19/11/2010

Mme Salerno, voyante extra-lucide ?

L'Assemblée constituante a décidé jeudi dernier de se pencher sur une proposition d'origine radicale destinée à modifier considérablement les fondements de la perception de l'impôt communal. Au lieu d'être perçu sur le lieu de l'emploi il sera à l'avenir prélevé dans la comune d'habitation.

Comme on vient de le souligner le débat ne concerne à ce stade que le principe. Ni les modalités de cette modification ni surtout les conditions de la péréquation intercommunale qui l'accompagneront n'ont encore abordées. La contestation vigoureuse, relatée par la TdG, de Mme Sandrine Salerno sur ce projet est donc particulièrement surprenante. Selon la maire de Genève "la Ville risque de perdre 80 millions d'impôts si cette réforme est adoptée". En s'exprimant ainsi elle veut peut-être mettre en évidence une capacité insoupçonnée à prédire l'avenir. Quoi qu'il en soit, le chiffre qu'elle articule ne repose, on l'a compris, sur aucune base sérieuse. Notamment parce que dans l'esprit des constituants la réforme en question doit par ailleurs s'accompagner d'une redistribution au canton d'une partie des charges qui pèsent actuellement sur la Ville.

Ce type de réaction, fort opportunément modérée en l'occurence par l'interview d'un constituant au fait, lui, de l'affaire, est très caractéristique de l'attitude de certains élus actuellement en place à l'égard du travail accompli par la Constituante et des ambitions de celle-ci. Ne voyant leur mission qu'à la lueur de la prochaine échance électorale, incapables de se projeter dans un avenir compté en décennies, ces élus calculent à court terme les incidences sur leur image de décisions qui ne sauraient pourtant les concerner. La nouvelle constitution est rédigée pour leurs successeurs, pour l'avenir, pas pour aujourd'hui. Quand ces dispositions trouveront leur application ces élus seront en effet retournés à leurs fourneaux, loins des yeux du public.

Et que penser de la faiblesse de leurs pseudo-analyses des projets de la Constituante ? Comment juger l'absence permanence dans leurs commentaires de toute référence au contexte politique, social et économique global ? Il est renversant par exemple, pour en revenir à elle, que dans sa déclaration Mme Salerno n'ait pas fait la moindre allusion aux deux objectifs essentiels de la réforme proposée. Or ces objectifs, largement expliqués au cours des débats de jeudi dernier, n'on rien à voir avec ce qu'elle appelle "la logique du démantèlement et du moins d'Etat". Ils sont de trouver des solutions durables à des problèmes que, depuis trente ans, les autorités genevoises cantonales et communales ne sont pas en mesure de résoudre, en particulier celui du logement. D'une part en rendant pour les communes la construction de logements au moins aussi attractive que l'accueil de nouvelles entreprises, d'autre part en redonnant aux Genevois le droit de s'exprimer sur l'utilisation de leurs impôts communaux.

Pierre Kunz, constituant

 

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