21/12/2010

Budget cantonal : plus ça change et plus c'est toujours ...

Une fois de plus l'adoption du budget de fonctionnement de l'Etat de Genève a donné l'occasion aux partis politiques, aux médias et aux autorités du canton l'occasion de « faire frissonner » le canton. Pensez donc, à cause de quelques élus contestataires Genève pourrait de ne pas avoir de budget l'an prochain !

Cette comédie a répondu aux règles théâtrales habituelles. Le Conseil d'Etat se déclarait, pour justifier son projet de budget fortement déséquilibré, « sincèrement préoccupé » par la situation économique du canton. La gauche du Grand Conseil s'affichait « sincèrement préoccupée » par la situation des associations de tous ordres qui, selon les Verts et le PS, jouent un rôle déterminant parmi les citoyens les moins bien lotis du canton et qui manqueraient « cruellement » des moyens nécessaires à l'accomplissement de leur mission. Quant à la droite de ce même Grand Conseil, elle se prétendait « sincèrement préoccupée » par l'endettement public et se disait peu encline à voter un budget déficitaire sans en mettre les dépenses envisagées en question.

Une pièce de théâtre bien rodée, jouée comme chaque année sans considération pour les engagements pris ni pour les enjeux politiques, sociaux et économiques réels. En conséquence, comme d'habitude, le projet de loi présenté par le Conseil d'Etat a été finalement accepté, pratiquement sans changements, par une large majorité des députés vendredi dernier. Tous les acteurs après avoir longuement débattu de détails et de broutilles, se sont félicités d'avoir su trouver, « dans l'intérêt des Genevois », des compromis acceptables par presque tous les groupes parlementaires.

Or quels sont les faits ?

En 2006 le gouvernement s'était engagé à respecter un plan financier quadriennal annoncé en grandes pompes. Celui-ci prévoyait que l'accroissement des charges serait sévèrement contrôlé, que les nouvelles exigences de la gestion de l'Etat seraient assurées, déclarait M. David Hiler, « par des gains d'efficience en agissant sur les effectifs et sur les dépenses générales ». En 2005 les charges de fonctionnement ont totalisé 6570 millions de francs et il était planifié qu'en 2009 elles auraient augmenté de 4,9 %. Elles s'élèveraient donc à 6890 millions de francs. Or le chiffre qui est ressorti des comptes 2009 est 7832 millions, soit un écart sur la cible de 942 millions. Même en considérant que cette différence inclut un montant non négligeable de provisions et de dépenses nouvelles transférées depuis 2008 par la Confédération on reste confondu face à ce dérapage de près d'un milliard de francs.

L'évolution des subventions accordées aux associations et aux établissements publics est particulièrement révélatrice. En 2005 leur total s'élevait à 2915 millions de francs. Selon le plan du gouvernement ces subventions ne devaient pas croître lors des années suivantes de plus de 1,8 % annuellement. En 2009 elles étaient donc censées atteindre au maximum 3115 millions de francs. En réalité, les comptes de cet exercice ont montré qu'elles avaient dépassé 3556 millions de francs. Soit un dépassement de 441 millions  par rapport à la cible !

Nonobstant ce constat d'échec, confirmé par les chiffres provisoires relatifs à 2010, le gouvernement a ouvert pour 2011 la vanne des dépenses et repris le chemin des déficits et de l'endettement public, déjà le plus élevé de Suisse. Tout cela au motif, prétentieux et vain dans un territoire comme Genève, si petit et si amplement dépendant de l'environnement mondial, de « soutenir l'économie locale et d'améliorer les conditions-cadres ». Il convient dans ce contexte de mettre en exergue le milliard de francs que le Conseil d'Etat entend, comme en 2010, libérer en investissements. On connaît le gaspillage des ressources que ce type « d'arrosage » peut occasionner. Par exemple, en octobre dernier, le remplacement totalement inutile du revêtement de la route de Laconnex qui était en parfait état.

L'engagement de près de 900 nouveaux fonctionnaires est tout aussi contestable. Pas au prétexte que ces forces nouvelles sont inutiles dans la police et au sein des HUG. Mais parce que, en dépit des engagements pris par M. Hiler et ses collègues en 2006 d'améliorer l'efficacité de l'administration publique, le nombre des postes n'a cessé de croître depuis dans les autres services. Or Genève, chacun le sait, entretient déjà la fonction publique la plus lourde et la plus coûteuse de Suisse.

Pourquoi, si cela est avéré, le Grand Conseil a-t-il accepté le budget 2011 ? A cause partiellement des recettes fiscales exceptionnelles enregistrées ces dernières années, des recettes qui ont endormi la vigilance de l'ensemble de nos autorités. Mais la réponse découle surtout de l'absence d'opposition sérieuse au sein de notre parlement. Peut-on attendre des députés socialistes, Verts, radicaux, libéraux et PDC, dont les partis sont tous représentés au gouvernement, qu'ils contestent le travail et les ambitions politiques de leurs collègues conseillers d'Etat et de leurs familles politiques ? Evidemment non. Alors la rigueur budgétaire qu'imposent la dette publique cantonale, la crise économique mondiale, les engagements, notamment ceux pris à l'égard des générations futures, ... au diable ! D'autant que des échéances électorales communales et nationales attendent l'an prochain des citoyens qu'il ne faudrait pas brusquer.

Au vu des mœurs politiques genevoises, si peu raisonnables, on comprend que la Constituante ait décidé d'imposer, au niveau constitutionnel, le frein aux dépenses qui a fait ses preuves ailleurs en Suisse.

Pierre Kunz, constituant

 

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