18/09/2010

Obama et la fusion des communes genevoises

Il n'est pas besoin de faire preuve d'une grande perspicacité pour comprendre que les Démocrates américains vont perdre les élections parlementaires du "mid term", celles qui sont convoquées pour le début novembre. Les observateurs de la politique du Nouveau monde sont d'ailleurs assez unanimes pour expliquer les causes de cet échec prévisible. Elles pèsent largement sur les épaules du président Obama. On peut certes accorder à ce dernier quelques excuses, notamment celles liées à la crise économique, mais il n'en reste pas moins d'une part qu'Obama s'est trompé sur l'importance respective des sujets politiques qu'il a empoignés, d'autre part qu'il n'a pas vraiment compris le sens de sa mission.

Quels rapports avec la Constituante genevoise ? Le constat que celle-ci semble achopper aux mêmes difficultés que celles rencontrées actuellement par l'administration démocrate à Washington. D'une part elle consacre ses débats, ses efforts et ses ambitions à des réformes qui ne vont pas dans le sens de ce que veulent la majorité des Genevois, comme le montre sa décision de réduire encore les exigences en matière de droits populaires. D'autre part, mal assurée de sa mission, elle hésite à affronter crânement les vrais problèmes, ceux dont la population n'est pas toujours consciente, ceux dont pourtant dépend très directement l'avenir du canton.

Dès la semaine prochaine les constituants seront confrontés à l'une de ces questions délicates, celle de l'avenir des communes, de leur rôle, de leur responsabilité dans l'organisation de notre "vivre-ensemble", celle du contenu de leurs relations avec l'administration cantonale.

Il s'agit d'une affaire d'autant plus délicate que la modification du rôle des communes et de leur domaine de compétences implique la remise en question de près de 200 ans d'histoire, d'habitudes solidement établies et, dans les services de l'Etat comme dans les communes, de chasses-gardées farouchement défendues. Pourtant il s'agit d'une affaire incontournable tant elle apparaît cardinale aux yeux de tous ceux qui ambitionnent de trouver la solution aux blocages qui empêchent de plus en plus Genève de s'adapter au monde nouveau et de construire son avenir. Des blocages dont soufre directement la population mais dont elle peine à déterminer l'origine tant elle est aveuglées par les discours abscons, simplificateurs ou carrément trompeurs des autorités et des partis politiques.

La mission de la Constituante n'est pas de dire aux citoyens ce qu'ils ont envie d'entendre. Et encore moins de cajoler les pouvoirs en place. Elle consiste à convaincre la majorité de la population que certaines décisions doivent être prises, avec des conséquences immédiates  peut-être parfois embarrassantes mais dans son intérêt bien compris à long terme, dans l'intérêt bien compris surtout de nos enfants et des générations futures.

Dans le cadre de cette mission il apparaît évident que la Constituante doit s'engager, et l'expliquer avec conviction, dans la préparation d'une fusion des communes genevoises. Elle doit soulager l'administration cantonale de plusieurs des trop nombreuses tâches qui lui ont été attribuées avec le temps. Elle doit donner, comme c'est le cas dans la plupart des autres cantons suisses, aux communes ou communautés de communes, ou encore districts, des responsabilités accrues dans tous les domaines de la "proximité". On entend ici notamment les activités sportives et culturelles, la construction des logements et des infrastructures locales, la politique de la petite enfance, de la jeunesse et des aînés. Et, bien sûr, la Constituante doit jeter les fondements d'une nouvelle fiscalité communale afin de donner à ces communes renforcées les moyens requis pour assumer leurs nouvelles tâches.

Faute de l'ambition de se consacrer aux vrais défis qui attendent Genève, la Constituante faillirait à sa mission. En s'en remettant au conservatisme et au culte des "droits acquis" elle verrait probablement, en 2012, le fruit de son travail entériné par le peuple. Mais, comme Obama aux USA, elle laissserait les Genevois et leurs enfants confrontés aux vieux démons populistes et à tous les maux qui pourrissent l'existence des gens du bout du lac.

Pierre Kunz

 

 

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