgés au détriment  des maîtres plus jeunes, cela sans égard pour la qualité du travail des uns et des autres.

Bill Gates leur apporte une réponse très pratique sous forme de question : à qui viendrait-il l'idée de rémunérer son garagiste, son banquier, son conseiller en publicité, sa femme de ménage ou encore le précepteur de ses enfants en fonction de l'âge de ce dernier ? D'ailleurs dans les entreprises privées l'ancienneté est reconnue de manière sonnante et trébuchante seulement lorsqu'elle s'accompagne d'un savoir-faire, d'une expérience que ne possède pas l'employé plus jeune.

Certains prétendent que la garantie de l'emploi et de l'échelle de rémunération fait partie intégrante des avantages de ce qu'il est convenu d'appeler "le satut de la fonction publique" et que les enseignants n'en sont pas les seuls bénéficiaires. C'est vrai. Mais on ne peut manquer sur ce point de de se demander si ce satut, bien peu équitable pour les intéressés et particulièrement coûteux pour la collectivité, ne produit pas ses effets les plus discutables s'agissant du corps enseignant et de leurs élèves.

Pierre Kunz

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07/12/2010

Bill Gates et la qualité de l'enseignement

Les propos que le fondateur de Microsoft a tenu récemment à propos de la qualité de l'enseignement public aux USA méritent d'être rapportés. Ils valent en effet aussi pour le reste du monde occidental, la Suisse en particulier. La "remontée" de la Suisse au classement Pisa, s'agissant du primaire, ne change rien au constat général que toutes les filières de l'enseignement souffre d'un manque de qualité et d'efficacité évident.

D'où proviennent ces insuffisances ? Selon Bill Gates ils ont pour origine ce qu'il appelle la prime à la "séniorité". A savoir la promotion des enseignants non pas sur la base de leur qualité mais en fonction de leur ancienneté. A savoir aussi la garantie inconditionnelle de l'emploi, l'absence quasi absolue de toute évaluation périodique des performances des enseignants et de tout avancement salarial et professionnel selon le mérite de chacun.

Avec quels résultats ? Un système scolaire excessivement coûteux, dans lequel le mauvais maître est mieux rémunéré que le bon parce qu'il approche de l'âge de la retraite et où le jeune professeur engagé et motivé est forcé d'attendre le passage du temps sans espoir de voir la progression de son revenu accélérée. Un sytème dans lequel une place considérable est réservée aux instituteurs et aux professeurs ne répondant pas ou plus aux exigences d'une pédagogie efficace et enthousismante pour les élèves et les étudiants.

En Suisse, à Genève en particulier, s'ajoute à cette image désolante la faiblesse de la hiérarchie et de la bureaucratie scolaires. Chaque année davantage, elles cèdent à la pression des parents et de leurs avocats (!), contribuant ainsi à affaiblir les enseignants dans leur rôle de mentor, de "maître" aux yeux de la classe.

Bill Gates a personnellement déboursé plus de 2 milliards de $ au début des années 1990 pour financer le démembrement de certaines high schools américaines devenues aussi tentaculaires qu'ingérables. Il a dû se rendre à l'évidence, la qualité des nouveaux établissements ne s'est guère améliorée à cause du conservatisme et du corporatisme ambiants. Il reste donc assez pessimiste s'agissant de l'amélioration des filières de l'enseignement public dans son pays.

Comment pourrions-nous être plus optimistes sur le Vieux continent ? Rassemblés chez nous comme ailleurs dans des syndicats puissants, qui disposent à tout moment de la capacité de "prendre les élèves en otages", les enseigants effraient le monde politique. Les échéances électorales qui se succèdent à un rythme rapide ne l'incitent guère à affronter le corps enseignant et les problèmes qualitatifs et financiers qu'ils pose.

Pierre Kunz

 

 

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