08/12/2010

Bill Gates et la qualité de l'enseignement (II)

Les commentaires exprimés au sujet du billet relatant les idées de Bill Gates (cf notre billet d'hier) à propos de la qualité de l'enseignement montrent que ce dernier ne fait pas l'unanimité. Il fallait s'y attendre. Il reste tout de même surprenant de devoir constater, une fois de plus, combien d'une manière générale nous peinons à renouveler les idées que nous avons ancrées dans nos esprit, combien il nous est difficile de porter un regard neuf sur ce qui fait notre quotidien.

Le premier des arguments invoqués par les critiques de Bill Gates concerne l'évaluation régulière à laquelle il conviendrait de soumettre régulièrement les enseignants. André Duval, en particulier, ne croit pas à la possibilité pratique de jauger périodiquement la qualité du travail des maîtres et des professeurs.

On répondra aux sceptiques en commençant par leur faire remarquer que dans le secteur privé, que ce soit en Suisse ou ailleurs dans le monde, les enseignants font l'objet d'une telle évalutation, que celle-ci détermine au moins en partie leur niveau de rémunération et leur avancement. Pourquoi ne pourrait-il en aller de même dans le secteur public genevois sinon pour des motifs liés à la garantie de l'emploi et de l'échelle des rémunérations, motifs qui, il faut bien l'avouer, rendent vains cette évaluation ?

Nonobstant cet aspect de la question on ne voit pas pourquoi il devrait aller de soi pour un chef d'entreprise, quel que soit son domaine d'activité (administration, marketing, publicité, recherche, industrie, etc.), de disposer des instruments requis pour évaluer la qualité du travail de ses collaborateurs alors qu'un directeur de collège ou d'école en serait privé par définition. Même au sein de la fonction publique, si on en avait l'ambition, on pourrait développer le tableau des critères nécessaires à l'évaluation des membres du corps enseignant. Les pays du nord de l'Europe, la Suède en particulier, ont élaboré un tel instrumentarium et l'utilisent avec efficacité et équité.

La deuxième cause de contestation se situe dans la mesure visant à renoncer à ce que Bill Gates appelle la prime à la "séniorité", c'est- à-dire à un mode de rémunération favorisant par principe les enseignants âgés au détriment  des maîtres plus jeunes, cela sans égard pour la qualité du travail des uns et des autres.

Bill Gates leur apporte une réponse très pratique sous forme de question : à qui viendrait-il l'idée de rémunérer son garagiste, son banquier, son conseiller en publicité, sa femme de ménage ou encore le précepteur de ses enfants en fonction de l'âge de ce dernier ? D'ailleurs dans les entreprises privées l'ancienneté est reconnue de manière sonnante et trébuchante seulement lorsqu'elle s'accompagne d'un savoir-faire, d'une expérience que ne possède pas l'employé plus jeune.

Certains prétendent que la garantie de l'emploi et de l'échelle de rémunération fait partie intégrante des avantages de ce qu'il est convenu d'appeler "le satut de la fonction publique" et que les enseignants n'en sont pas les seuls bénéficiaires. C'est vrai. Mais on ne peut manquer sur ce point de de se demander si ce satut, bien peu équitable pour les intéressés et particulièrement coûteux pour la collectivité, ne produit pas ses effets les plus discutables s'agissant du corps enseignant et de leurs élèves.

Pierre Kunz

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