15/12/2010

Europe, quel Winston Churchill moderne ... ?

Quand, après l'effondrement du bloc soviétique, Francis Fukuyama a annoncé dans un ouvrage encore souvent cité « la fin de l'Histoire », il a suscité maintes critiques. Parce qu'on l'a mal comprise, on a notamment beaucoup reproché au philosophe et politologue américain sa conviction selon laquelle l'Histoire s'achevait puisque la société moderne, mondialisée, exempte des contradictions qui affectent toutes les autres, avait atteint le stade le plus élevé d'organisation sociale. Le libéralisme et la démocratie avaient définitivement triomphé.

Les lecteurs attentifs avaient pourtant bien vus que pour Fukuyama cette planète démocratisée et libérale, si elle amenait effectivement la fin des combats idéologiques, n'en contenait pas moins les germes d'une lutte sans merci d'un autre ordre. Celle qui a commencé à opposer dès les années 1970 d'une part les peuples nantis, matérialistes, sécuritaires, égalitaristes, areligieux et ceux, d'autre part, mus par la foi, l'héroïsme, le travail, le besoin de reconnaissance.

Vingt ans après la publication de La Fin de l'Histoire et le dernier homme, une artiste italienne qui s'exprimait il y peu sur les ondes de la RSR, a eu cette formule cinglante : « L'Europe est enfoncée irrémédiablement dans le consumérisme et le matérialisme. Pour elle, c'est la fin de l'Histoire ».

Impossible de rester insensible à cette affirmation. Difficile même de la relativiser, tant les problèmes de notre continent sont considérables, tant son quotidien n'est plus fait que de petites histoires tragi-comiques, tant son futur semble sombre, tant est affligeante l'image de jongleurs et de funambules que projettent ses dirigeants politiques, tant paraît pathétique le refus obstiné des citoyens, imbibés de loisirs, de « people », de facilité, de promesses intenables et d'égalitarisme, d'accepter la rigueur, les renoncements et les efforts requis par les mutations amenées par le monde nouveau.

Et comment ne pas être frappé par l'aveuglement de nos sociétés industrialisées qui passent à côté d'un constat à la portée pourtant de chacun ? C'est l'épargne et le labeur des peuples regroupés  il y peu encore sous le label « Tiers monde » ou « Sud sous-développé » qui aujourd'hui sont leurs créanciers. Stupéfiant renversement : ce sont leurs anciennes colonies qui fournissent désormais aux habitants et aux Etats des ex-puissances européennes la possibilité de vivre à crédit, au-dessus de leurs moyens.

Jusqu'à quand allons-nous laisser notre matérialisme exacerbé, notre soif de loisirs, notre culture des droits acquis, notre égalitarisme insensé nous enfoncer dans le piège de la dépendance ? Allons-nous longtemps encore refuser de voir que les pays émergents, la Chine notamment, Singapour et l'Inde aussi, ont entrepris, moyennant une stratégie savamment orchestrée, d'utiliser les gigantesques ressources qu'ils ont accumulées pour prendre peu à peu, profitant de notre faiblesse, le contrôle des ressources naturelles de la planète, des infrastructures et des appareils de production des pays européens ?

Quel Winston Churchill moderne aura le courage d'expliquer honnêtement et avec suffisamment de persuasion aux manifestants français, aux étudiants anglais, aux fonctionnaires grecs, aux buveurs de bière irlandais ou encore aux ouvriers du bâtiment portugais qu'ils ne pourront échapper aux conséquences de leur boulimie consumériste et de droits sociaux ? Qui leur fera comprendre la nécessité d'accepter les programmes d'économies drastiques concoctés par les grands argentiers du monde en contrepartie du respect des fondements de la saine gestion privée et publique et du renoncement aux mirages du crédit et de la démagogie ? Qui parviendra à les convaincre que l'alternative à ces mesures ne peut prendre que la forme du défaut, de la banqueroute, de sacrifices d'autant plus lourds qu'ils auront été retardés plus longtemps ?

Pierre Kunz

 

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