30/10/2010

Henry Kissinger et l'Euro

Au début 1997, quelques mois après que les sept premiers pays du Vieux continent eurent déclaré leur adhésion à la monnaie unique européenne, Henry Kissinger, de son observatoire de retraité, émettait un avis sur les chances de succès de l'opération. Au moment où l'Union européenne se trouve plongée dans la plus grave crise économique financière de son histoire, il est intéressant de se remettre en mémoire les propos de celui qui restera probablement dans l'histoire comme le plus grand stratège géopolitique de la deuxième partie du 20ème siècle.

"Il y a deux possibilités, disait-il. Soit l'inaptitude de ces pays à maintenir la discipline fiscale et budgétaire entraînera une spirale inflationniste, soit les efforts d'austérité imposé par une Banque centrale européenne généreront des problèmes politiques et sociaux. Dans les deux cas le Vieux continent sera condamné à des années de discorde et de divisions qui réduiront son rôle."

"Pourtant il existe une hypothèse favorable, celle que l'Europe réussisse et que, malgré les doutes actuels, une politique fiscale et monétaire commune parvienne à surmonter la sclérose européenne. Dans un tel cas, avec sa compétitivité restaurée, l'Europe pourra transformer l'Euro en une nouvelle monnaie de réserve qui sera utilisée à travers le monde en concurrence avec le $."

Au regard des plans d'austérité qui sont mis en oeuvre dans plusieurs pays de l'Union européenne et à l'éclairage de troubles qui viennent de se produire en France ces lignes prophétiques prennent un éclat particulier. Au moment de la publication des règles plus sévères auxquelles les membres de l'union monétaire s'engagent à se soumettre désormais en matière de rigueur budgétaire et d'endettement, ces propos prennent même un relief particulier. Ils éclairent le dilemne permanent auquel sont confrontés les Etats occidentaux, démocratiques mais menacés chaque jour par la démagogie et les dérives populistes. Un dilemne qui laisse toujours la part congrue à la gestion sérieuse et équilibrée des finances publiques.

On peut néanmoins tirer de ces évènements et de la situation actuelle une perspective optimiste. En se rappelant que les sociétés humaines ont toujours progressé de crise en crise. En se rappelant en particulier que le projet d'Union européenne, depuis son lancement, s'est trouvé plusieurs fois au bord de l'abîme et que les crises en ont généralement constitué le moteur. Les exigences de la crise et la pression de la nécessité ont toujours amené le sursaut et l'effort qui sauvent.

Jamais les déséquilibres sociaux, financiers, économiques et politiques n'ont été aussi graves qu'aujourd'hui entre les pays de l'Union européenne et au sein des populations. Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître en ces moments de mondialisation bouleversante et au vu de l'ampleur des difficultés à surmonter, le projet européen se trouvera vraisemblsablement une nouvelle fois renforcé par les périls qu'il affronte. Mais, à l'évidence, les membres de l'Union ne s'en sortiront pas tous au même rythme et de la même manière. Parce que les peuples n'ont pas une histoire identique, parce qu'il n'ont pas la même cuture politique et économique, parce qu'ils entretiennent des rapports sociaux diférents, parce que les uns sont plus égalitaristes, les autres plus libertaires.

Pierre Kunz

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24/10/2010

Constituante, le prochain grand enjeu

Au cours des dernières semaines la Constituante a réalisé au moins deux avancées sociales et politiques considérables. La première, concernant l'énergie, consiste dans l'adoption du référendum obligatoire sur toutes les questions relatives au nucléaire. La seconde, concernant le logement, est l'inscription dans la constitution des principes d'une véritable politique de construction de logements et d'un instrumentarium de lutte contre la pénurie. Avant la fin de l'année, l'Assemblée est encore appelée à traiter l'épineuse question des finances publiques.

Dans cette affaire comme dans d'autres il est toujours salutaire de se rappeler ce que disaient les anciens. Voici ce que notait Cicéron, 55 ans avant Jésus Christ, à propos de la gestion des finances publiques :

"Les finances publiques doivent être saines, le budget doit être équilibré, la dette publique doit être réduite, l'arrogance de l'administration doit être combattue et contrôlée, et l'aide aux pays étrangers doit être diminuée de peur que Rome ne tombe en faillite."

