22/08/2010

Du syndicalisme au populisme

 

 

 

« The Best Countries in the World ». C’est sous ce titre que, la semaine dernière, l’hebdomadaire Newsweek a publié le résultat de son enquête internationale destinée à dresser un classement des pays fondé sur des critères inhabituels.

En résumé, cette enquête vise à répondre à la question suivante : quels sont les pays qui donnent à leurs habitants les meilleures possibilités de vivre une existence saine, raisonnablement prospère, dans un environnement sûr et qui leur assurent les plus fortes chances de progression sur l’échelle sociale ? Les concepteurs de l’enquête, tous chercheurs universitaires dont plusieurs prix Nobel, ont axé leurs travaux sur cinq critères : performance du système scolaire, efficacité du système de santé publique, qualité de vie, compétitivité économique et environnement politique.

Nul ne sera probablement surpris d’apprendre que selon cette étude la Suisse arrive en 2ème position du classement, immédiatement derrière la Finlande et devant la Suède, l’Australie, le Luxembourg et la Norvège.

Quel rapport avec le titre de ce papier ?

Cette étude met une fois de plus en évidence les atouts de notre pays. La Suisse bénéficie de la démocratie probablement la plus évoluée de la planète. Elle dispose d’un des meilleurs systèmes scolaires du monde, d’un système de santé jugé inférieur seulement à celui du Japon, d’une économie extraordinairement performante. Les possibilités d’emplois y sont largement ouvertes, les relations des employeurs avec leurs employés généralement harmonieuses et les conditions salariales certainement les plus favorables du monde. Les classes sociales s’y révèlent particulièrement perméables et les chances d’ascension sociale excellentes.

Dans cet environnement le monde syndical joue un rôle structurel considérable. Il contribue, par son pouvoir de représentation des travailleurs et de négociation des conventions collectives, à ce qu’il est convenu d’appeler la « paix du travail ». Un rôle certes important mais peut-être insuffisamment visible aux yeux du monde syndical.

On peut dès lors comprendre que celui-ci éprouve le besoin, à intervalle régulier, de justifier le syndicalisme auprès de ses adhérents, forts peu fidèles au demeurant. La tentation est donc forte pour les syndicalistes de se lancer régulièrement dans des opérations de « marketing syndical », à caractère bassement populiste, qui mettent en danger certaines entreprises et qui éclairent d’une lumière crue l’inquiétante méconnaissance, dans ce milieu, des mécanismes de notre économie libérale. La grève dans laquelle se sont laissés entraîner une dizaine d’employés d’ISS Aviation par un secrétaire du Syndicat des services publics illustre bien ce type d’opérations.

Manifestement M. Yves Mugny, le secrétaire syndical en question, n’a rien appris de la débâcle de Swissair. Il n’a pas compris que ce « fleuron » de l’économie helvétique, bien trop longtemps privilégié par une législation exagérément protectionniste est, le moment de la libéralisation venu, mort de son incapacité à relever le défi concurrentiel, de la piètre qualité de son managment, du poids des structures qu’il avait accumulées au cours des décennies, de la pléthore de son personnel et du niveau déraisonnable des coûts salariaux ainsi générés.

Comment peut-on expliquer autrement ses propos stupéfiants rapportés samedi dernier dans les colonnes de la TdG. Comment M. Mugny explique-t-il la contestation de la grève qu’il mène par le personnel non gréviste ? « Ils semblent, dit-il, redouter que la grève ne mette en péril l’entreprise qui les emploie et, par conséquent, leurs postes de travail. Ce qui démontre que c’est bien la peur qui préside à leur choix de ne pas rejoindre les grévistes ». Et de poursuivre. «  La grève est un droit. De surcroît, même si ISS Aviation mettait la clé sous le paillasson, les avions n’en continueraient pas moins à voler et il y aura un repreneur (sic !) ».

Cynisme ou pure bêtise dans ces discours ?

Oui, la grève est un droit. Mais à quoi peu bien servir ce droit si, comme ce fut le cas en France et en Belgique lorsque Swissair a cherché à intégrer des compagnies locales, la grève conduit, parce que fondée sur des exigences démesurées, à la mort des entreprises, à la destruction des emplois et à leur délocalisation ? ISS Aviation n’est pas partie de la fonction publique, la sécurité de l’emploi à vie n’y est pas garantie. Les employés de cette société sont donc directement intéressés à la saine gestion et à la survie de leur employeur. La conservation de leur emploi leur importe plus que les avantages marginaux que prétend leur offrir un secrétaire syndical probablement plus préoccupés par les relais médiatiques que lui procure son action que par le sort d’ISS Aviation et de ses employés.

Pierre Kunz

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