07/11/2010

Faut-il croire les journalistes ?

Voici environ une année Philippe Gavi a publié un ouvrage qui posait en titre la question retenue ici : "Faut-ils croire les journalistes ?". Trois des plus célèbres journalistes français apportent leur réponse à cette interrogation, à savoir Serge July, Jean-François Kahn et Edwy Plenel.

Les propos de Jean-François Kahn méritent une attention toute particulière, notamment quand il souligne que " j'ai connu une presse et un temps (les années soixante) où, assurément, on ne pouvait pas faire confiance à un nombre considérable de journalistes. Un temps où ce qui génait était occulté, où beaucoup de journeaux truquaient, bidonnaient l'information. Le problème, c'est qu'aujourd'hui on a plus de liberté que de journeaux. Et les journalistes ont tendance, en toute liberté, à penser tous la même chose".

Ces jugements sont émis, rappelons-le, au sujet de presse française. S'appliquent-ils aussi aux médias suisses romands ? Il n'est pas exagéré de répondre par un oui sans nuances. Un oui assorti de surcroît de la mise en évidence d'une faiblesse supplémentaire : le journalisme d'enquête, de l'information approfondie, vérifiée, comparée a disparu de la quasi totalité de nos quotidiens.

Le constituants genevois font l'expérience chaque semaine de la superficialité des journalistes, qu'ils exercent à la radio, à la télévision en dans la presse écrite, lorsqu'ils relatent les travaux de l'Assemblée. Les thèses adoptées semaine après semaine sont mentionnées par les médias uniquement à la lumière du sensationalisme dans des articles qui constituent des simplifications indignes et qui restent très éloignés de la réalité et du fond des idées.

La publication synthétique récente de l'ensemble des dispositions votées par la Constituante jusqu'à présent, a éclairement de manière crue la pauvreté du travail des médias. Chacun a pu s'apercevoir alors, avec stupéfaction pour les naïfs, sans surpise pour les autres, que pratiquement aucun des journalistes soi-disant "chargés de relater l'avancement des travaux de la Constituante" n'avait jamais pris la peine de rassembler ces informations. Tous ou presque ont toujours rédigés leurs papiers ou préparés leurs commentaires sans jamais les fonder sur la comparaison de la constitution actuelle et des nouvelles dispositions votées par l'Assemblée. Ils se sont toujours contentés de relater les propos outranciers tenus, en plénières ou sous forme de communiqués de presse, par les mécontents, les frustrés et les opposants irréductibles au texte nouveau.

C'est ainsi que les médias ont contribué à donner à la population le sentiment que les constituants avaient entrepris de "démanteler les droits démocratiques et les avancées sociales acquis de haute lutte par nos aînés", comme le prétend pompeusement l'un des plus farouches défenseurs de la constitution actuelle. Pourtant, tout journaliste sérieux et objectif en conviendrait s'il effectuait sa mission correctement, le texte en préparation renforcera massivement les droits fondamentaux, sociaux, politiques et environnementaux des Genevois.

La dernière illustration de cette pauvreté journalistique a été fournie après la plénière de la Constituante de jeudi dernier. Il y a été question des HUG. Qu'a retenu des débats l'un des principaux commentateurs ? Le communiqué de presse aussi dogmatique que farfelu rédigé par le chef de groupe des socialistes, accusant la majorité de préparer la privatisation des HUG.  Un communiqué repris in extenso, sans aucune mise en perspective.

Non, on ne peut croire les journalistes.

Pierre Kunz, constituant

 

 

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