Il n'est pas non plus inutile d'entendre l'avis de nos contemporains, surtout lorsqu'il s'agit d'un économiste aussi crédible que Jacques Attali, l'ancien conseiller personnel de François Mitterand. Dans un ouvrage récent (*) il rappelle ceci :

Réduire la dette c'est rendre à l'avenir ce qu'on lui a pris (..) Il existe huit manière seulement de réduire une dette publique : hausse des impôts, réduction des prestations, plus de croissance, abaissement du taux d'intérêt, aide extérieure, guerre, inflation, défaut."

Le remboursement d'un endettement public excessif est donc toujours une affaire délicate et les victimes en sont nombreuses, surtout parmi les couches de population les plus fragiles. Chacun comprend que le message implicite des deux auteurs est que toute société bien gérée prend les mesures requises pour éviter un tel endettement, donc pour éviter la permanence des déficits annuels.

C'est en vertu de ces constats et de ces enseignements que plusieurs groupes représentés au sein de la Constituante ambitionnent de poser au niveau constitutionnel les règles essentielles d'une bonne gestion des finances publiques. Des règles qu'il est indispensable de fixer car la dette publique genevoise est le plus élevé du pays.  Des règles d'autant plus nécessaires que l'histoire du canton montre que les autorités genevoises résistent mal, en cas de difficultés économiques, à la solution de facilité consistant à financer durablement par l'emprunt le comtpe d'investissement et, pire encore, le budget de fonctionnement.

Ces règles devront porter sur deux aspects fondamentaux. D'une part elles établiront les principes généraux d'une gestion économe, efficace des finances publiques et, tenant compte des évènements conjoncturels, exigeront l'équilibre des comptes à moyen terme. D'autre part, puisqu'il vaut toujours mieux prévenir que guérir, elles institueront un double frein à l'endettement, l'un s'appliquant au compte de fonctionnement, l'autre s'appliquant au compte des investissements.

La situation sociale et politique tendue prévalant actuellement en Europe, au Japon et aux USA - le cas de la France étant particulièrement révélateur - montre les conséquences douloureuses qu'entrainent la démagogie et les politiques du laisser-aller en matière de finances publiques. Elle témoigne a contrario de la qualité, de la mesure et de l'intelligence de la gestion à laquelle se sont appliquées nos autorités fédérales au cours des dernières décennies. Il reste à Genève à se conformer au modèle qui a fait ses preuves, celui du frein à l'endettement, adopté par le peuple suisse il y a une dizaine d'années et par certains cantons.

C'est ce que préconisent les propositions dévoilées ici.

Pierre Kunz, constituant

(*) Tous ruinés dans dix ans, Jacques Attali, 2010

10:30 Publié dans Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

16/10/2010

Enfin une véritable politique du logement ?

D'aucuns seront peut-être surpris d'apprendre que la constitution genevoise ne contenait jusque dans les années 1980, aucune disposition au sujet du logement. Rien là d'exceptionnel pourtant. Plusieurs cantons suisses, encore aujourd'hui, ont maintenu au niveau législatif l'ensemble des textes légaux concernant cette affaire.

Paradoxalement, c'est depuis que, suite à deux initiatives populaires, les articles 10A (Droit au logement) et 160F (Protection des locataires, référendum obligatoire), ont été inscrits dans notre charte fondamentale ... que la situation s'est le plus violemment détériorée, pour aboutir à la pénurie actuelle. Probablement la pire de celles que Genève a connues au cours de ces 150 dernières années.

Il serait malhonnête d'accuser les initiants d'être, seuls, à l'origine de l'aggravation dont les Genevois subissent jour après jour les multiples et croissantes conséquences. La cause de la pénurie doit être recherchée d'abord dans l'incapacité des autorités du canton, depuis les années 1970, de mettre à disposition des terrains constructibles en quantité suffisante pour faire face au developpement économique et démographique du canton.  A quoi s'est ajoutée l'effarante bureaucratisation de l'administration publique chargée des infrastructures et des constructions.

Mais il convient de rappeler aussi les abus commis, dans ces années-là, par certains propriétaires et quelques spéculateurs immobiliers. Des abus, évidemment favorisés par la raréfaction désastreuse des zones constructibles, qui ont tendu le marché du logement et scandalisé une partie importante de la population. Des abus dont ont profité les milieux dits "de la protection des locataires" pour entraîner, autant par incompétence qu'à des fins politiciennes, les Genevois dans la paralysie du secteur du logement.

