26/12/2010

Bill Gates et la qualité de l'enseignement III

Dans les propositions de Bill Gates relatives aux moyens d'améliorer la qualité et l'efficacité de l'enseignement (cf. les tranches antérieures I et II de ce billet), c'est la question de l'évaluation qui soulève le plus de craintes et de commentaires. Nul ne sera surpris d'apprendre que ces mêmes propositions ont aussi causé bien des remous au sein du corps enseignant américain qui, dans le domaine, bénéficie comme chez nous de la garantie de l'emploi et qui, lui non plus, ne fait pas l'objet d'une évaluation régulière de ses prestations.

Pourtant, au-delà de l'océan, les choses commencent à bouger. Pourquoi ? Parce qu'on y réalise de plus en plus clairement que les dépenses engendrées par le système scolaire de l'Oncle Sam sont sans rapport avec son efficience. Parce qu'on y admet chaque jour davantage que dans des pays aussi variés que la Finlande, la Chine, la Corée ou Singapour les élèves et les étudiants sortent de l'enseignement mieux armés que la jeunesse américaine pour affronter les exigence de la vie professionnelle. Chez nous, à Genève, les observateurs objectifs sont parvenus depuis longtemps aux mêmes conclusions, même si manifestement la situation « est moins pire qu'aux USA ».

Les attitudes changent aussi parce que les syndicats du pays reconnaissent désormais ouvertement le manque d'homogénéité qualitative des maîtres et des professeurs et qu'ils ont pris conscience du handicap que représentent, dans l'amélioration des performances des écoles, des collèges et des universités, l'absence d'évaluation et la garantie inconditionnelle de l'emploi. « Il est stupéfiant à mes yeux, souligne Mme Randi Weingarten, présidente de la Fédération américaine des enseignants, que l'on porte si peu d'attention à de ce qui fait un bon maître, à sa manière de tenir sa classe, à sa capacité de maintenir l'attention, l'intérêt et l'enthousiasme des élèves. Comment avons-nous pu, si longtemps, nous abstenir de rechercher comment aider nos maîtres à être meilleurs ? »

Dans un entretien avec Bill Gates (Newsweek, 27 décembre 2010), Mme Weingarten note qu'en « Finlande, par exemple, le recrutement des maîtres fait l'objet d'une véritable sélection. La hiérarchie soutient par la suite en permanence les enseignants, dégagent régulièrement avec eux le bilan de leur enseignement. Ces derniers sont en effet annuellement évalués, ils sont confrontés lors d'entretiens périodiques avec leurs forces et leurs faiblesses, dans le but d'améliorer la qualité de leur travail et les performances de leur classe. Ceux dont le niveau reste insatisfaisant sont incités à changer de métier. C'est cette gestion des ressources humaines et cette méthodologie que nous promouvons désormais, à l'image de ce qui existe dans pratiquement toutes les autres professions ».

« Evidemment, souligne Bill Gates dans le même entretien, cette démarche impose qu'en collaboration avec les directions scolaires, les syndicats d'enseignants élaborent un bon système d'évaluation, fondé sur une multiplicité de critères. Mesurer la performance des instituteurs sur la seule analyse des résultats des élèves n'est en effet pas pertinent.  Les avis des pairs et des élèves doivent faire partie des critères, comme l'utilisation des technologies modernes telles que les enregistrements vidéo du travail en classe ».

Dans notre canton, les directions scolaires et les syndicats d'enseignants doivent s'inspirer de l'évolution décrite ici. Et pour améliorer l'efficacité de notre enseignement public les acteurs pourraient commencer par oublier quelque peu la pédagogie et se concentrer sur les moyens de redonner au maître sa liberté et son rôle de mentor.

Pierre Kunz

 

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