C'est en effet à cette époque que, poussés par ces milieux et la vox populi, le Conseil d'Etat et le Grand Conseil ont entrepris de fabriquer le tissu législatif et réglementaire incroyablement dense dont nous souffrons aujourdhui. Un tissu qui couvre depuis une vingtaine d'années également la constitution, ce qui à l'évidence n'a contribué en rien à améliorer les choses.

Pourquoi ? D'une part parce que les articles constitutionnels en la matière ne posent en aucune aucune manière les fondements d'une véritable politique du logement. Il s'agit de dispositions parfois totalement illusoires, disparates voire contradictoires, visant le plus souvent des aspects secondaires ou bien trop partiels de la problématique. D'autre part parce que ces articles, lorsqu'ils ont été rédigés par leurs initiants, ambitionnaient essentiellement non pas la construction de nouveaux logements mais la protection des locataires installés.

C'est ce constat qui a amené les groupes de droite au sein de l'Assemblée à proposer, contrairement à l'avis de la commission qui donne dans son rapport l'impression de se satisfaire du statu quo, deux articles entièrement nouveaux. Le premier est destiné à fixer les éléments constitutifs de la politique générale du logement à Genève, cela afin de fournir aux autorités le cadre et les instruments politiques qui leur permettront de répondre aux besoins et aux aspirations de l'ensemble des catégories sociales. Le second vise les situations d'urgence. Sous le titre "Frein à la pénurie de logement" ses trois alinéas donnent la possibilité aux autorités, en cas d'urgence, comme actuellement, de prendre des dispositions politiques et administratives exceptionnelles pour faire face à la situation.

Jeudi 21 octobre la Constituante décidera de la suite qu'elle entend donner à ces propositions. Saura-t-elle se montrer volontariste et réformatrice ou, par crainte de briser certains tabous, optera-t-elle pour le conservatisme ?

Pierre Kunz, constituant

 

 

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13/10/2010

La France a-t-elle encore un avenir ?

La France a donc connu une nouvelle journée de grèves. Des grèves massives dont le pays s'est fait une triste spécialité depuis longtemps. Des grèves qui marquent d'abord la faiblesse du monde syndical qui, bien plus que la défense des travailleurs, recherche en ce genre d'occasions visibilité et adhérents nouveaux. Des grèves qui laissent pantoi face à tant de médiocrité, de populisme et de malhonnêteté intellectuelle du côté de la Gauche qui, bien plus que du bonheur des Français, ne vise qu'à affaiblir le pouvoir en place.

La France, décidément est condamnée à la jacquerie, cette vieille habitude gauloise. Depuis toujours, quand le Français moyen est mécontent, bousculé, il ne réfléchit pas, il n'agit pas, il ne réagit même pas. Il descend dans la rue, hurle sa rage et généralement s'en prend aux coupables que lui désignent les braillards conduisant les cortèges. Et depuis toujours, sa cible est "le riche, le privilégié, autrement dit le patronat, les nantis". Dans les situations extrêmes il se met à casser et va jusqu'à s'en prendre physiquement aux personnes. Dans le pire des cas, la France entre en révolution. Le 19ème siècle en a connu quelques unes, plus ou moins sanglantes.

Mais au cours des cent dernière années, les choses se sont déroulées de manière moins dramatique. Pourquoi ? Parce que la France s'est organisée pour répondre "sans douleurs" aux conséquences de son inaptitude à affronter sa faiblesse politique, sociale et économique. Les trucs étaient l'endettement public puis l'inflation et la dévaluation monétaire pour l'éponger. Des trucs qui ont permis durant tout le 20ème siècle à l'Etat et aux politiciens français de "plumer" dans la durée, petit à petit, les épargnants et les rentiers, sans que ceux-ci se trouvent en mesure de manifester leur misère.

Mais la naissance de l'Euro et l'entrée, manifestement imprudente, de la France dans la zone monétaire européennee a mis un terme à ce jeu sordide. Et désormais la classe politique est forcée d'affronter les réalités. Les dévaluation ne sont plus posssibles, la dette publique n'est plus effaçable à souhait et l'équilibre budgétaire devient une exigence non plus théorique mais pratique. Ce sont ces éléments nouveaux, non pas une vertu soudainement descendue sur le parti au pouvoir en France, qui ont forcé le président Sarkozy à engager la réforme des retraites, une réforme devenue incontournable.

Ce qui stupéfie par conséquent l'observateur est la manière dont l'opposition utilise la situation ainsi créée à des fins purement égoistes, dans un effrayant déni de la réalité. Elle qui sans cesse alimente les médias de ses discours protecteurs des classes défavorisées et de l'expression de sa volonté de pratiquer un développement durable, la voilà qui descend dans les plus grandes profondeurs de la manipulation et de la tromperie. Qui n'a pas vu avec incrédulité en ce 12 octobre les lycéens et les étudiants, encadrés par les meneurs syndicaux et de la Gauche, répéter en choeur les discours anachoniques de ceux qui font croire que le bonheur est de travailler le moins possible et d'atteindre le plus rapidement possible l'âge de la retraite ?

S'agissant de l'avenir de la France, ses amis se sont souvent inquiétés du danger représenté par la tendance immémoriale de son peuple à la contestation et à la jacquerie. Ils ont toujours craint l'infantilisme légendaire de sa classe politique. Mais depuis aujourd'hui ils sont désespérés. Comment un peuple peut-il avoir un avenir si sa force vive, sa jeunesse, avant d'occuper son premier emploi, est déjà obsédée par l'âge de sa retraite et le montant de sa future pension ?

00:58 Publié dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

02/10/2010

Ma vérité sur le nucléaire à Genève

La Constituante a donc décidé de proposer aux Genevois de modifier le texte figurant actuellement dans la constitution à propos de l'énergie nucléaire. La lecture objective de la nouvelle formulation amène à la constation que Genève entend continuer à se passer le plus possible de l'énergie nucléaire et que d'autre part, et surtout, désormais aucune initiative en matière de centrales nucléaires, de dépôts de déchets radio-actifs et d'usines de retraitement ne pourra être prise sans que les Genevois expriment leur avis par votation populaire. C'est donc de l'introduction du référendum obligatoire en matière nucléaire qu'il s'agit.

Dans ces conditions, pourquoi la gauche et l'extême-gauche expriment-elles avec une telle virulence leur mauvaise humeur ? Après tout ce texte ne diffère que peu de celui adopté dans d'autres constitutions cantonales, celle des Vaudois notamment. On peut voir trois motifs à l'attitude de ces partis.

Il y a bien sûr le mécontement de ceux qui, voici un quart de siècle avaient fait accepter au peuple genevois, imédiatement après la catastrophe deTchernobyl, le texte de leur initiative. Même si les articles qui depuis figurent dans notre charte fondamentale sont rédigés de manière excessive et incompatible avec le droit supérieur et qu'il n'ont par conséquent jamais obtenu l'aval de la Confédération, leurs rédacteurs voient dans leur remplacement par une version plus adéquate une atteinte à leur travail et à leurs convictions.

Il y a aussi, chez les anti-nucléaires sincères une grande frustration. Elle est compréhensible parce qu'au cours des débats de jeudi dernier ils ont découvert que, contrairement à ce qu'on leur répètent depuis des décennies, les Genevois utilisent le même courant électrique que celui qui alimente les Suisses et nos voisins français. Il est d'origine nuclaire à 40 % au moins.

La troisième raison de la réaction violente et mesongère de ceux qui vont jusqu'à affirmer que "le droite a relancé le nuclaire à Genève" réside dans la politique politicienne. La disposition actuelle exige - en toute hypocrisie d'ailleurs puisque la compétence en la matière est au niveau fédéral - que les autorités genevoises s'opposent par tous les moyens à la construction de centrales atomiques ou de dépôts de déchets nuclaires sur le terrioire cantonal et dans les régions proches. En réalité, il s'agit d'une norme technocratique qui fait des activistes de ContrAtom les "gardien du temple antinuclaire", qui leur donne le statut des "docteurs de la loi". Dans les faits, le peuple se trouve exclu du processus. On comprend que la révélation de ce déni démocratique et l'abrogation simultannée du fonds de commerce politique de certains mouvements extrêmistes embarrassent grandement ces derniers.

Il convient de le dire haut et fort. Les constituants qui ont voté en faveur de la nouvelle disposition constitutionnelle ne sont pas des amoureux des champignons nuclaires. Ce sont des élus conscients de leurs responsabilité à l'égard des générations futures. Ils se veulent pourtant réalistes et honnêtes. C'est pourquoi ils font la part du fédéralisme helvétique. C'est pourquoi surtout ils s'opposent aux illusions, aux simplifications et aux tromperies véhiculées par des idéologues absolutistes et déshumanisés.

Pierre Kunz

 

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